La gloire du vertige

Avis sur Outer Wilds sur PlayStation 4

Avatar RestlessDreams
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Version PlayStation 4

D'entrée de critique, je ne peux qu'adjurer le lecteur à aller jouer à Outer Wilds, il s'agit ici d'une expérience transcendante, au sens strictement philosophique de cette notion, que nous a fourni Alex Beachum et ses équipes de Mobius Digital.
Je m'explique, mais non sans résumer de quoi il est question ici, bien sûr.
Outer Wilds met le joueur au contrôle d'un extraterrestre vivant sur la paisible planète "Atrebois", sur laquelle il a suivi une formation afin d'aller explorer sa galaxie, comme d'autres de ses congénères avant lui. Après un bref tutoriel dont la durée dépend uniquement de la bonne volonté du joueur, ce dernier est balancé dans l'espace avec pour seule indication: "Tu verras bien ce que tu trouveras".
Non, le jeu n'est pas surprotecteur envers son joueur, et pourtant sans en avoir l'air, il ne le laisse jamais seul tant toutes les indications nécessaire à sa quête sont intelligemment distillées sur les différentes planètes du jeu. Ici une petite pancarte qui indique que les arbres permettent de recharger l'oxygène (une indication sympathique à donner à nos propres congénères qui semblent souvent l'oublier), là un texte gravé en langage alien qu'il est possible de décrypter, ou bien encore un level design adroit qui sait gérer ses lignes de fuite et la disposition des parcelles de terre explorables.
Et puis, alors que le joueur explore joyeusement cet écosystème astucieux de game design, le soleil explose et toute la galaxie part en poussière, sans oublier d'emporter le protagoniste avec elle...
Bien entendu, l'avatar se réveille, mais pas n'importe où puisqu'il est revenu à son point de départ. Au fil d'un dialogue, le joueur se rend compte que son personnage se souvient de ce qu'il s'est produit, mais pas les autres intéressés. Il devient rapidement évident que le joueur est désormais piégé dans une boucle dont il va devoir par tous les moyens sortir.
Dès lors, cette entourloupe scénaristique devient non seulement prétexte à une exploration de grande envergure, prenant la forme d'une énigme revêche mais brillamment conçue, mais aussi d'un épatement constant pour le joueur, pris dans une charpente qui le dépasse, que l'on pourrait soit nommer cosmos soit système.
Un cosmos car Outer Wilds, de part sa représentation à la fois merveilleuse et aussi anxiogène et vertigineuse de l'infiniment grand, est capable de faire ressentir l'amplitude de l'univers. Jamais, et il ne s'agit en rien d'une hyperbole, jamais je n'ai eu cette sensation face à un jeu vidéo. Le traitement du vide spatial est épatant ; le joueur s'y sent perdu malgré une relative étroitesse de la galaxie, compensée intelligemment par l'impuissance de l'avatar qui ne peut pour ainsi dire pas du tout se défendre. Le joueur, avec son vaisseau de bric et de broc, n'est rien dans le cosmos. Et ce sans parler des planètes, appelant toutes à la curiosité du joueur, son instinct errant, mais qui le font toujours se sentir misérable en comparaison.
Un système car ce cosmos n'est autre que l'application de codes ludiques qui mis en communication empoignent le joueur dans une structure qui fait sens. Outer Wilds est particulièrement habile pour le faire remarquer à son joueur. Tout y paraît étriqué, il est aisé de découvrir les limites ludiques de la carte, et pourtant le joueur est perdu, laissé pour compte avec les pièces éparses d'un puzzle qui ne fait que tardivement sens. Et c'est en cela qu'il est possible de ressentir toute la pression environnante émanant du système ludique. Ce dernier rend ses contours évident, seule condition afin de parvenir à véritablement troubler le joueur en le désorientant dans sa cage labyrinthique. Tout le jeu s'offre à nous dès le début, mais son dénouement, sa porte de sortie, de fuite presque, n'apparaît qu'au bout d'une profonde réflexion sur le système ludique dans lequel nous sommes enfermés. Et c'est en cela qu'Outer Wilds est vertigineux, car c'est dans sa grammaire vidéoludique qu'il puise la confrontation entre l'infiniment grand et l'infiniment petit non pas pour la montrer au joueur, mais pour la lui faire expérimenter, ce qui est à mon sens encore inédit dans le média.
Outer Wilds m'a angoissé, autant qu'il m'a fasciné, et son approche sensitive et ludique du cosmique m'a permis d'entamer des réflexions sur le média ainsi que sur moi-même, pauvre cosmonaute des œuvres vidéoludiques, perdu entre l'infiniment petit de la production industrielle de jeux vidéo, et l'infiniment grand d'Outer Wilds.

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