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Avis sur Shin Megami Tensei : Persona 3 FES sur PlayStation 2

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Version PlayStation 2

Je t'aime, moi non plus.

J'aurais pu résumer mon expérience ainsi. Commencé et abandonné plusieurs fois. Une dizaine d'heures sur l'original, une autre quinzaine sur le FES et quelques heures trois ans plus tard. Toujours stoppé par la même raison : la frustration.

2015, on se force un petit coup et cette fois-ci, on va le terminer. Il le faut.
82h plus tard, l'écran de fin s'affiche, je peux enfin souffler. C'était long, toujours aussi frustrant, mais ça valait le détour.

Commençons par le positif.
Le scénario, bien évidemment. La trame de fond et les thèmes soulevés sont intéressants, bien menés et réservent leurs lots de surprises. Une jolie réflexion autour de la vie, la mort, les peurs et évidemment, les liens qui nous unissent. Mené intelligemment et surtout, prenant clairement son temps, Persona 3 pose les questions, nous interroge et après une attente semblant interminable (plusieurs semaines/mois), nous esquisse quelques réponses suffisamment ouvertes pour contourner le stéréotype du genre. La fin vaut le détour et pour une fois, on sent grandement récompensé.
De plus, le titre n'est pas avare en cinématiques et sont utilisées toujours à bon escient, lors des passages clés. Il est juste dommage que la qualité de ces scènes soit clairement inférieure aux artworks de Soejima.

À côté de cela, le titre se veut original, et il l'est clairement.
Sa structure, son ambiance et ses personnages en font un jeu tout à fait unique. Couplé au parti pris du design/clins d'oeil typé otaku new age, l'alchimie fonctionne super bien et le titre étonne dès les premières minutes.
La narration est certes sur un rail, avec ses scènes scriptées au fil du calendrier, ses journées défilant automatiquement et ses choix limités à deux réponses, mais cela suffit. Il fait illusion. On vit clairement la vie d'un étudiant, avec une fenêtre supplémentaire, la Dark Hour, histoire de se défouler dans quelques fights.
Une durée de vie très longue pour le genre, plus de 250 étages du Tartarus à monter (et croyez-moi qu'on grind sévère dans ce jeu) + Monad, plus d'une vingtaine de Social Links à découvrir, 10 personnages à monter, des dizaines et dizaines de quêtes annexes (Elizabeth), sans compter les examens à réussir et autres épreuves temporaires prévues dans la timeline. C'est du lourd, il y a beaucoup de choses à faire, à voir, bien que peu à explorer. L'univers est pile à l'échelle désirée et on ne se perd que rarement dans la masse d'évènements à couvrir. Seuls les choix limitent ce point.
Le système de combat est nerveux, intelligent et rapide. L'exploitation des points faibles vitale, des boss fights difficiles, mais gratifiants, et la fusion des Persona passionnante de bout en bout.

Alors quand en plus le titre met la barre très haute au niveau technique, dur de ne pas craquer. L'interface est moderne et réussie, soutenue par des artworks sublimes de Soejima, collant parfaitement au ton du jeu. La 3D est assez fine et détaillée, mais surtout, impressionne par cette sensation d'évoluer véritablement dans un anime (mention spéciale au rendu de la fumée quand on attaque en groupe). La caméra est toujours suffisamment bien placée pour nous éviter de percevoir les défauts techniques. Bref, du tout bon.
La bande sonore de Shoji Meguro, c'est une autre histoire, car extrêmement sujette aux goûts de chacun. Le point positif est qu'elle colle parfaitement, elle aussi, au ton du jeu. Assumée, elle permet au titre d'aller jusqu'au bout de son postulat de départ, je ne peux que le louer. En revanche, le j-rap et j-pop à outrance, en boucle pendant 80h, j'ai eu, personnellement, beaucoup de mal. On apprécie le changement du ton du jeu en janvier pour des musiques plus...douces. Ouf.

Mais, il y a du négatif.
Tout d'abord, cette frustration omniprésente. Ce temps qui défile sans cesse, nous laissant que peu de choix (de manière globale) et surtout nous limite dans notre exploration. Dans ces conditions, le développement des Social Links est une perpétuelle course contre le temps. On sait qu'on peut facilement les manquer si on ne termine pas à temps, et... c'est gonflant. Surtout qu'à côté, il faut penser à monter nos stats d'academic / charm / courage, et ça aussi, ça prend du temps et empêche l'évolution des SL. C'est ça la frustration. Cette sensation d'être constamment chronométré et de devoir faire un new game + pour tout voir (sauf qu'un new game + sur un jeu qui dure 80h... très peu pour moi). De plus, comme ces SL sont purement de l'annexe (bien qu'influant sur les Persona et donc le système de combat), c'est doublement frustrant, car presque « gratuit ». Heureusement, ce point semble corrigé dans Persona 4. On verra cela dans quelques années.

Ensuite, la redondance omniprésente du titre. Sur les 10 mois que nous offre le jeu, on passe énormément de temps à jouer comme un robot. Les jours des vacances défilent de la même manière, l'attente des pleines lunes – grisantes au départ – laisse place à de la lassitude, et au final, le peu d'actions possibles (bien que suffisantes) nous enferme dans une monotonie désagréable. Ceci étant accentué par cette très grande durée de vie. Le principe est excellent, mais certaines longueurs alourdissent le gameplay.

Et le dernier point négatif, mais là, c'est strictement subjectif : le traitement des évènements.
Aussi sérieux que soient les thèmes et le scénario, il y a tout de même cette patte désagréable d'anime japonais qui vient casser l'ensemble. La manière dont est abordé le « pouvoir de l'amitié » à la fin est un bon exemple. Très stéréotypé, très brut, vu mille fois, on se croirait dans un shonen basique. L'idée est bonne, le traitement ne l'est pas. A cela, j'ajoute les mille dialogues et remarques niais qu'on subit en permanence – hors scénario- (j'ai eu beaucoup de mal avec Fuuka et Yukari), et les scènes clichées que Persona 3 ne manque en aucune façon. On a droit à tout ce qu'un fan d'anime est en droit de vouloir : de la scène des bains à la douche, du bisou honteux à la demande en mariage, du quiproquo pédophile et gérontophile, de la scène à la plage, à la piscine, aux petits cœurs partout, etc, etc.
C'est sérieux, oui, mais pas trop quand même.
Mais quand on se lance dans Persona 3, on le sait, et c'est un peu ce que l'on attend. Il faut juste ne pas se conforter dans l'idée que le titre est un exemple de maturité, loin de là. Il joue sur des thèmes sérieux, mais reste avec tout un bon gros divertissement léger avec quelques scènes de tension.

Au final, oui, je suis clairement convaincu par Persona 3. C'est un jeu original, pleinement assumé et aux qualités innombrables. Un très bon scénario, avec des retournements de situation bienvenus et loin d'être téléphonés, le tout traité avec une légèreté qui fait du bien. On rigole, on sourit, on est quelques fois exaspérés par certains dialogues et scènes, mais tout est tellement cohérent que l'alchimie passe bien. En fin de compte, la frustration et la redondance du titre s'effacent facilement pour laisser place à un titre de qualité, novateur sur de nombreux points, dont je me souviendrai longtemps.

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