Emballement Médiatique et Absence de Nuances: le Cancer 2.0

Avis sur The Last of Us Part II sur PlayStation 4

Avatar Julien82
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Version PlayStation 4

Pour poser le postulat de départ, ce jeu je l'ai attendu plus que tout. Vraiment. Parce que le premier n'est pas un grand jeu, c'est carrément un chef d'oeuvre à mes yeux. J'étais impressionné par Naughty Dog qui avait réussi à mixer toutes les influences du jeu vidéo sur les dernières années, en rajoutant une véritable finesse dans l'écriture, une "maturité" qui poussait le curseur encore plus loin.

J'émettais une petite réserve avant de commencer cette deuxième partie: pour moi le premier se suffisait à lui même, ne serait-ce que la fin qui a fait entrer The Last of Us premier du nom dans la légende de l'histoire de ce média.

Si le jeu démarre plutôt bien, toute la suite se complique à mon sens, et notamment sur ce qui constituait le point fort du premier volet: son écriture. Que l'on adhère ou non à la thématique de la vengeance, et si on voit bien où les auteurs veulent nous emmener (

se venger n'a strictement aucun sens)

, tout ceci est amené notamment dans la deuxième et troisième partie au marteau piqueur.

La première partie du jeu est clairement la plus convaincante:

Ellie à Seattle à la recherche d'Abby. Elle mène son enquête, cherche, se retrouve à combattre les infectés, les wolves, les scars...

Les couleurs ternes, le temps dégueulasse, des immeubles sans vie: le décor est représentatif de la sensibilité du personnage, complètement déprimé et mal dans sa peau. En tout cas, après gestation l'ensemble a agi sur moi, parce que je n'ai pas du tout envie de me replonger dans cet univers là. Si le gameplay n'a pas énormément evolué, j'ai été pris par l'histoire et cherchant à savoir comment tout ça allait se terminer. Mais déjà, le côté répétitif pointe le bout de son nez: une cinématique, zone d'exploration, zone à déblayer, cinématique. C'est généralement la méthode Naughty Dog, poussé à l'extrême dans Uncharted 4, mais qui ne m'avait pas dérangé car on changeait de décor régulièrement. Ici, on reste dans la même zone semi ouverte et le sentiment de refaire la même chose m'a par moments sorti du jeu.
Puis pour revenir sur l'écriture, déjà des problèmes de cohérence apparaissent:

la mort de Joel (dont malheureusement je me doutais un peu, vu les rumeurs) est bien amenée, mais comment arriver à croire que deux personnages (dont une enceinte, là par contre on le devine tout de suite) arrivent dans une ville et parviennent à défoncer seules des infectés, une armée entière surentrainée et des membres d'une secte spécialistes de la survie?

La deuxième partie commence

avec ce retournement de situation à la manière de Red Dead Redemption 2: on interprète Abby et on cherche à comprendre comment on en est arrivé là. J'ai trouvé ça poussif, chiant, répétitif (on revient au même procédé qu'avec Ellie). Peut être le meilleur moment reste la relation entre elle et Owen (probablement le personnage le mieux écrit du jeu). Je trouve même grotesque l'attachement qui la lie d'un coup à une/un scar qui se finalisera dans la scène du théatre.

Car le climax du jeu est là: cette baston ridicule entre Abby et Ellie, conclue par une cinématique qui est incohérente au possible. Si on revient au début du jeu, Owen (juste le mec qu'elle aime) essaye par tous les moyens de convaincre Abby de ne pas torturer ni de tuer Joel et ses amis, sans succès. Là un personnage qu'elle a rencontré trois jours avant parvient sans problème à lui dire d'arrêter...Bref...

Arrive alors la dernière partie: le jeu est déjà long, il en devient ennuyeux au possible. Cette troisième partie est baclée, n'apporte rien au jeu. Surtout elle décrédibilise complètement le propos des auteurs: on se refait une même session pour le même résultat, de ne pas aller au bout du propos. Quelle est la justification pour Ellie de tout quitter pour de nouveau s'arrêter et ne pas tuer Abby? Alors oui on me dira qu'elle se rend compte que tout ceci ne sert à rien. Mais alors tu t'es fais chier à buter tout ce monde autour de toi, à te taper des jours et des jours de marche, à ce que ta caractérisation te montre comme étant une jeune femme qui veut mourir et qui n'a rien à perdre (sa brouille avec Joel vient de là: elle lui reproche de ne pas l'avoir laissé crever dans le QG des Lucioles) pour au final qu'un pauvre flash te rappelant ton papa d'adoption (un même flash qui t'a quelques heures auparavant convaincu du contraire) te dise "non quand même je peux pas". J'ai trouvé ça complètement ridicule (d'ailleurs la baston est du même niveau que dans le théatre) et démontre bien l'incohérence dans sa globalité ce que les auteurs ont voulu laisser transparaitre. Il aurait été à mon sens bien plus intelligent d'arrêter à la fin de la deuxième partie, au lieu de rallonger inutilement le jeu.

J'insiste beaucoup sur la narration dans mon avis, car les jeux Naughty Dog sont basés essentiellement à ce niveau depuis quelques temps. Par contre, ce que je trouve toujours réussi c'est les

à côtés, les flashbacks qui amènent du liant et qui sont toujours très bien écrits (aussi bien Ellie qu'Abby).

Au niveau technique le jeu est vraiment beau, même très très beau par moments. On sent qu'on arrive en fin de génération et qu'on est proche de ce qu'on va voir sur les nouvelles consoles. Si ce n'est pas trop mon truc, je reconnais quand même au jeu

la faculté d'avoir vraiment fait ressentir le côté viscéral dans cette sorte de descente aux enfers des personnages.

Malgré cela, je ne comprends pas tout ce tapage, cette époque folle qui consiste à suivre la meute: les défauts sont là ils sont indéniables. Le jeu a des qualités aussi, et je le répète: j'ai pris malgré tout du plaisir au final, je n'ai pas lâché la manette et voulu aller au bout pour connaitre le fin mot de l'histoire.

C'est un bon jeu, attention.

Mais RIEN, ABSOLUMENT RIEN qui ne justifie cet emballement médiatique. Mais dans les avis ou tests pas de nuance: IL FAUT DIRE que c'est un chef d'oeuvre, sinon on passe pour un con.

Ben comme dirait l'autre, les cons ça ose tout c'est à ça qu'on les reconnait.

Et je suis fier d'en faire partie.

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