Un diamant noir mélancolique, violent et bouleversant

Avis sur The Last of Us Part II sur PlayStation 4

Avatar Romain Cadet
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Version PlayStation 4

En 2014, en cherchant une nouvelle expérience vidéoludique à découvrir sur PS4, j’ai jeté mon dévolu sur un jeu se déroulant dans un monde post-apocalyptique appelé The Last of Us. Il était sorti un an plus tôt sur PS3, mais je n’en avais jamais entendu parler, je n’y connaissais absolument rien. Et c’est pourtant, après environ 15 heures de jeu, l’un des jeux vidéo qui m’a le plus marqué. Pas par son gameplay, qui n’est pas révolutionnaire, mais par son histoire, touchante, violente et passionnante. Il m’a également marqué par ses personnages, torturés et attachants, et sa gestion de la narration, qui maîtrise parfaitement son sujet. Le jeu dévoile de manière assez brillante un monde post-apocalyptique où la civilisation n’existe plus, où un homme va voir, contre son gré, les cicatrices du passé ressurgir, obligeant le joueur à s’embarquer dans un road trip émouvant pour transporter une jeune adolescente à l’autre bout des Etats-Unis.
The Last of Us est devenu, au fil du temps, un jeu d’ores et déjà immensément culte, et a redéfini les codes de la narration du jeu vidéo. Alternant brillamment entre phases de gameplay et cinématiques émouvantes et bien narrées, le jeu s’approprie, encore plus fortement que les autres jeux du genre, les codes cinématographiques pour mieux se concentrer sur son histoire et ses personnages. Le succès fut tel que, même si le premier jeu se suffisait à lui-même, une suite intitulée The Last of Us: Part II fut annoncée en fin d’année 2016. L’excitation fut évidemment à son comble et l’attente, interminable. Malgré tout, l'idée d'une suite faisait également place aux doutes. Et si cette suite était ratée, forcée ? Comment Naughty Dog allait gérer ce deuxième épisode pour éviter d’être redondant dans ce qu’ils racontent ? Autant de questions qui méritaient d'être posées. Mais le studio a bien compris les enjeux car, manette en main, les doutes se sont vite dissipés.

Dans cette période où des mastodontes industrielles comme Marvel tentent désespérément de plaire à leurs fans, au détriment de toute volonté artistique, Naughty Dog aurait pu suivre cette voie, après le succès affolant du premier. Mais il n’en a rien été. Le studio californien a pris d’énormes risques ; The Last of Us: Part II va faire - et fait d’ores et déjà - beaucoup parler de lui, et va diviser les joueurs et joueuses par ses choix narratifs, que je ne vais bien évidemment pas spoiler ici pour ceux qui n'y ont pas encore joué. D’ailleurs, la vague de haine que subit le jeu est largement injustifiée. Qu’il y ait des débats constructifs autour du jeu, d’accord ; mais si, dès que l’histoire offre un challenge complètement différent des attentes, cela vaut des menaces de mort à certains acteurs du jeu (!), c’est qu’il y a un véritable problème chez certains gamers. Le jeu ne nous amène pas là où on veut aller, mais là où on doit aller. Et c'est précisément là que le jeu tape très fort : en refusant la facilité, en sortant de sa zone de confort, Naughty Dog parvient à surprendre et à proposer une autre expérience à ses joueurs après avoir perdu l'effet de surprise du premier épisode.

Quatre ans après la fin du premier épisode, Joel et Ellie vivent paisiblement dans une petite communauté située dans le Wyoming. Ellie a bien grandi et est désormais devenue une jeune femme de 19 ans ; c'est elle dont on prend le contrôle, contrairement à Joel dans le premier épisode. Cette vie en communauté leur apporte enfin un peu de stabilité, après des événements traumatisants lors du premier opus, même si la menace des infectés plane toujours. Mais quand un violent événement va venir troubler cette paix, Ellie part à Seattle pour entamer une implacable quête de justice.
Après une introduction un peu longue, les choses sérieuses commencent. Niveau gameplay, The Last of Us: Part II reprend les bases du premier opus, en les améliorant solidement. Là où le premier épisode épatait par sa narration et la relation entre les personnages, au détriment d’un gameplay un peu moins efficace, cette deuxième partie se distingue par son gameplay évolué et intuitif. Ellie esquive, frappe violemment, se couche pour échapper à ses ennemis ; pour résumer, elle est bien plus agile que Joel, le personnage jouable dans le premier opus. Et les sensations sont grisantes. Beaucoup plus mobile et organique que le premier, le jeu offre un réalisme incroyable, notamment dans la modélisation faciale des personnages. Techniquement, le jeu est quasiment irréprochable et rend l’expérience encore plus immersive et émouvante. La palette d’émotions est conséquente et se fait ressentir, que ce soit de la joie, de la colère ou de l’horreur. C’est également au niveau du sound design que le jeu m’a véritablement impressionné ; affronter des infectés n’a jamais été aussi inquiétant. Leurs sons désorientent complètement par moments, donnant parfois l’impression qu’ils sont plus nombreux qu’ils ne le sont vraiment, nous forçant à prendre notre temps pour analyser efficacement les lieux avant d’attaquer ou de s’infiltrer silencieusement.
Le jeu va très souvent vous donner des choix nécessaires à faire au nom de la survie, mais parfois très difficiles à encaisser. Vous pouvez parfois décider ou non d’achever vos adversaires (qui vont parfois vous supplier suivant les blessures que vous leur infligez), beaucoup plus coriaces que dans le premier opus et qui utilisent parfois des chiens de détection pour vous traquer. Dans les difficultés les plus élevées du jeu, l’IA a été grandement améliorée et ces adversaires sont donc beaucoup plus intelligents. La meilleure solution sera alors de s’engager dans des phases d’infiltration maîtrisées dans les camps de vos ennemis, plutôt que de déboiter sauvagement tout le monde à coups de fusil au risque de vous faire repérer et éclater la cervelle, ou de vous faire croquer par des infectés.

Dans sa quête de vengeance, Ellie va s’apercevoir, en même temps que les joueurs, des répercussions de ses actions, des conflits moraux imposés par sa quête de vengeance. Car les actions de Joel à la fin du premier épisode ont des répercussions directes sur cette suite, notamment sur Abby, l’antagoniste principale du jeu, qui ressemble au final beaucoup à Ellie ; une jeune femme, sorte d’anti-héroïne, ravagée par la colère et le désir de vengeance. Le scénario, par ses nombreux flashbacks, questionne constamment sur cette notion entre le “bien” et le “mal”, montre jusqu’où l’être humain est prêt à aller par désir de rétorsion, donne de l’épaisseur et de véritables motivations à chacun de ses personnages, et évite tout manichéisme. On se retrouve avec des sentiments conflictuels concernant des personnages considérés comme aimables ou détestables au début du jeu. Personne ne représente vraiment le bien ou le mal ; au final, ce sont seulement des personnes prêtes à tout par vengeance, pour les gens qu'ils aiment. Des clans qui tentent de survivre dans un monde hostile, où la confiance en l’autre est devenue un luxe inatteignable. Des personnages qui ont perdu des êtres chers, envahis par la haine et la vengeance. Et cette vengeance devient un cercle vicieux qui impacte violemment les personnages et tous les autres autour d'eux. Au début du jeu, les joueurs ressentent ce sentiment d’injustice qui frappe Ellie ; à la fin, on souhaite juste que les personnages ressentent un minimum d’empathie, passent à autre chose et en terminent avec ce cycle interminable de violence. Les deux dernières heures du jeu sont un modèle de tension, d'ascenseur émotionnel, de violence brute. Les personnages semblent plongés dans une déchéance totale, qui impacte ce final totalement désespéré. Difficile d’en ressortir indemne.

Si pour moi l’expérience fut excellente, le jeu n’est pas parfait ; il a bien évidemment des défauts. Aussi dense soit-il (j’ai mis un peu plus de 34h en tout pour en venir à bout, soit plus du double du premier), il souffre de quelques longueurs, notamment lors de son introduction, et également de quelques facilités scénaristiques mineures. A trop vouloir définir ses personnages, le jeu souffre également de quelques flashbacks assez indigestes, qui ralentissent quelque peu le rythme. Mais The Last of Us: Part II propose une expérience tellement passionnante, viscérale et enivrante, que ces défauts sont vite relégués au second plan. La trame principale est narrée avec une maîtrise de maestro, et l’ambiance générale, anxiogène, retranscrit magnifiquement un monde post-apocalyptique dans lequel nos personnages tentent, avant même de se venger, de survivre. Après un premier jeu magnifiquement réussi, Naughty Dog récidive en nous offrant un jeu viscéral, ultra violent et mélancolique. Une fabuleuse manière de conclure la génération PS4.

If I ever were to lose you, I would surely lose myself.

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