Le prix du sursis

Avis sur Life is Strange sur PlayStation 3

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Version PlayStation 3

Lorsque j'ai fini hier le 5ème et dernier épisode de Life is Strange, je pense que je ne m'attendais pas à un tel finish. Il était 1h15 et je pense, en toute masculinité, qu'il y avait une légère montée lacrymale vers mes globes oculaires. Je me suis repris en me disant que "tout ça, c'était des conneries !", mais force est de constater que Life is Strange, avec une certaine discrétion, une grande progressivité, et au détour de quelques tours narratifs, avait réussi à faire ce que j'attends au plus profond de moi-même du jeu vidéo : me toucher.

Oui, Life is Strange m'a touché.

Et étonnement, c'est véritablement ce 5ème et dernier épisode qui m'a mis face à cette évidence. Cet épisode parfois un peu mal-aimé au sein de la saga, occasionnellement décrié et que le magasine JV décrivait comme le plus mauvais de la série.

Bien au contraire, ce 5ème épisode constitue pour moi la pierre angulaire de cette saga. Non pas parce qu'il est parfait (il ne l'est clairement pas), mais parce qu'il fournit une conclusion cohérente et intense, un véritable sens, à cette aventure en 5 épisodes.

Mais remontons le temps et revenons à l'amorce de cette aventure.

Solidement inspiré des nouveaux titres narratifs à la TellTale, Life is Strange nous met dans la peau d'une jeune étudiante, Max, revenant dans sa ville natale de Arcadia Bay pour y suivre des études de photographie. Elle y retrouvera notamment son amie d'enfance Chloe et découvrira, au gré de quelques malaises et hallucinations, son pouvoir de "rembobiner le temps".

Dès les premières minutes du jeu, le ton est posé : Arcadia Bay court à une catastrophe d'ampleur, inattendue, imprévisible, irrémédiable. Et Max se retrouve bien décidée à tirer au clair les conditions qui vont aboutir à ce cataclysme.

Le premier épisode de la saga pose clairement les traits de caractéristique principaux de ce jeu : sa mise en scène soignée, son ambiance et ses couleurs, un grand nombre de ses thématiques et de son symbolisme, et surtout son rythme. Son identité en quelque sorte. Et bien entendu son OST, qui restera comme une des plus réussie de ces dernières années, accompagnant notamment avec une maestria remarquable certains des moments les plus dramatiques et les plus poignant de l’aventure de Max.

Car la photo n'est pas qu'une suggestion narrative dans Life is Strange. Elle est à la fois une thématique forte de l'histoire, un élément du symbolisme du jeu, mais aussi un élément fort du traitement visuel de cette oeuvre. Elle accompagne donc un rythme volontairement lent, tendant bien souvent à la contemplation. Dans l'épisode 2, j'en venais à douter de ce choix de rythme, si doux, si lent, qui confinait occasionnellement à l'ennui, d'autant plus que Life is Strange s'obstinait à articuler ses phases d'interactions - à l'inverse des phases purement narratives - à compléter des quêtes qui me semblaient bien futiles, voire inutiles ... (il est d’ailleurs remarquable que le titre glisse un auto-clin d'oeil "bouteilles" vers la fin de l'aventure).

Par ailleurs, il y avait aussi ces quelques "sauts" dans la trame narrative qui me perturbait. Ben oui, j'y faisait référence au tout début de ma critique, mais moi j'ai été élevé au TellTale, les rois de l'illusion en matière d'implication du joueur dans une histoire finalement très linéaire. Et dans les premiers épisodes de LiS, je trouvais que le jeu butait un peu sur les séquences de dialogues qui étaient induites par les choix que nous pouvions faire. En un mot, ça manquait un peu de liant et de fluidité ...

J'aurais du commencer à voir venir ce qu'était au plus profond LiS avec son 3ème épisode. L'épisode de la prise de conscience, de l'utilisation effective des pouvoirs temporels de Max. C'est au gré de cet épisode pivot que se vit l'un des passages les plus intenses de la saga, parfaitement soutenue, encore une fois, par une OST au plus juste, à la portée parfaite.

Je parle bien évidemment de la découverte de la nouvelle Chloe, celle de la réalité alternative dans laquelle Max a sauvé son père, et que notre héroïne aperçoit dans son fauteuil roulant, sort sensé équilibrer notre intervention dans le passé. Un moment d'une rare intensité dramatique, mais pourtant traité avec une certaine pudeur. Et cette musique ... Véritablement, avec la fin, l'un des deux moments les plus marquants de la saga.

C'est ainsi que la deuxième moitié de l'aventure renforce l'implication, en ce qu'elle parvient bien mieux à mettre en avant ce qui est au coeur de cette aventure, à savoir la relation simple et complexe de deux adolescentes, liées depuis leur enfance mais ayant connu des parcours finalement très différents. D'un côté, il y a Max la juste et la délicate, rendue Maîtresse du Temps, prenant de plus en plus conscience de ses capacités, mais s'interrogeant profondément sur son aptitude à les contrôler. De l'autre Chloe, la rebelle écorchée vive finalement si semblable à Max, mais ayant juste pris un carrefour différent dans sa vie. Entre les deux, un fantôme : Rachel, la disparue, celle qui a remplacé Max à son départ, dont on ne croisera que le souvenir durant notre aventure.

Car finalement, il est principalement question de relations, d'histoires entre personnes, de sensibilité, d'amitié et de rancœur.

Puis il y a ce dernier épisode. Au rythme différent, à la narration moins posée, peut-être plus agressive, en tout cas plus déstabilisante. Notre pouvoir est à son paroxysme. La tension également. Certes, l'épisode est imparfait en raison de certaines séquences dont le volet technique est à revoir, voire une séquence en particulier dont l'intérêt reste à préciser.

Je parle de la séquence flash-back reprenant les grands moments de notre périple.

Mais il y a aussi quelques séquences d'anthologie, quoique finalement - encore une fois - assez simples et sobres dans leur déroulement et leur mise en scène. Et cette musique ! L'aventure pointe vers ce 5ème épisode qui pointe lui-même vers la toute fin de l'aventure. Un dernier choix ! Manichéen ! Si dur et pourtant si évident. On attendait ce moment. Sans le savoir, toute l'aventure nous criait, sans qu'on puisse la comprendre, que le dénouement serait celui-là.

La fin est belle. Peut-être un peu facile diront certains. Mais belle. Et cette musique !

C'est à ce moment, à 1h15, que je me persuade que Life is Strange est un titre dont la valeur dépasse la somme de ses qualités. Parce qu'il est un titre qui nous touche.

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