Carnet de lectures 2017

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145 livres

par Raphmaj

"Qu’y avait-il au dehors ? Etait-ce la nuit ? Etait-ce la rue ? En ouvrant la fenêtre, ils furent frappés au visage par l’air glacial. Que c’était calme ici, comme tout était loin !"
Maurice Blanchot, Aminadab

En 2014 : http://www.senscritique.com/liste/Carnet_de_lectures_2014/365505
En 2015 : http://www.senscritique.com/liste/Carnet_de_lectures_2015/724006
En 2016 : http://www.senscritique.com/liste/Carnets_de_lectures_2016/1143810

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  • Papiers collés (1960)

    Sortie : 1960. Essai.

    Livre de Georges Perros

    "Mon rêve - très réalisable - ce serait d'écrire ce qui me vient sur de petites cartes, comme de visite, en m'interdisant d'en utiliser plus d'une par occasion de penser. Je les jetterais dans une caisse, et tous les cinquante ans, je ferais le tri. Je les numéroterais."

    A lire ce projet on pourrait espérer quelque chose du projet impossible de roman de Roland Barthes. Mais non. Ces "papiers collés" ne se veulent ni aphorismes, ni maximes, ni fragments (adieu Lichtenberg, adieu Novalis) ni pensées, à peine des impressions, des éclairs vagabonds, des digressions sur des serviettes de restaurant et autres supports improvisés. Si on apprécie la démarche autodidacte, critique, poétique, j'ai beaucoup eu de mal à m'y laisser à aller, à suivre la divagation. On a ni le charme précis de Barthes ou de Valéry, ni l'insolence de Cioran, ni le détail atmosphérique d'un Amiel. Cette démarche a le mérite d'être pétrie d'une humilité heureuse, mais j'ai peiné à arriver à déceler les traits qui se plantent dans notre chair de Saint-Sébastien-lecteur. Souvent pour cette œuvre récemment republiée en Quarto chez Gallimard, je me suis ennuyé.

    Ce qui me reste c'est ce qu'elle dit de notre futur, de la graphomanie moderne, l'écriture démultipliée, qui donne des livres de tweets. A cela Georges Perros apporte sa lucidité et son exigence d'écriture :

    "Je suis sûrement un type agaçant, à cela quelques raisons :
    I) Je n'aime pas ce que j'écris. Mais j'écris."

    L'obscure exigence de l'écriture amène beaucoup à écrire sur l'impossibilité d'écrire, de commencer. Il faudrait écrire Un jour j'irai vivre en Rimbaldie. Ou en Kafkaïe. Car peut-être est-ce là le simple secret de la littérature, secret orgueilleux et humble à la fois, paradoxal toujours : il faut peut-être renoncer pleinement à la littérature pour commencer à en faire, renoncer à tout orgueil pour affirmer l'orgueil le plus absolu, délirant, d'écrire.
  • L'homme qui mit fin à l’histoire (2016)

    The Man Who Ended History: A Documentary

    Sortie : . Roman et recueil de nouvelles.

    Livre de Ken Liu

    « Voir et entendre le passé vous interdirait de rester apathique. »

    WHHATT ? Non, c'est vrai, il y a de vrais passages naïfs et très gênants, comme ce passage. Car l'histoire ici, est l'histoire de l'histoire, ou comment si par un tour de passe-passe quantique (pas très clair), on pouvait accéder au passé vécu, mais une seule fois, effaçant à jamais la possibilité de revivre ce passé lors de cette "visite". Ici on s'attache à faire revivre l'histoire de l'Unité 731 ayant commis durant la Seconde Guerre Mondiale des expérimentations humaines à fins médicales ou pour confectionner des armes bactériologiques.

    La réflexion historiographique peine à s'extirper de son manque de maîtrise. La fiction (documentée) invente des recueils de micro-trottoir censés nous donner un aperçu varié de la réception d'un tel procédé dans les populations chinoises et japonaises. En fait contrairement au témoignage on a là des caricatures, mélange de méchants égoïstes et de négationnistes patentés. C'est encore plus flagrant quand on a le dialogue entre le Pr Wei et l'ambassadeur nippon, où l'auteur réserve 2 lignes bredouillantes à l'ambassadeur et toute la belle défense au merveilleux Pr Wei. <Divulgâchage> Je ne parle pas non plus de la "banalité du mal" comme retournement final.

    Pourtant le livre se montre parfois un peu plus que ce plaidoyer un peu vain. Il montre l'inanité de la démarche de Wei, ses conséquences contre-productrices, et même son mentor en histoire déplore sa naïveté, et la prime à l’horreur de cet événement par rapport à tous les morts affreuses des guerres et de ce qui va avec. « Il a franchi la frontière qui sépare l’historien de l’activiste », le Professeur Wei collecte des témoignages uniquement, ceux des descendants des morts de l'Unité 731. Vérité de saint Thomas. La fin et le destin du Professeur Wei sauve finalement le projet. Mais reste beaucoup de faiblesses à mes yeux.

    Paul Valéry, Regards sur le monde actuel:
    "L'histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l'intellect ait élaboré. Ses propriétés sont bien connues. Il fait rêver, il enivre les peuples, leur engendre de faux souvenirs, exagère leurs réflexes, entretient leurs vieilles plaies, les tourmente dans leur repos, les conduit au délire des grandeurs ou à celui de la persécution, et rend les nations amères, superbes, insupportables et vaines.
    L'histoire justifie ce que l'on veut. Elle n'enseigne rigoureusement rien, car elle contient tout, et donne des exemples de tout.”
  • Le Rivage des Syrtes (1951)

    Sortie : 1951. Roman.

    Livre de Julien Gracq

    J'étais perdu dans une fête de famille, sans plus rien à lire, je me suis jeté sur le Julien Gracq de la bibliothèque. Quel plaisir de se réfugier à Orsenna, à reprendre le chemin de patrouille, de visiter la salle des cartes, de s'abolir dans les amples mouvements des phrases.
  • Le grand bestiaire de la philosophie (2016)

    Sortie : . Essai.

    Livre de Christian Godin

    L'introduction partait si bien, pointant les limites des travaux antérieurs, mais aussi les siennes propres, tandis qu'il indiquait les grands contours de la philosophie face à la question animale. On se disait que l'on avait là un travail sérieux, précis, détaillé.

    "It's a trap" comme dirait l'amiral Akbar. La lecture des notices sont d'un intérêt très variable, entre le simple extrait à peine commenté et la dissertation subjectivement partisane (au moins dans le choix de son vocabulaire). Je crois que je me suis vraiment étouffé sur les auteurs que j'ai vraiment pratiqué et pour lesquels je pouvais juger. Je crois que je me suis arrêté à la suite des articles sur Nietzsche (l'auteur de "Tue ton prochain, ça te rendra plus fort", c'est ça ?). L'auteur en véritable Onfray à l'envers nous sert que contrairement à sa réception française faussée dans les années 1930 par des penseurs gauchistes, le vrai Nietzsche est un "Nietzsche de droite" (évidemment, car il est contre la démocratie, contre le socialisme, ce christianisme athée, pour une aristocratie cultivée) et que bon, si le national socialisme a trouvé matière, c'est qu'il y avait matière, non ? Bon, c'est aussi délicat que le "nietzschéisme de gauche" d'Onfray, et le reste est à l'avenant. Je passe, ça ne mérite pas qu'on s'énerve là-dessus.
  • La dimension cachée (1978)

    The Hidden Dimension

    Sortie : . Culture & société.

    Livre de Edward Twitchell Hall

    Le monde est territoire, espace, rapport à l'espace et cette dimension fondamentale est comme oblitérée par un humanisme universaliste. Or nous ne sentons, percevons, pensons littéralement pas le même monde selon nos cultures. Le livre déploie ces mondes de la perception, du monde animal jusqu'à l'impact de la culture sur nos perception et les différents agencements que les cultures proposent. Le constat est que cela n'a pas été prise en compte par les urbanistes modernes.
    Premier pas vers la lecture de la "médiance" d'A Berque (je repousse encore cette lecture).
  • L'Automne à Pékin (1947)

    Sortie : 1947.

    Livre de Boris Vian

    J'étais perdu, je ne me suis pas retrouvé. C'est bien le bus 404 ?
  • Contes de fées à l'usage des moyennes personnes (1943)

    Sortie : 1943. Conte.

    Livre de Boris Vian

    J'aime piétiner la fantaisie, dit-il, en faisant encore plus de fantaisie.
  • À distance (2014)

    Sortie : . Poésie.

    Livre de Henri Michaux

    Mélange de poèmes publiés dans des revues et jamais repris dans des recueils et de manuscrits jamais publiés, ce volume célèbre tout le talent vif, cruel, truculent, inventif de Michaux, les pays de Cocagne, les imprécations hallucinées, le désespoir sifflé, la violence de la vie diminuée, les vibrations de la peinture de Zao Wou Ki.
    On ne s’étonnera pas que dans ces « inédits » seuls brillent ceux que Michaux avait retenu pour une publication en revue. Mais c’est plus fort que tout, n'est-ce pas, ce syndrome Max Brod, la moindre liste de courses du grand poète doit être publié, le moindre poème en pièces. Il y a même un ignoble poème sur un viol rêvé dans une forêt, tout à fait écœurant.
    Mais ne serait-ce que pour le poème éponyme, « A distance », et les « Ratureurs », cet opus reste à lire, se donnant aussi comme un bel aperçu de tous les styles de Michaux.

    "...
    Que le mal entre en toi
    trouble de fumée
    éparpillant des clameurs
    renversée par des buffles !
    Braise sur ta bouche avide
    braise sur tes lettres radoteuses
    à grands jambages, à grands départs, à grandes écharpes !
    Pieuvre sur tes seins trop lourds
    anfractuosités sur ta joue
    maillet sur tes doigts froids
    maillet sur ton allant horripillant
    à cent faces, à cent trappes, à cent petits fracas !
    Machines sur toi
    à dévaster
    à rompre
    à étendre
    à abattre
    à affoler
    machines incoercibles, infatigables
    à assommer la plus assommante ! »
  • Vingt minutes de silence (1955)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Hélène Bessette

    Ravi, déjà ravi par le travail d’édition de ce livre des années 1950 republié en 2017 aux éditions du Nouvel Attila, dans leur collection Othello qui accueillera les Œuvres Complètes d’LNB7. Le soin de la maquette souligne le rythme, pulsant les mots dans la page de ce « roman poétique » travaillé par les retours à la ligne, le souffle, l’espace. Comme le note l’achevé d’imprimé en dernière page : « cette nouvelle édition de « Vingt minutes de silence », conçue pour créer grand bruit autour d’Hélène Bessette a été achevée d’imprimer dans le fracas des machines du Ravin Bleu, au milieu du silence de la forêt de Sénart, à Quincy (91) ».
    Ce texte très musical, très vocal, tourbillonne autour de la non-résolution d’une affaire criminelle, celui d’un père par son fils ou par sa mère, on ne sait ni ne sauront vraiment. Ce qui se donne à lire c’est ce vertige de l’impossibilité de l’enquête, entre le « poème des données », le « poème des questions » et le « poème des solutions ». C’est un pari expérimental que de livrer le genre policier à la poésie pour le faire trembler sur ses certitudes, ses assignations, ses devinettes pour trouver un coupable quand la mort est la seule certitude et l’angoisse la seule assignation.

    Découvert grâce à Lou Dev Darsan : http://louetlesfeuillesvolantes.blogspot.fr/2017/08/vingt-minutes-de-silence-helene-bessette.html
  • Dora Bruder (1997)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Patrick Modiano

    La « tendresse attristée » que Genet décelait dans l’argot parisien, passe à cette jeune fugueuse inconnue qui fréquenta elle aussi les Tournelles, jusqu’à Modiano qui la conjure via les détours des lieux, via ce Paris presque disparu, cette autobiographie magnétisée par l’Occupation. Au final c’est un peu cela, cette « tendresse attristée » qui est l’atmosphère diffuse, un peu étranglée mais jamais tragique, qui surgit le soir, lors de déambulations, tandis qu’on songe à faire un geste de la main à une absente qui ne reviendra jamais.
  • Penser, classer (1985)

    Penser/Classer

    Sortie : 1985. Essai.

    Livre de Georges Perec

    Pérec raconte avoir 4 pôles d’écriture (il dit « quatre horizons » mais peut-il y avoir plus d’un horizon ? Pérec nous demande d’imaginer une vue miroitante plus anamorphique que celle d’une mouche) : l’autobiographie, les ouliperies, les récits, les sociologeries. Dans ce receuil forgé, on retourve un peu de de ces 4 poles, du souvenir, des recettes recomposées, des considérations sur la lecture et les positions du corps et les lieux de cette activité, et de nombreux textes sur le classement, en effet. Je ne peux pas dire que cela soit tout à fait bouleversant tant il me semble que la pirouette oulipienne, drolatique, sur ces thèmes ne masquent pas le fait que l’auteur ne va pas au bout des questions qu’il aborde, sous tous ses abords. Peut-il y avoir une connaissance comique (et pas simplement un gai savoir) ? Tel est au moins le mérite qui émerge d’une lecture d’un pareil recueil.
  • Bunker anatomie (2004)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Claro

    Méduse et le Ghost-Sniper sont les deux figures glaçantes de ce livre sur le regard et la mort, emportés par le vertige de l'écriture de Claro.
    More of that here : https://lucienraphmaj.wordpress.com/2017/12/14/bunker-anatomie-claro/
  • Fantôme (2012)

    Sortie : octobre 2012. Roman.

    Livre de Sigismund Krzyzanowski

    "Dans ce texte vous ne trouverez nul fantôme engendré par le délire ou par le sommeil." Cette mise en garde, se défendant de toute complaisance romantique, est juste bien que les nouvelles jouent en réalité tout à fait dans les thèmes de l'imaginaire fantastique mais dans ce fantastique amer où la réalité l'emporte toujours, indifférente à sa victoire cruelle.
    Ce recueil convoque des farces sinistres, du fantastique grinçant faisant penser à Henri Michaux (surtout "Les Moins que rien"), et une satire sociale du contexte soviétique assez présente sous des aspects symboliques, oniriques, ou mythologique.
  • Few of us (2017)

    Sortie : juin 2017. Recueil de nouvelles.

    Livre de Luvan

    Recueil de nouvelles - il faudrait dire plus longtemps la force de ces récits explosés.
  • Ce que nous avons perdu dans le feu (2017)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Mariana Enriquez

    On perd son visage à l’acide, dévoré par un enfant fou, tandis qu’un connard de mari vous agonit d’injures et que Yog Sothoth se ramène discrètement au détour d’un taudis.
    Comment ne pourrais-je pas tomber amoureux de toutes ces nouvelles noires et intenses ?
  • L'archipel des morts (2005)

    Sortie : octobre 2005. Essai.

    Livre de Jean-Didier Urbain

    Je découvre que l'on peut être un fanatique de l'inhumation, un déplorateur de la crémation, un passionné des cimetières, un sociologue zélateur de Barthes et de Bachelard (on a droit à un "complexe d'Orphée" d'ailleurs peu convaincant je trouve).

    Je ne reprocherai pas à l'enquête de ne pas être impartiale, c'est son droit et son parti pris affiché, mais de nombreux aspects sont absents, et l'on passe trop vite sur la diversité des rites funéraires anciens pour s'intéresser aux seuls XIXe et XXe siècle (sans parler de l'art de l'épitaphe décliné largement sur la fin de l'ouvrage et dont l'intérêt est tout de même à réserver à un article scientifique pour spécialiste).
    Autre bizarrerie - mais assez plaisante finalement - l'introduction et la post-face sont plus importantes (et plus intéressants) que certains chapitres.

    Reste que la bibliographie détaillée, chronologique et thématisée est un matériau qui donne envie d'aller plus loin (Philippe Aries et LV Thomas sont eux sans cesse cités dans le texte comme un mantra).

    Bref, on meurt mal de nos jours, on enterre mal, on crème à tour de bras par manque de place, ON NE S'OCCUPE PLUS DE LA MORT, quel scandale. Et personne n'en parle.
  • L'homme qui rêve (1995)

    Sortie : .

    Livre de Françoise Parot

    L'auteure ne cesse de nous ramener à une dimension estudiantine - pour un étudiant ce que je vous raconte suffit, si vous avez le temps allez à la bibliographie, attention celui-ci est un peu compliqué à lire, ok, vous suivez ? bon le schéma c'est juste pour vous donner une idée, parce que bon, vous n'êtes pas neurobiologistes, hein ?

    Tout ça comme s'il s'agissait du manuel indispensable. Comme si l'anthropologie des rêves était une discipline présente dans toutes les universités, amenant dans les amphis des hordes d'étudiants avides criant pour avoir un manuel, des notes de cours exploitables. Qu'ils soient rassurés. Ils ont là un digest. De manière étrange le livre est coupé en 2 parties qui ne communiquent pas : la partie anthropologique du rêve et la partie neuroscientifique. Cela en dit-il long sur la difficulté de l'interdisciplinarité ? Pourtant c'est tout à fait possible : voir les très récentes et passionnantes émission de Jean-Claude Ameisen sur le sommeil : https://www.franceinter.fr/emissions/sur-les-epaules-de-darwin/sur-les-epaules-de-darwin-18-novembre-2017
  • Temps du rêve (1933)

    Sortie : 1933. Roman.

    Livre de Henry Bauchau

    L’introduction de Bauchau nous résume l’argument des amours enfantines autobiographiques, combiné à un premier roman. Mise en garde faite, on se dit qu'on va lire pour voir le style. Et comme c'est très court, on ne risque pas grand chose.

    Donc malgré une appréhension pour la bleuité d’un tel sujet, on sent peu à peu émerger dans la naïveté de la sensibilité des amours impossibles les exhalations d'un cœur plus sombre, les bulles de ce marais qui absorbe tout et qui a déjà engloutit un enfant a une force incroyable dans une grande simplicité d’effet. Il se retrouve ainsi dans ce livre une fraîcheur et un marais livide, un cœur putrescible d’être humain donc.
  • La part inventée (2017)

    La parte inventada

    Sortie : . Roman.

    Livre de Rodrigo Fresán

    J’ai eu du mal à me défaire à la lecture d’une distance envers l’incroyable artifice – virtuose, certes – avec lequel Rodigro Fresan nous emmène dans son livre.
    Quelque chose, surtout ce sentiment que j'ai eu d’en permanence voir l'auteur nous montrer - dès que l’on adhère à l’histoire - nous montrer combien tout ça c’est fabriqué, que la main de l'auteur omniprésent peut tout faire, qu’il aurait pu faire autre chose, qu’il met la musique, digresse, etc.

    Peut-être le reprendrais-je une autre fois. Là je n’ai pas pu.
  • L'harmonie secrète de l'univers (2017)

    Sortie : . Essai.

    Livre de Jean-Philippe Uzan

    Les rapports entre musique et astronomie, les ondes, est déployé avec beaucoup de clarté, ouvrant de nombreuses pistes, menant à la fois la dimension historique, scientifique et artistique avec beaucoup de plaisir.
  • Théories du ciel, espace perdu, temps retrouvé (2005)

    Sortie : . Essai.

    Livre de Michel Cassé

    Là aussi, un très bon livre de vulgarisation astronomique sur les grands principes de la cosmologie et ses mystères.
  • Opium pour Ovide (2002)

    Opium für Ovid

    Sortie : . Roman.

    Livre de Yoko Tawada

    Métamorphoses passées dans le monde contemporain allemand et littéralement transfigurées, de façon que, personnellement, j'aurai du mal à retrouver les éléments du mythe (mais j'ai du mal aussi dans l'Ulysses de Joyce sans l'aide des notes de la Pléiade).
    Reste que la langue de Tawada est poétique et merveilleuse.
  • Austerlitz (2001)

    Sortie : 2001. Roman.

    Livre de W.G. Sebald

    J’en reparlerai. Toujours aussi mélancoliquement fascinant.
  • La Promenade (1917)

    Der Spaziergang

    Sortie : 1917. Roman.

    Livre de Robert Walser

    Une journée avec Walser, incroyablement lumineux.
  • La claire fontaine (2013)

    Sortie : . Roman.

    Livre de David Bosc

    ça gargouille des sentiments puissants, organiques, terrifiants de Courbet à la fin de sa vie. Le texte est impeccable, jouant des effets de matière, de couleur à la manière du peintre. On le sent en écho avec son sujet et l'on redécouvre Courbet quand on ne le connait que d'un œil distrait à Orsay, où ni "l'enterrement à Ornans" ni "l'origine du monde" ne nous émeuvent. Ce texte rend toute sa saveur à cette peinture matérialiste, attachée au monde jusqu'au bout de sa nuit.
  • État d'exception (2003)

    Stato d'eccezione

    Sortie : . Essai.

    Livre de Giorgio Agamben

    Un lecture au combien essentielle pour comprendre ce qui est impliqué par les théories de la dictature, de l'état d'exception et la façon dont on a aujourd'hui de considérer ces questions de droit et de philosophie politique.
  • La Jeune Fille suppliciée sur une étagère (2006)

    Sortie : octobre 2006. Roman.

    Livre de Akira Yoshimura

  • Des os de corail, des yeux de perle (2004)

    骨は珊瑚、眼は真珠

    Sortie : mai 2004. Recueil de nouvelles.

    Livre de Natsuki Ikezawa

  • Notre vie dans les forêts (2017)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Marie Darrieussecq

    Truisme de la SF
    - Tu te rappelles du scénario de « The Island » ?
    - Le film ?
    - Eh bien c’est un peu pareil. Avec une forêt. Et une Scarlett française (du coup c’est une psy de 40 ans) et un Ewan Mc Gregor qui travaille pour les robots.
    - Incroyable. Du coup il pleut, il fait froid, on parle psychologie, et le narrateur se prénome comme l’auteur pour faire auto-exo-fiction ?
    - Dans le mille.
    - Incroyable.
    - Oui, c'est vraiment ça, mais c’est surtout que je trouve le concept de clone-assurance-vie tellement faux. Avec le Grand Remplacement par les Robots, là c’est combo.
    - T’es sûr que c’est pas du second degré ?
    - Je me suis demandé. Parce que vraiment, on dirait vraiment que tous les travers de la dystopies sont soulignés. Par exemple. On s’enfuit dans la forêt et la fille rejoint une communauté dissidente, et on pense à « Fahrenheit 451 », sauf que là au lieu des hommes-livres, la narratrice pour nous marquer que la culture a disparu dans ce post-monde note : « Apollinaire (Apollinaire était un poète du XXe siècle) ». Et c’est grotesque parce que voilà, déjà, dans le procédé, dire que ça, on est bien avancé, et puis sur le fond ce n’est pas cohérent, il y a des milliers d’aspects culturels qui ne sont pas soulignés.
    - Ça fait procédé tu veux dire ?
    - A 2000%. Tu vois, on est censé lire le « carnet » écrit au « crayon graphite » de la psy en plein cœur de la forêt. Mais ce n’est pas crédible une seconde ce récit. Je sais pas, si tu as en tête « Enig Marcheur » ou « La Route », ou plein d’autres récits post-monde, on s’imagine pas ce blabla avec des soulignements du genre « ou en étais-je ? » « reprenons » écrit noir sur blanc. Quand tu tiens un journal jamais tu écris ça, c’est pas possible. Ça participe à la complète déréalisation de l’histoire et de la narration.
    - Et peut-être que c’était voulu. On appelle ça la distanciation. Les gens sont si avides de ces récits de post-humanité, qu’elle les met subtilement en déroute.
    - On va dire ça.
    - T’as pas l’air convaincu.
    - Si, si, je ne dis pas. D’ailleurs il y a des choses qui m’ont intéressées. Par exemple la question du clone qui amène la question du double. On se rend compte – enfin moi, en lisant – que du double maléfique au 19e, de l’alter ego, Dr Jekyll et Sister Hyde, on passe au 20e à la volonté de sauver ce double, à le devenir. De l’Autre vers le Même.
    - C’est peut-être une anti-fable philosophique, donc. Qui sait. Mais peut-être qu’il n’y a pas besoin de clone pour parler de ça.
  • Ma dernière création est un piège à taupes (2012)

    Sortie : 2012. Roman.

    Livre de Oliver Rohe

    Valéry écrivait que l’on est le fils de ses œuvres. Ce paradoxe temporel Olivier Rohe le montre avec la vie de l’homme Mikhaïl Kalachnikov et la vie de son œuvre, le AK-47, déployées indépendamment, par alternance, paragraphe après paragraphe, chacun évoluant dans des temporalités et des points de vues étrangers, et cependant s’enchaînant sans rupture apparente.

    On avance en découvrant parallèlement l’aveuglement du créateur tout entier dévoué à sa machine, poète du boulon, amant de la culasse polie, zélateur de la mécanisation stalinienne, et d’autre part le devenir mondial, indifférent aux hommes et à son créateur du fusil qui fit basculer la fin de la seconde guerre mondiale. Il y a là toute l’évocation de l'ascension de Kalachnikov jusqu’à sa création ultime, toujours perfectionnée, mais jamais égalée. Mais il y a aussi l’impossible symbole de rébellion qui fut son destin nécessairement morbide.

    On navigue entre le passé et l’avenir, l’homme et sa création, relation paradoxale où l’histoire mondiale de la Kalachnikov se révèle être une des rare réussites cosmopolites de l’armée rouge et de ce fils de Russie déporté enfant en Sibérie mais qui adhérera pourtant avec une ferveur sans faille à l’idéologie qui lui aura imposé cette condition terrible (cela rappelle certains destins racontés dans "La fin de l'homme rouge" d'Alexievitch).

    Pourtant, malgré le brio ce dispositif – et il fallait l’intelligence d’un dispositif, d’un agencement technique pour rendre compte d’un tel personnage, d’une telle arme – j’ai souvent regretté de survoler le sujet. La consistance de l’horreur, la substance intellectuelle de l’homme m’ont échappés, c’est une esquisse de l’une et de l’autre où l’on peine à ressentir pleinement et la vie et la terreur.