Le vide par le plein.

Avis sur Far Cry 5 sur PC

Avatar Sterculier
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Version PC

L’Amérique ne fait plus rêver. Dans l’imaginaire collectif ce pays est devenu sa caricature, les bruits des balles sont si nombreux que les journaux n’arrivent plus à suivre les tueries de masse, leur président est la risée d’un monde en transformation constante, seul les lobbies arrivent à se faire entendre dans un internet ressassant des théories du complot…

Attend, on oublie tout ça, Far Cry 5 n’abhorre pas de coloration politique, ne pose pas un constat social, ne se place dans aucun contexte, il ne cherche pas à faire passer un sous-texte, ne se positionne pas, non Far Cry 5 est le parangon du lissage.

Pourtant bien implanté dans un décor grandiose, pas magnifique mais plutôt immersif, des petites routes qui s’entremêlent, des forêts jouxtant des champs agricoles, Far Cry foisonne d’une faune varié et on s’y croirait presque. Une Amérique oubliée ou une populace perdue dans un pays trop grand s’y sentirait résolument seule. Elle y pousserait un cri lointain, un appel dissonant dans un univers trop sauvage. Mais non, ce n’est pas ça non plus Far Cry 5.

Un peuple abandonné par les politiques, par une économie étouffante qui se tourne vers un héro, un prophète, un homme qui incarne un idéal. Un leader se faisant voix des laissés pour compte, un homme qui semble avoir des réponses, une volonté d’agir, un sens du sacrifice, une figure paternel pour un peuple orphelin en manque d’affection mais qui cache derrière son charisme un terrible agenda, une soif de pouvoir et… A quoi bon ? Far Cry 5 ce n’est pas ça non plus.

Alors bordel qu’est-ce que c’est ? Far Cry 3 avait su donner une existence légitime a cette licence. Un antagoniste fort, prenant une place plus imposante dans l’histoire que le joueur, un homme complexe qui tenait un vrai discours. Que l’on aime ou pas l’opus, on ne pouvait s’empêcher de constater qu’un vrai travail d’écriture couplé à une mise en scène intéressante donnait au personnage de Vaas une réelle substance. Far Cry 5 essaye maladroitement de réitéré l’effort et il voit encore plus grand ! Il propose non pas 1 antagoniste mais 4 !

Mais ça ne fonctionne pas. Nous voilà face à une clique de 4 personnages aux personnalités diluées. Far Cry 5 fractionne ce qui aurait pu être une personnalité complexe avec ses doutes, ses questionnements et ces idéaux. Ainsi à la place nous avons les 4 facettes d’une secte personnifiée toujours avec autant de maladresse.

En premier lieu, la foi, la croyance, un pilier essentiel qui sert à réunir les fidèles.
En deuxième la dureté, la pénitence, le sacrifice, le tortionnaire qui distille la peur.
En troisième l’idéal, la raison d’être, le sens qu’on donne à la vie.
Enfin le prophète, le martyr, l’exemple, l’inspiration et l’aspiration.

L’idée de départ aurait pu être bonne, mais rien de tout ça n’est creusé, nous nous heurtons à une façade, chacune de ces thématiques aurait pu être abordé avec intelligence, un esprit critique et offrir au joueur un discours nous montrant comment il est facile de tomber dans les pièges d’esprits et de se jouer des biais cognitif de l’homme, d'accepter le mensonge comme vérité.

Mais la encore Far Cry dérape, au lieu de traiter ses sujets il rajoute des couches : la drogue, la notion de subliminal, la psychologie de la torture, une prophétie et finalement rien de tout ça n’est vraiment traité... Alors ce n’est pas bien grave, ça peut faire une bonne toile de fond dans lequel faire vivre ces allégories, mais ce n’est pas encore assez ambitieux pour Far Cry 5, il veut en plus donner une histoire commune et un passé à ces antagonistes. L’un sera un enfant maltraité, l’autre un vétéran, l’un rescapé d’un drame etc.… et ils seront tous issus de la même famille. Mais ce n’est pas tout ! Ils seront unis sous la notion du sacrifice et des sept pêchés capitaux.

Alors voilà, c’est dense, trop dense, ça part dans tout les sens et ça n’a finalement que peu de cohérence. Le problème vient principalement du fait que ces thématiques s’expriment sur seulement 10 missions, 3 pour chaque personnage secondaire et une mission finale pour le méchant de la jaquette. De plus ces missions ne durent pas plus d’une vingtaine de minutes et leur mise en scène souffre des ficelles ludiques utilisées pour attacher tout ça (Vous vous faites capturer, recapturer et rerecapturer).

Parce que tout ça, ça pourrait être pas mal au final, un sujet peut être complexe mais vulgarisé ou abordé de façon légère. Un jeu vidéo n’a pas besoin de rentrer dans un fourmillement de détails il est avant tout là pour être ludique. Après tout, la composante primaire du média jeu vidéo est avant tout le jeu. Mais là aussi et bien… Far Cry…

Parce que vous voyez tout ça, tout ce marasme, cette tentative de faire tenir un contenu d’une tonne dans un pot à confiture, Far Cry 5 a choisi de l’exploser a coup de lance missile. Faut que ça pète, partout, tout le temps, ne jamais laisser un temps de répit au joueur. Alors on tue des centaines et des centaines de pnj génériques avec un arsenal allant de l’arc à la sulfateuse, des voitures à autocanon aux avions de combats en passant par le mortier. Et on est très loin, très très loin d’un gameplay abouti, si le jeu se veut volontairement arcade, il est un fps sans saveur, les armes n’ont aucun feeling, les ennemis se ressemblent tous, la composante infiltration est risible et l’IA n’a d’intelligence que l’acronyme. La difficulté est elle aussi incompréhensible (J’ai mis le curseur sur difficile), on se fait one-shoot par à peu près tout mais nos compagnons peuvent nous relever à l’infini, la mort est absolument pas punitive, bref…

Ah oui, je n’ai pas parlé des compagnons ! Peut-être simplement parce qu’il n’a rien à dire sur eux. Là où Far Cry 5 n’arrive pas à nous proposer des méchants mémorable en 3 missions, il se casse encore plus la gueule quand il s’agit de nous parler d’un compagnon en une seule mission. Mais après tout qui se souvient des compagnons d’infortune que nous avions dans Far Cry 3 que nous devions sauver à tout prix, même celui de notre vie ? Là encore Far Cry 5 est trop ambitieux, il nous propose pas un mais 9 compagnons en plus de PNJ caricaturaux que nous devons, là aussi sauver encore et encore.

J’ai encore plein de chose à dire sur ce jeu, mais je crois avoir moi aussi eu trop d’ambition en commençant cette critique. Alors je vais la terminé comme Far Cry se termine. Très, très moyennement, la fin ne sauve pas le jeu, elle n’apporte pas d’éclairage sur les motivations des personnages, elle installe juste une atmosphère.

Alors moi aussi je vais vous fournir une fin en eau de boudin en vous parlant de l’exploration. Exploration qui est la colonne vertébrale de la structure narrative de Far Cry 5. Elle est complètement ratée elle aussi puisqu’on ne peut pas parcourir 10 mètres sans se faire assaillir par 2 avions de chasse, une dizaine de gugusse en quad, se faire doublé par une camionnette transportant des prisonniers et là je parle de 10 mètres en forêt, je ne vous parlerais pas de ce qui se passe quand on parcourt 10 mètres sur une route…

Aller parce que je suis grand seigneur et parce que Far Cry se le permet, je vais vous faire une deuxième fin ! Far Cry 5 se retrouve le cul entre deux chaises, d’un coté des thématiques sérieuses et qui sont traités avec sérieux et de l’autre des missions secondaires qui se veulent over-the-top mais qui ne vont pas jusqu’au bout. Une timidité malvenue qui l’empêche d’être aussi déjanté qu’un Saint Row et un gameplay médiocre qui se cherche entre Just Cause et tomb raider ? Pour conclure, Far Cry 5 est un objet de curiosité, une aberration, en bref un chien de prairie empaillé qui joue de l’accordéon.

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