The Last of Them

Avis sur Uncharted 4 : A Thief's End sur PlayStation 4

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Version PlayStation 4

Tu te souviens, de tout ce qu'on a vécu ensemble ? Toutes ces aventures folles, rythmées au son des cascades de pièces d'or et des balles sifflantes des kalachnikovs ? Toutes ces courses-poursuites, ces temples en ruine noyés sous des milliers d'années d’oubli, ces cités légendaires perdues dans les dédales de l'Histoire, ces trésors somptueux, ces mythes incroyable, t'en souviens-tu ?

Tu te souviens, en 2007, quand j'ai croisé ta route pour la première fois ? Nous étions jeunes et insouciants. Tout est déjà bâti depuis des décennies: les chasseurs de trésors sans pitié, les jungles sans fin, les batailles à un contre cent... Indiana Jones 26 ans plus tôt, Lara Croft 11 ans plus tôt, et leurs nombreux clones respectifs: non, définitivement, tu n'étais rien de plus qu'un grain de sable dans un désert. Tu n'avais pas la prétention de révolutionner quoi que soit, ou même de proposer quelque chose d'extraordinaire. Tout ce que tu pouvais te targuer de proposait, c'était simplement un bon moment. Et c'est exactement ce qui se passa: ta première aventure n'était rien d'autre qu'un bon moment, assez original, mais beaucoup trop répétitif. Le scénario que tu te trimbalais, écrit avec le cul, avec énormément de coïncidences, d’incohérences, le tout saupoudré d'un n'importe quoi absolu, restera la chose qui m'aura le plus marqué. Ton fameux sous-marin nazi au milieu de la jungle amazonienne en restera le plus exemple, symbole entier du jeu désormais, dont toi-même tu te moqueras plus tard. Néanmoins, l'essentiel était déjà là: toi, Élena, Sully, les milices privées, les trahisons et les retournements de situation à gogo, les trésors fabuleux, tes acrobaties impossibles, ton panache et ta bonne humeur communicative... Tous les ingrédients étaient présents. Tout ce qui restait à faire, c'était de réussir à en faire quelque chose de grand avec ces éléments.

Arriva 2009. Tu t'en souviens, comment tout le monde t'attendait ? C'était l'effervescence, tu étais absolument partout. "Révolution technique", "le renouveau du jeu d'action-aventure", "LE jeu de la génération entière" et j'en passe. Sony misait gros sur toi, tu te devais représenter à toi seul l'unique raison de posséder une PS3. De la pression ? Assurément. Comme pouvait-il en être autrement, de toute manière ? En à peine un an de teasing, tout le monde trépignait déjà.
Et tu as belle et bien tenue toutes tes promesses en corrigeant quasiment tous tes défauts: un soin tout particulier attribué à la narration, un scénario un peu plus soigné, bien que l'on soit toujours dans la surenchère constante, en nous ressortant encore une fois le coup des similis zombies (et ça suffit ! ), mais surtout un level-desing riche, une O.S.T au petit oignon, un gameplay incroyable (l'attaque du village, bordel !), des gunfights nerveuses et des moments de bravoure totalement épique ( à l'image de ton introduction si parfaite), des décors magnifiques... En bref, tu étais quasiment parfait, et tu t'imposais comme le must-have de tout bon possesseur de PS3. Ta seconde aventure sur les traces de Marco Polo aura décidément fait couler beaucoup d'encre, et tu auras réussi à conquérir le cœur de beaucoup de joueur. Sony aussi était très heureux, évidemment: tu leur avais rapporté des millions, tu avais vendu de la PS3 par palette...

  1. Après un tel succès, aussi bien commerciale que critique, la demande de Sony de relancer la production d'un troisième opus était évidente. Tu étais devenu la fontaine à pognon de Sony, il n'allait surement lâcher la licence comme ça. Mais au fil des différents screenshots présentés, puis des vidéos, plusieurs doutes, finalement assez légitime, commencèrent à naître chez les possesseurs de la console nippone: ce ne serait pas un Uncharted 2.0 ? Tout semblait identique, rien n'avait bougé. Le gameplay semblait être exactement le même, sans une once de changement à l’horizon. Même les situations semblaient être les mêmes, mais catapulté dans d'autre endroits du globe, le plus criant était la séquence de l'avion, qui était apparemment la même que l’introduction du 2, mais avec un avion à la place d'un train... Tout le monde était un peu sceptique, même si tu promettais quand même de bonnes choses avec ton histoire, qui se concentrait sur les origines du héros de la saga.
    Finalement, manette en main, même si le jeu reste très bon, le constat est beaucoup plus mitigé que pour Uncharted 2. Au niveau de l'écriture, tu t'étais bien planté, en accumulant les incohérences et les facilités, comme lors de ton premier essai, avec des personnages comme Talbot, le Deus Ex Machina ambulant de l'épisode. Et même d'une manière générale, tes nouveaux personnages n'ont pas convaincu grand monde. Ton coté très hollywoodien n'était pas non plus en raccord avec le propos du jeu, et dans un sens plus large, tes phases de jeu n'avaient souvent aucun rapport avec l'histoire en elle-même, tant les deux parties, normalement complémentaire, formaient ici deux entités bien distinctes. Le passage sur mer en est le plus bel exemple, un passage qui se retrouve passionnant à jouer, mais qui n'a rien à faire avec l'histoire globale. Cela faisait très remplissage, et pour cause: tu étais terriblement court, encore plus que tes deux prédécesseurs qui ne briller déjà pas par cet aspect. Mais en échange, tu offrais de sacrés moments, tes énigmes commençaient enfin à s'étoffer, et même si le gameplay n'avait pas changé d'un poil, il restait toujours très convaincant.

Et puis, à peine un mois plus tard, il y eut l'annonce de ce qui allait devenir la nouvelle bombe atomique de Naughty Dog: The Last of Us.
Durant des années, on eut tôt fait de t'oublier pour se pencher sur The Last of Us, tant celui-ci promettait tellement. Tout le monde était focalisé dessus, et la quatrième aventure de Nathan Drake, tout le monde s'en tapait un peu pour le moment.
Le raz-de-marée The Last of Us propulsa tes créateurs au sommet de la pyramide vidéoludique. Certains parlaient même du meilleur jeu de tous les temps, rien que ça. Tu t’imagines un peu, prendre la relève de ça ? Naughty Dog officialisa donc ton quatrième jeu quelques mois seulement après la sortie du bijou qu'était The Last of Us, bien qu'il fallût attendre l'E3 2014 pour te voir enfin. Et puis, ce fut le topo habituel: campagne marketing intense, rumeur folle, séquence de gameplay calibré... Shuhei Yoshida himself était fier d'annoncer que ce serait la plus grosse campagne marketing jamais vue pour un jeu vidéo exclusif à Sony.

Mai 2016. Après tout ce matraquage maketing intensif, enfin tu arrives enfin entre mes mains fébriles.
Et Drake, je peux le dire, toi et ton dernier voyage, vous m'avez émerveillé comme rarement un jeu vidéo l'aura fait.
Avec ces graphismes époustouflants, tu surement l'un des plus beaux jeux jamais réalisé dans le monde du jeu vidéo. Ces textures d'une finesse inégalable, ces océans d'un réalisme incroyable, ces jungles luxuriantes et frémissantes de vie: il n'y a pas à revenir dessus, Uncharted 4 est une claque graphique totale. Tes incroyables graphismes couplés à ta direction artistique de génie font de ce jeu un bonheur visuel de tous les instants. Un jeu sur les couleurs saisissantes, des effets de lumière sublimes, des décors variés et sans une faute de gout, tout est là pour faire de toi une référence esthétique indéniable.

Avec ton scénario, simple et à porté humaine, tu m'auras touché. Neil Druckmann, déjà papa de The Last of Us, accouche d'un petit joyau narratif. Sans trop se mettre en avant comme dans The Last of Us, la narration sait s'effacer et réapparaître au bon moment à chaque fois. Sam, le frère de Drake, nouveau personnage phare de cet épisode est une des grandes réussites du soft concernant l'écriture, autant par sa personnalité propre que par la relation qu'il noue avec son frère. En à peine un épisode, il arrive à s'imposer comme l'une des pierres angulaires de la saga, même si on ne peut pas en dire autant des deux nouveaux méchants, assez anecdotique finalement. Le background est également assez solide, et propose des pages à retrouver pour le compléter, à la manière de The Last of Us.
Le scénario, en choisissant de développer le passé de Drake, atteint enfin la maturité tant attendue de la saga. Exit le n'importe quoi qui nous était généralement présenté en fin de jeu (ces putains de zombies !), c'est ici une histoire à portée humaine qui nous est contée.

Avec ton gameplay, tu m'auras fait vivre des expériences de jeu inouïes. Tes gunfights, qui ont toujours été l'un de tes plus gros plus forts le sont toujours, et ont même bénéficié d'un soin encore plus poussé: nerveuse, rythmée et ultra jouissif, il faudra être en mouvement quasi constamment si l'on ne veut pas mourir sous les torrents de balles et de grenades. Bénéficiant d'un travail énorme sur le level-desing, l'architecture bluffante des arènes est immense et remplie de possibilités, notamment grâce au grappin, qui apporte un grand dynamisme dans ces gunfights et permet de se déplacer très rapidement d'un point à l'autre de l’arène (et de se prendre pour Indiana Jones). Hors gunfight, le gameplay a enfin évolué, notamment lors des phases d'explorations, autrefois assez monotone malgré une solide direction artistique, devient ici véritablement plaisante, notamment grâce à la direction artistique et à la réalisation divine qui surpasse toute la concurrence, mais aussi grâce (encore une fois) au grappin qui dynamise bien ces phases, mais aussi avec les phases en voiture, étonnamment bien réussis malgré un maniement un peu crispant lors des poursuites.

Malgré tout, tu pourras toujours faire l'attaque de plusieurs critiques, notamment avec tes phases d'infiltrations, certes améliorées mais toujours trop superficielles, malgré les quelques bons moments qu'elle nous offre. Le rythme, assez étrange

à partir du moment où Drake est récupéré par Élena

où le jeu a sérieusement tendance à s'éterniser, ce qui vient ternir quelque peu le tableau jusque-là idyllique. Il y a également ce contraste étrange entre ses gunfights toujours aussi nombreuses et le propos intimiste que tente d’insuffler Naughty Dog dans son soft, la "dissonance ludo-narrative". Les deux entités entrent en contradictions assez souvent, surtout vers la fin.

( comme lors de ce moment totalement stupide, où les frères Drake retienne en otage Nadine, et que Darke ordonne à Sam de la relâcher, prétextant que "ce ne sont pas des assassins"... Sérieux ? Après avoir tué des milliers de personnes (j'en suis à plus de 1 000 rien qu'avec cet opus), tu arrives encore à sortir une phrase de ce genre, ou à avoir une quelconque conscience morale envers tes ennemies ? )

Mais malgré tout ça, Uncharted 4 reste une expériences vidéoludique des plus incroyables. Un titre mirifique et somptueux qui ne me lâchera pas avant un bon bout de temps. Après la fin de ce magnifique épilogue, il faut se faire à l'idée que nous ne reverrons plus jamais notre bande de chasseurs de trésors sur nos consoles. Ils s'offrent en tout cas une magnifique sortie grâce à ce superbe dernier épisode.
En l'espace de 10 ans, tu as boosté le genre entier de l'action-aventure, tu es devenu le héros de toute une génération de gamers, et l'icône de ton entreprise. Tu auras propulsé tes développeurs au sommet de la sphère vidéoludique, nous offrant des moments inoubliables en ta compagnie. Et il est l'heure de te dire au revoir, et de laisser toutes ces folles aventures derrière nous, mais à jamais dans nos cœurs.

Alors au revoir Drake. Il est clair que tu vas nous manquer.

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