Carnet de lectures 2019

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30 livres

par nm-reader

Si vous cherchez d'autres amis lecteur, n'hésitez pas à visiter mon club de lecture 2019 : https://www.senscritique.com/liste/Club_de_lecture_2019/2305484

Livres retirés de la PAL en 2019, classés par ordre de lecture. Objectifs de l'année : 1) Varier les styles, les époques, les langues ; 2) Continuer de rattraper mon retard dans la lecture des Classiques ; 3) Se faire plaisir !

BILAN LINGUISTIQUE :
----------------------------------
Angleterre : 2
Argentine : 1
Autriche : 1
Canada : 1
Etats-Unis : 8
Espagne : 1
France : 13
Guatemala : 1
Russie : 1
Turquie : 1

BILAN STYLISTIQUE :
---------------------------------
Littérature blanche : 12
Policier/Thriller/Espionnage : 6
Science-fiction : 6
Fantasy : 5
Fantastique :
Théâtre :
Poésie :
Essai : 1

BILAN PAR ÉPOQUE :
--------------------------------
XXIe : 18
XXe : 11
XIXe : 1
XVIIIe :
XVIIe :

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  • Deuils (2018)

    Duelo

    Sortie : . Roman.

    Livre de Eduardo Halfon

    1er janvier

    (153 pages, Quai Voltaire)

    Dans ce roman court mais riche en émotions, Halfon enquête sur un secret de famille qui le hante depuis l'enfance : la noyade du frère de son père, dont personne ne parle.Ses recherches le mèneront aussi sur les traces de ses grands-pères, polonais et libanais, et le récit qu'il nous en livre est poignant, par sa capacité saisissante à passer très vite de l'humour à l'émotion forte. Un roman simple, rapidement lu, mais qui touche au cœur.

    8/10

    Extrait (p.52) : "J'essayai d'expliquer à mon amie de Berlin que j'en avais déjà trop vu durant ce voyage en Allemagne, que je commençai à perdre la mesure de la tragédie, que je n'avais pas envie de visiter des camps de concentration, pas même un de ceux où mon grand-père avait été prisonnier, et que les camps de concentration me faisaient l'effet de parcs d'attractions destinés à tirer profit de la souffrance humaine. Mais je finis par accepter. En partie parce que je suis un être timoré, et que j'ai du mal à dire non aux femmes. En partie parce que ce voyage dans son ensemble était une sorte d'hommage à mon grand-père polonais, qui était arrivé au Guatemala après avoir survécu six ans - toute la guerre - comme prisonnier dans les camps de concentration. Enfant, j'ignorais presque tout de ses expériences pendant la guerre, si ce n'est que des soldats allemands ou polonais l'avaient capturé devant l'appartement de sa famille à Lódz, en novembre 1939, alors qu'il avait vingt ans et jouait aux dominos avec une poignée d'amis et de cousins. Mon grand-père ne me parlait jamais de six années-là, ni des camps, ni de la mort de son frère, de ses sœurs et de ses parents. Enfant, il me disait que le numéro tatoué sur son avant-bras gauche (69752) était son numéro de téléphone, qu'il se l'était tatoué pour ne pas l'oublier. Et enfant, bien sûr, je le croyais."
  • Stalker (1972)

    Пикник на обочине

    Sortie : 1972. Roman et science-fiction.

    Livre de Arkadi Strougatski et Boris Natanovitch Strougatski

    1 - 2 janvier

    (303 pages, Folio SF)

    Ce qui m'a fasciné dans ce bouquin, ce n'est pas vraiment son histoire, qui ressemble pourtant à une sorte de métaphore prophétique de Tchernobyl. Non, ce qui frappe, je trouve, c'est plutôt l'ambiance poisseuse, le décor de fin du monde, et ces personnages qui semblent avoir oublié toute foi en l'avenir et prennent la vie comme elle vient. Il y a une sorte de désespoir là-dedans, profondément russe. La plume des frères Strougatski est très habile, jouant davantage sur la face cachée des choses pour attiser - ou frustrer - notre curiosité. Leur humour pince-sans-rire n'est jamais bien loin, également, et cela ajoute une sorte de dimension dramatique à l'histoire, comme si tout était perdu, et qu'il ne restait plus qu'à rire du destin... Une ambiance assez dingue, donc, et je suis curieux de voir maintenant comment Tarkovski a traduit tout cela dans son adaptation culte.

    8/10

    Extrait (p.36) : "Le garage, on le voit aussi : un long boyau gris, les portes béantes et les camions sur un terrain goudronné. Ça fait treize ans qu'ils y sont et rien n'y fait. C'est juste, ce qu'il a dit à ce propos, donc, il pige. Dieu vous garde de vous fourrer entre deux véhicules, il faut les contourner... Là, il y a une fissure dans l'asphalte, si les piquants n'ont pas encore poussé dedans... Cent vint-deux mètres, mais d'où qu'il les compte ? Ah ! probablement à partir du jalon du bord. Exact, il n'y en a pas plus. Ils progressent quand même, ces binoclards... Tiens, la route est suspendue jusqu'au terril, et drôlement bien suspendue ! Le voilà, le petit caniveau où Mollusque a avalé son extrait de naissance, juste à deux mètres de leur route... Pourtant, Sac d'Os lui disait, à Mollusque : espèce d'imbécile, tiens-toi loin des caniveaux, sinon y aura rien à enterrer... Ben, c'est comme s'il avait lu dans un livre : y a rien eu à enterrer... Parce que, dans la Zone, c'est comme ça : si tu reviens avec la gratte, c'est un miracle ; si tu reviens vivant, c'est une réussite ; si tu as échappé aux balles de la patrouille, c'est une chance ; et tout le reste, c'est le destin..."
  • Lonesome Dove, tome 1 (1985)

    Lonesome Dove

    Sortie : 1985. Roman.

    Livre de Larry McMurtry

    3 - 6 janvier

    (531 pages, Gallmeister poche)

    Prix Pulitzer 1986, l'énorme pavé (1100 pages) de McMurtry a été logiquement coupé en deux pour cette édition en poche. Et ce premier épisode ne déçoit pas. Quelle fresque épique ! Quel tableau fantastique du Far West au crépuscule d'un siècle barbare ! L'écriture de McMurtry est relativement sobre, simple sans être simpliste. Il ne raconte pas seulement une histoire, il décrit aussi une époque, ce qui fait de son roman une véritable chronique sociale du grand Ouest américain. Ses personnages sont criants de vérité et authentiques, les décors sont vivants au point qu'on les visualise, les dialogues savoureux. Du pur western, qui mériterait sa trilogie sur grand écran (je ne sais pas ce que vaut la série...). Vite, la suite !

    9/10

    Extrait (p.407) : "Sur la route de San Antonio, Gus et Call passèrent à côté de deux hameaux - rien de plus qu'une église et quelques magasins, mais des hameaux tout de même - situés à moins de quinze kilomètres l'un de l'autre.
    - Regarde ça, dit Augustus. Ces foutus gens créent vraiment des villes partout. Tu sais que c'est notre faute ?
    - C'est pas de notre faute et c'est pas nos affaires, répliqua Call. Les gens ont le droit de faire ce qui leur plaît.
    - Bah bien sûr, maintenant qu'on a chassé les Indiens et qu'on a pendu tous les bons bandits ! répliqua Augustus. Il t'est jamais venu à l'esprit qu'on s'était peut-être trompés sur toute la ligne ? Considère seulement la chose du point de vue de la nature. Si t'as assez de serpents quelque part, tu seras pas envahi par les rats ou la vermine. Si tu veux mon avis, les Indiens et les bandits ont la même fonction. Laisse-les tranquilles et t'auras pas à faire à tout bout de champ des détours pour éviter ces foutus villages.
    - Rien t'oblige à faire des détours, dit Call. Quel mal ils font ?
    - Si j'avais eu envie de fréquenter la civilisation, je serais resté dans le Tennessee et j'aurais gagné ma vie en écrivant de la poésie, répondit Augustus. Toi et moi, on a trop bien fait notre boulot. Pour commencer, on a tué presque tous les gens qui faisaient l'intérêt du pays."
  • Lonesome Dove, tome 2 (1985)

    Lonesome Dove

    Sortie : 1985. Roman.

    Livre de Larry McMurtry

    7 - 11 janvier

    (585 pages, Gallmeister poche)

    La seconde partie du roman est logiquement plus sombre, apportant son lot de drames à l'histoire. Le lecteur en prend un coup, car la plus grande qualité du roman - à mon avis du moins - tient dans ses personnages, tellement vivants sous la plume de McMurtry que chaque perte est vécue comme réelle. Ils sont rares les romans qui créent une telle émotion !
    Le seul reproche que je ferais au roman est le peu d'importance qu'il semble attacher aux Indiens. A une exception près, McMurtry ne les considèrent pas comme des personnages de son histoire, simplement des obstacles à la progression des cow-boys, au même titre que les tempêtes et les serpents par exemple. J'aurais aimé qu'il entre dans la tête de certains d'entre eux, comme il le fait si bien avec ses autres personnages, et qu'il les intègre dans son récit magnifique.

    9/10

    Extrait (p.318) : "Po Campo, une fois libéré des corvées de cuisine, ne se privait pas non plus de refroidir les esprits.
    - Je pense que vous devriez tous aller chez le barbier et oublier ces putains, ajoutait-il. Elles vont seulement vous prendre votre argent, et vous, qu'est-ce que vous aurez en retour ?
    - Quelque chose d'agréable, répondit Needle.
    - Une coupe de cheveux vous fera un mois, tandis que ce que vous aurez des putains ne durera qu'un instant, fit remarquer Po. A moins qu'elles vous refilent quelque chose que vous ne voulez pas attraper.
    Au vu des réactions passionnées qui s'ensuivirent, Newt déduisit que les putains dispensaient parfois autre chose que du plaisir. Apparemment, il arrivait qu'à les fréquenter on attrape des maladies, quoique personne ne soit très explicite sur la question.
    Po Campo demeurait inébranlable. Il continuait de vanter les mérites de la boutique du barbier aux dépens du bordel.
    - Si tu crois que je vais préférer une coupe de cheveux à une putain, t'es cinglé, dit Jasper."
  • La Métamorphose (1915)

    Die Verwandlung

    Sortie : 1915. Roman.

    Livre de Franz Kafka

    12 janvier

    (70 pages, Folio classique)

    Première fois que je lis Kafka, et j'avoue ressentir un peu la même chose que face à Faulkner, par exemple : un grand respect pour un Géant et son oeuvre, mais peu d'attirance pour son style. Le message porté par cette nouvelle est très intéressant (la dépersonnalisation des êtres, au moment d'entrer dans un XXe siècle qui le fera plus que jamais) ; et j'aime encore plus l'idée - lue dans certaines critiques - que la vraie métamorphose concerne plutôt ceux qui l'entourent. Mais j'ai trouvé l'écriture de Kafka somme toute assez banale, et je suis resté de marbre devant l'humour que certains y voient. Je continuerai néanmoins de lire Kafka, ne serait-ce que pour l'importance des questions qu'il aborde dans ses textes.

    7/10

    Extrait (p.140) : Elle fondit en larmes si violemment que ses pleurs coulaient sur le visage de sa mère ; Grete les essuyait d'un geste machinal de la main.
    "Mon enfant !", dit le père d'une voix apitoyée et en marquant une véritable compréhension, "mais que faire ?"
    La sœur se contenta de hausser les épaules pour exprimer la perplexité qui, depuis qu'elle s'était mise à pleurer, avait remplacé sa précédente assurance."
    Si seulement il nous comprenait", dit le père comme une question, mais la sœur secoua violemment la main au milieu de ses larmes, pour signifier qu'il ne fallait pas y compter. "Si seulement il nous comprenait", répéta le père, - et en fermant les yeux, il exprimait qu'il partageait la conviction de sa fille sur l'impossibilité d'une telle hypothèse -, "s'il nous comprenait, on pourrait peut-être arriver à un accord avec lui. Mais, dans ces conditions..."
    "Il faut qu'il s'en aille, père", s'écria la sœur, "il n'y a pas d'autre moyen. Tu n'as qu'à tâcher de te débarrasser de l'idée qu'il s'agit de Gregor. Tout votre malheur vient de l'avoir cru si longtemps."
  • L'Explosion de la tortue (2019)

    Sortie : janvier 2019. Roman.

    Livre de Éric Chevillard

    12 - 13 janvier

    (255 pages, Editions de Minuit)

    Mon premier Chevillard, et je dois dire que je ne suis pas déçu du voyage : ça décoiffe ! Le style est assez singulier et ne plaira sans doute pas à tout le monde : une écriture fragmentée, avec de très court paragraphes, portant chacun une idée ou un argument. J'étais perplexe au début, mais peu à peu, l'humour ravageur de l'auteur porte ses fruits et on se laisse totalement séduire.
    Dans ce texte, la mauvaise foi du narrateur est carrément jubilatoire, et cela faisait bien longtemps que je n'avais pas autant ri devant un roman ! Je reviendrai lire Chevillard, c'est une certitude.

    8/10

    Extrait (p.82) :
    Mon lecteur est encore à naître, écrivit-il à sa mère qui fut la seule à croire en son talent, mais croyait aussi que les esprits faisaient tourner les tables.

    Un siècle plus tard, en effet, je naquis. Il ne s'était pas trompé. Le hasard me mit entre les mains les livres qu'il avait cachés à mon intention dans une lézarde du temps.

    Avouerais-je que je fus tenté de l'exploiter pour mon compte et de publier sous mon nom cette oeuvre en déhérence ?

    Eh bien oui, l'idée me traversa l'esprit.

    J'eus ce mouvement de générosité.

    L'oeuvre de Novat était là, il ne lui manquait qu'un auteur et je me sentais prêt pour ce sacrifice.

    Car il s'agissait bien de cela. N'allais-je ce faisant renoncer sciemment à mon oeuvre propre ? Mes talents ne s'épancheraient pas, je laisserais s'éteindre ma flamme. J'abriterais dans mes ruines le fantôme de Louis-Constantin Novat. Je lui donnerai mon corps.

    Je serais humblement le prête-nom glorieux de ce damné, l'homme de paille dévoré par les langues de feu de sa poésie.

    Un usurpateur ? Un imposteur ?

    Certes non. Car je me reconnaissais dans cette oeuvre. Il me semblait en somme que Novat l'avait écrite pour moi.

    D'ailleurs, il n'a su qu'en faire.

    Que l'enfouir dans une lézarde du temps."
  • Chasse royale II - Rois du monde, tome 3 (2017)

    Sortie : 2017. Roman.

    Livre de Jean-Philippe Jaworski

    14 - 19 janvier

    (349 pages, les Moutons Électriques)

    Relecture, avant la sortie du tome 4. Et le plaisir est toujours aussi immense. Ce troisième volume de la saga celtique semble encore mieux maîtrisé que les précédents : la plume de Jaworski a gagné en simplicité (que certains trouvaient un peu prétentieuse), sans pour autant sacrifier la qualité du texte, qui reste d'une élégance et d'un raffinement rare ; le scénario qu'il continue de déployer tient en haleine et ne souffre d'aucune faiblesse, semant son lot de révélations et de nouvelles énigmes ; et les ambiances, les décors, les costumes, les réactions de ses personnages, semblent frappés d'une réelle authenticité, tellement il semble avoir pris un soin particulier à se documenter sur les traditions et les croyances des celtes. A la croisée des chemins de la fantasy, du roman historique et de la mythologie, Jaworski continue d'écrire sa légende.

    9/10

    Extrait (p.123) : "Mérogaise ne ment pas : la petite rivière est saturée de présences. Toutefois, je ne m'y sens guère épié. Ce que j'éprouve, c'est la fraîcheur de l'eau, la veille paisible des arbres sur la rive, le ramage des oiseaux, la danse irisée des libellules dans les rais du soleil. La journée est bien avancée ; les ombres se font longues, la température douce. De temps à autre, nous traversons la pénombre de petites gorges adoucies de verdure ; puis, nous émergeons dans des vallons enclavés, où somnolent des futaies songeuses, égayées par des sources. L'azur nous retrouve alors, perce les légers ombrages, allume des semailles d'or à la surface de l'eau. L'après-midi n'en finit pas de tirer vers le soir, la nuit vient avec des langueurs d'amante qui tarde à plaisir ; dans ce crépuscule que retiennent des rutilances obliques, les bois s'éclairent çà et là de corolles neigeuses : au milieu des chênes et des hêtres, des boquettiers en fleurs ploient sous les pétales blancs, présages de fruits sauvages. Entre chien et loup, la quiétude se trouve brièvement troublée quand une harde de grands animaux prend la fuite à notre approche : une bande de biches blanches, aux oreilles roussâtres, surprises au boire et vite évanouies dans les halliers."
  • Chasse royale III - Rois du monde, tome 4 (2019)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Jean-Philippe Jaworski

    19 - 20 janvier

    (246 pages, les Moutons Électriques)

    Ce 3e opus de la deuxième branche est plus court que le précédent, avec pourtant une police de caractère plus grosse : volonté de l'auteur ou de l'éditeur (ou des deux ?) de tout faire pour permettre encore un découpage dans Chasse Royale (4e volet prévu pour juin 2019, normalement) ? Quoi qu'il en soit, on reste, du coup, un peu sur sa faim. Certes, l'écriture de Jaworski est toujours aussi belle, on s'attache toujours plus à ses personnages hauts en couleur, et leurs actes de bravoure sont dignes d'être chantés par les bardes de la Celtique. Mais en si peu de pages, l'histoire avance peu, et certains personnages du tome précédent n'apparaissent même pas. Au final, un épisode qui semble plus léger que les précédents, malgré sa belle qualité.

    8/10

    Extrait (p.218) : "La route est longue entre Rigomagos et la forteresse de Tigernomagle. Pour des guerriers habitués aux chevauchées, cela représente déjà une jolie trotte. Aux yeux de deux petites filles soudain jetées sur les chemins, le périple a dû paraître sans fin.
    Qu'ont-elles compris de cette guerre ? Corosille reste trop jeune pour avoir une conscience claire des événements. Uxela, en revanche, est assez grande pour avoir saisi l'impensable : son grand-oncle, le haut roi, a été battu et les armées ennemies s'empareront bientôt de la maison. D'ailleurs, qu'elles aient cerné ou non la gravité de la situation n'est pas la question. Le désastre a fondu sur elles sans prévenir, dans l'affolement des adultes, le retour des morts, le départ précipité. La catastrophe, c'est d'abord l'arrivée des ambactes de papa sans papa. Les hommes paraissent exténués, le terrible Drucco a le bras en écharpe, le char et les chevaux qu'ils ramènent le viennent pas de l'écurie et il y a deux grands corps emmaillotés dans la caisse du véhicule. La catastrophe, elle se met à vociférer dans les gémissements et les imprécations de maman ; et le chagrin et l'angoisse font aussitôt éclater le cœur des deux petites sans qu'elles aient rien compris. Ce n'est que lorsqu'une Licca en pleurs leur dit de sécher leurs larmes, que leur papa n'est pas roulé dans un linceul, que les pauvrettes réalisent qu'il aurait pu être l'un des morts ; et de sangloter de plus belle."
  • Dix petits Nègres (1939)

    And Then There Were None

    Sortie : 1939. Policier et roman.

    Livre de Agatha Christie

    21 - 22 janvier

    (222 pages, le livre de poche)

    Cette relecture 20 ans après me laisse une bien étrange impression... Le style d'Agatha Christie m'a particulièrement déçu : l'écriture est assez expéditive, très peu de détail, une narration souvent très légère, beaucoup de dialogues mais rapidement enchaînés... On croirait presque lire un script, un scénario, comportant un minimum de détails (voir l'extrait c-dessous) ! On est loin des romans tardifs de la Reine du crime, qui sont beaucoup plus conséquents d'un point de vue littéraire.
    Le succès de ce roman tient évidemment à son scénario totalement improbable. Mais une relecture attentive (c'était le but !) permet de relever beaucoup d'incohérences : personnages imprudents au possible, illogiques dans leurs réactions, parfois totalement hystériques. De plus, le narrateur nous balade : régulièrement il nous décrit les pensées des personnages, assassin compris ! Or, il y a là-dedans une forte contradiction avec la révélation finale ! Comment donc ajouter foi à cette dernière ? Bref, il y a quelque chose qui cloche au royaume d'Agatha Christie, Bayard a raison sur ce point. Reste à lire sa version de l'histoire...

    5/10

    Extrait (p. 142) : "Lombard rejeta la tête en arrière. Il découvrit ses dents en une sorte de rictus féroce :
    - Oh ! Bon, très bien. Puisque vous avez la situation en main...
    Le juge Wargrave hocha la tête :
    - Vous êtes un garçon raisonnable. Où est-il, ce revolver ?
    - Dans le tiroir de ma table de chevet.
    - Bien.
    - Je vais le chercher.
    - J'estime qu'il serait préférable que nous vous accompagnions.
    Avec son même sourire carnassier, Philip répliqua :
    - On est soupçonneux, pas vrai ?
    lls enfilèrent le couloir jusqu'à la chambre de Lombard.
    Philip alla ouvrir d'un coup sec le tiroir de sa table de chevet.
    Il recula aussitôt, en poussant un juron.
    Le tiroir était vide."
  • La Vérité sur "Dix petits nègres" (2019)

    Sortie : . Essai et littérature & linguistique.

    Livre de Pierre Bayard

    22 - 23 janvier

    (168 pages, Editions de minuit)

    Sur un ton volontairement badin, le facétieux Pierre Bayard ose s'attaquer au roman culte de la Reine du crime. Le récit est présenté comme une mise au point du véritable assassin de l'île du Nègre, et plus d'une fois on sourit devant ses audaces.
    Bayard commence par résumer le roman, présenter les faits, ce qui peut s'avérer utile pour qui n'a pas envie de le relire en entier (c'est rapide, cela dit). Il souligne ensuite les nombreuses incohérences du récit, et on tombe bien souvent d'accord avec lui. Il s'interroge également sur le succès de l'oeuvre, sur le fait que personne, jamais, n'en ait souligné les faiblesses parmi les critiques ou les millions de lecteurs, mais sans le reprocher à qui que ce soit : il montre plutôt comment des expériences sociales ont déjà illustré les phénomènes d'aveuglement collectif ou de biais cognitifs. C'est plutôt intéressant !
    La solution qu'il propose enfin tient bien plus la route. On peut aussi se demander si Agatha Christie a fini par être consciente des incohérences de son roman. Je n'avais jamais remarqué, par exemple, les parallèles surprenants qu'on peut faire "ABC contre Poirot" et "les vacances d'Hercule Poirot", qui permettent, du coup, de se poser la question...

    7.5/10

    Extrait (p.20) : "Certains lecteurs trop rationnels s'étonneront peut-être qu'un personnage sorte ainsi d'une oeuvre pour apporter son témoignage sur les événements dont il a été l'acteur.
    J'aurai l'occasion dans ce livre de revenir plus longuement sur les raisons qui m'ont conduit(e) à m'échapper du roman d'Agatha Christie pour prendre moi-même la plume, ainsi que sur les moyens que j'ai utilisés pour parvenir à cette fin.
    Je me contenterai ici de dire à quel point il m'a toujours semblé étonnant et scandaleux que les personnages de fiction, alors même que chacun leur reconnaît une forme d’existence, ne soient jamais appelés à donner leur sentiment sur les textes dont ils sont l'objet.
    Inversant la perspective habituelle selon laquelle ce sont les lecteurs et les critiques qui parlent des personnages, j'entends bien pour ma part dire la vérité à propos de ce qui s'est passé sur l'île du Nègre, comme sur tous les textes qui ont propagé une histoire fausse en réduisant la part majeure que j'y ai prise."
  • Le fond du ciel (2009)

    El fondo del cielo

    Sortie : 2009. Roman.

    Livre de Rodrigo Fresán

    24 - 26 janvier

    (300 pages, Seuil)

    Quel roman étrange et singulier ! Son écriture atypique déroute et enchante, séduite et frustre tour à tour, ce qui fait que pendant une grande partie du récit on ne sait quoi penser. Procédés et effets totalement assumés par l'auteur d'ailleurs, qui n'hésite pas à s'en réjouir de temps en temps.
    Le texte fourmille d'hommages et d'irrévérences envers les Géants de la SF (K Dick, Vonnegut, Clarke, Kubrick, etc.), et certains passages sont franchement drôles. L'émotion est également bien présente, avec un final très touchant (et très éclairant, au grand soulagement du lecteur). Un bon moment de lecture, donc, malgré les efforts et la patience qu'elle demande.

    8/10

    Extrait (p.228) : "La septième fin du monde - au vingtième siècle, les fins du monde sont de plus en plus rapprochées, comme si la planète voulait essayer tous les moyens possibles de dire adieu, comme si elle ne savait pas quels chocolats choisir dans la boîte - a lieu ce matin-là, au Nouveau-Mexique, Los Alamos, Trinity Site. Lourdes lunettes noires, sable du désert et bourdonnement des caméras qui enregistrent tout, car l'homme a appris à filmer les événements historiques. Ce pouvoir l'oblige en quelque sorte à les provoquer afin d'avoir quelque chose à filmer.
    La Terre est donc devenue un endroit dangereux. Les proches de Robert Oppenheimer - qui l'appellent Oppie - l'entendent parler d'un destructeur de mondes, un concept qu'il aurait tiré d'un texte sacré exotique. On pensait à tort que l'immense explosion était contrôlée. Au bout du compte, les hypothèses fantaisistes du catastrophiste Enrico Fermi étaient vraies, mais pas si drôles que ça.
    L'explosion atomique met le feu au nitrogène présent dans l'air et dans les océans, et l'atmosphère tout entière se dénude comme une femme retirant brusquement sa robe - une robe qui, plus que vêtir, déshabille - après s'être agitée toute la nuit sur des danses vives et torrides en sachant, ravie et féroce, que tous la regardaient sans pouvoir détacher leurs yeux d'elle.
    Comme on ne peut détacher les yeux de ce nuage en forme de champignon qui monte vers les hauteurs glacées, grandit au point d'estomper la lumière du Soleil par l'éclat de ses mille soleils."
  • Dans les bois éternels (2006)

    Sortie : 2006. Roman.

    Livre de Fred Vargas

    27 - 28 janvier

    (443 pages, Viviane Hamy)

    Superbe épisode de la saga Adamsberg ! Riche en émotion, en rebondissement, en énigmes tordues, ce nouvel opus ravira les amateurs de Vargas, qui embarque son lecteur dans les bistros normands, à coup d'alexandrins. L'intrigue proposée est également de grande qualité, brouillant habilement les pistes. Lire les romans de Vargas dans l'ordre est un vrai plus, on comprend beaucoup mieux les réactions de certains personnages, et l'auteure n'hésite pas à se référer souvent à ses romans précédents.

    9/10

    Extrait (p.53) : "Un silence s'établit autour de la table et quelques visages se tournèrent furtivement vers Adamsberg. Il est fatal, à l'heure du rassemblement des hommes, que l'intrus soit repéré, soupesé, puis rejeté ou accueilli. En Normandie comme ailleurs et peut-être pire qu'ailleurs.
    - Pourquoi serais-je parisien ? demanda Adamsberg d'un ton calme.
    L'aïeul fit un signe du menton vers le livre qui traînait sur la table du commissaire, près de son verre de bière.
    - Le ticket, dit-il. Avec quoi vous marquez votre page. C'est un ticket de métro parisien. On sait reconnaître.
    - Je ne suis pas parisien.
    - Mais vous n'êtes pas d'Haroncourt.
    - Des Pyrénées, dans la montagne.
    Robert leva une main, puis la laissa retomber lourdement sur la table.
    - Un gascon, conclut-il comme si une chape de plomb venait de s'effondrer sur la table.
    - Un Béarnais, précisa Adamsberg.
    Début du jugement, et délibération.
    - Ce n'est pas faute que les montagnards aient fait des ennuis, estima Hilaire, un vieux moins vieux mais chauve, qui tenait l'autre bout de la table.
    - Quand ? demanda le plus brun.
    - Ne cherche pas, Oswald, c'était dans le temps.
    - Les Bretons aussi, peut-être. Mais ce ne sont tout de même pas les Béarnais qui veulent nous prendre le Mont-Saint-Michel.
    - Non, reconnut Angelbert.
    - C'est sûr, osa Robert en l'examinant, que vous n'avez pas la mine d'un gars descendu des drakkars. Ils sont descendus d'où, les Béarnais ?
    - De la montagne, répondit Adamsberg. La montagne les a crachés dans un jet de lave, puis ils ont coulé sur les flancs, puis ils se sont solidifiés, et cela a fait les Béarnais.
    - Evidemment, dit celui qui avait pour rôle de ponctuer."
  • Mon nom est Rouge (1998)

    Benim Adım Kırmızı

    Sortie : 1998. Roman.

    Livre de Orhan Pamuk

    29 janvier - 05 février

    (570 pages, Gallimard)

    Voir ma critique

    7/10
  • Les soldats de Salamine (2004)

    Soldados de Salamina

    Sortie : février 2004. Roman.

    Livre de Javier Cercas

    06 - 08 février

    (237 pages, Babel)

    Cercas mène l'enquête sur un épisode de la guerre d'Espagne, durant lequel un soldat républicain laisse la vie sauve à l'écrivain Mazas. Fidèle à lui-même, Cercas en fait un récit faussement simple : ce qui commence comme une enquête journalistique se transforme peu à peu en roman, construit couche après couche par les découvertes du romancier et ses réflexions sur son écriture, jusqu'à la mise en abyme de l'ensemble, franchement réussie. Plutôt que d'opposer réalité et fiction, Cercas semble enclin à les réconcilier, en mettant la fiction au service de la réalité, pour que se perpétue la mémoire de ceux qui ont vécu dignement. Un grand roman, qui porte déjà en lui les thèmes chers à Cercas.

    8/10

    Extrait (p.226) :"Miralles continua à parler plus précipitamment, sans sécher les larmes qui coulaient le long de son cou et mouillaient sa chemise de flanelle.
    - Personne ne se souvient d'eux, vous savez ? Personne. Personne ne se souvient même pourquoi ils sont morts et pourquoi ils n'ont jamais eu ni femme, ni enfants, ni chambre ensoleillée ; personne, et encore moins ceux pour lesquels ils se sont battus. Aucune rue misérable d'aucun village misérable d'aucun pays de merde ne porte ni ne portera jamais le nom de l'un d'entre eux. Vous comprenez ? Vous comprenez, n'est-ce-pas ? Ah... mais je m'en souviens moi, et comment ! De tous je me souviens, de Lela et de Joan et de Gabi et d'Odena et de Pipo et de Brugada et de Gudayol, je ne sais pas pourquoi, mais c'est comme ça, il n'y a pas un seul jour où je ne pense à eux."
  • Anatèm, tome 1 (2009)

    Anathem

    Sortie : . Science-fiction et roman.

    Livre de Neal Stephenson

    09 - 17 février

    (651 pages, Albin Michel)

    Comme annoncée, cette lecture est très ardue ! Durant les 200 premières pages, on rame pour comprendre le vocabulaire employé, pour cerner le monde très singulier imaginé par Stephenson, et on se demande bien souvent dans quelle direction nous mène ce roman, s'il nous mène quelque part... Puis, peu à peu, le brouillard se dissipe, le scénario se précise, devient plus intéressant, jusqu'à l'emballement final qui nous promet un passionnant deuxième volume.
    On pourra regretter l'infinie lenteur avec laquelle Stephenson plante le décor, et ce choix découragera certainement plus d'un lecteur ; il faut néanmoins reconnaître qu'il nous permet ainsi de réellement nous immerger dans son monde original.
    Ma seule réserve, finalement, concerne l'emploi abusif du subjonctif et du passé simple dans la narration ; c'est laid au possible.

    7/10
  • L'Espion qui venait du froid (1963)

    The Spy who came in from the cold

    Sortie : 1963. Roman.

    Livre de John Le Carré

    18 - 20 février

    (328 pages, Folio policier)

    Le roman qui a apporté à John Le Carré la reconnaissance internationale est à la hauteur de sa réputation. Pourtant, le texte semble simple d'apparence, il respire les débuts par son dénuement, son manque de densité (ce qui n'est pas forcément un défaut). Mais le talent du maître de l'espionnage fait le reste ; le dénouement de cette histoire est d'une grande maîtrise, même si les esprits tordus la devineront sans trop de peine.
    A noter que le dernier roman paru de JLC (l'héritage des espions) est la suite de ce roman de jeunesse, à 50 ans d'intervalle.

    8.5/10
  • Son Excellence Eugène Rougon (1876)

    Sortie : 1876. Roman.

    Livre de Emile Zola

    21 - 24 février

    (344 pages, Omnibus)

    Zola excelle dans la dénonciation de toutes les formes d'hypocrisie. Dans ce 6e volet de sa fresque sociale, il s'attaque à la politique, et les passages savoureux ne manquent pas. Tout y passe : le clientélisme, les opinions politiques plus sensibles au vent que des girouettes, le vampirisme.
    Reste que le roman souffre de certaines longueurs : je me suis passablement ennuyé pendant la première moitié du texte. Heureusement, quand le jeu des chaises musicales politique se met en route, toutes les hypocrisies se révèlent enfin, et nous offrent quelques grands moments.

    6.5/10

    Extrait (p. 579) : "Un parlement qui se tait est un parlement qui travaille... Quant à la presse, sire, elle change la liberté en licence. Depuis mon entrée au ministère, je lis attentivement les rapports, je suis pris de dégoût chaque matin. La presse est le réceptacle de tous les ferments nauséabonds. Elle fomente les révolutions, elle reste le foyer toujours ardent où s'allument les incendies. Elle deviendra seulement utile, le jour où l'on aura pu la dompter et employer sa puissance comme un instrument gouvernemental... Je ne parle pas des autres libertés, liberté d'association, liberté de réunion, liberté de tout faire. On les demande respectueusement dans Les veillées du bonhomme Jacques. Plus tard, on les exigera. Voilà mes terreurs. Que Votre Majesté m'entende bien, la France a besoin de sentir longtemps sur elle le poids d'un bras de fer..."
  • L'Autre côté (2019)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Léo Henry

    24 février

    (119 pages, Rivages)

    Ce (très) court roman nous emporte, dans une langue très élégante, sur les traces d'une famille obligée de tout quitter pour espérer sauver leur fille malade. Commence alors une aventure faite d'obstacles, de désillusions, de drames, qui ne sont pas sans rappeler les malheurs des migrants dans leur quête d'Europe. Henry invente un monde imaginaire chargé de mystères (Moines immortels, cités mystiques), pourvu pourtant d'une technologie moderne, attisant ainsi délicieusement la curiosité du lecteur. On regrettera alors de ne pas en savoir plus et que le récit se termine si vite.

    7.5/10

    Extrait (p. 17) : "Certains disent de Kok Tepa qu'elle est la plus ancienne ville du monde. Il est difficile de savoir si c'est vrai. Les Moines, gardiens des traditions et des récits, sont aussi les détenteurs du pouvoir temporel sur la cité, et ils ont toute latitude pour tourner l'histoire à leur avantage. Même chose pour les formules de l'immortalité, prétendument offerte par les dieux aux habitants de Kok Tepa il y a dix fois mille ans, en récompense d'un sacrifice oublié.
    Kok Tepa, cité sainte, juste parmi les justes.
    Kok Tepa, ombilic de la foi.
    Kok Tepa, rétine de l'oeil divin."
  • La Chanson d'Arbonne (1992)

    A Song for Arbonne

    Sortie : 1992. Roman.

    Livre de Guy Gavriel Kay

    25 février - 03 mars

    (614 pages, L'Atalante)

    Kay nous emporte cette fois dans la Provence du XIIe siècle, sur les traces des troubadours. Ses personnages sont toujours aussi superbement esquissés, les figures féminines de premier plan ne manquent pas, et l'intrigue qu'il tisse au fil des pages est d'une intensité rare dans son dernier tiers.
    La qualité de sa plume est peut-être légèrement en-dessous de celle des romans plus tardifs, avec notamment une histoire assez manichéenne. Mais force est de constater que déjà Kay nous éclabousse de son talent avec ce roman qu'il a voulu comme un hommage à la Provence dont il est tombé amoureux (il y a vécu plusieurs années).
    Kay est incontestablement l'un des maîtres de la Fantasy, même si la sienne est très singulière.

    8.5/10

    Extrait (p.235) : " ' Est-ce qu'elle est belle, Aurélien ?
    - Je ne l'ai vue qu'une fois, et de loin.
    - Alors ?
    - Rémy te la décrirait mieux que moi.
    - Rémy est au lit avec quelqu'un ou en train de se soûler. Toi, dis-le moi. '
    Il y eut un bref silence. La musique de la douce complainte d'Anselme montait vers eux.
    ' Elle a la beauté de l'obsidienne dans la neige fraîche, dit lentement Aurélien. Elle scintille comme un diamant à la lueur des bougies. Un feu brûle en elle semblable au rubis ou à l'émeraude. A quelle autre pierre précieuse la comparer ? Elle offre la promesse du danger comme du noir oubli, le même défi que la guerre ou les montagnes, dont elle a, je crois, la même cruauté.'
    Liseut déglutit avec difficulté. ' Tu parles comme Rémy quand il a bu trop de vin ', dit-elle enfin, s'efforçant d'avoir l'air ironique."
  • A quelques milles du reste du monde (1972)

    The water is wide

    Sortie : 1972. Roman.

    Livre de Pat Conroy

    03 - 05 mars

    (274 pages, Le nouveau pont)

    L'auteur du "Prince des marées" a débuté avec ce premier roman, dans lequel il raconte son expérience d'enseignant à des enfants noirs sur une île de la Caroline du Sud en 1969, et le récit est édifiant, dans tous les sens du terme. La plume talentueuse de l'écrivain sudiste est déjà à l'oeuvre dans ce récit, il sait déjà émouvoir, toucher au cœur, avec ses phrases élégantes et colorées.
    Le texte mérite le détour aussi par son contenu : l'évocation de sa relation avec ses élèves absolument attachants, tout comme l'immobilisme et la tyrannie d'une administration éducative déficiente, offrent au lecteur quelques perles qui ne peuvent laisser sans réaction.
    Ce roman reste finalement assez moderne, car il pousse inévitablement à la réflexion sur la qualité de notre propre système éducatif. Un sujet qui me tient à cœur, évidemment, étant enseignant moi-même.

    7.5/10

    Extrait (p.60) : "Ma théorie pré-yamacrawienne de l'enseignement comportait plusieurs principes sacrés et parmi ceux-ci celui qu'un enseignant devait toujours avoir l'air fou ou d'une excentricité incontrôlable s'il voulait attirer et retenir l'attention de ses élèves. Le professeur doit toujours être en position d'attaque, chercher de nouvelles idées, changer les tactiques éculées et ne jamais au grand jamais tomber dans les schémas qui mènent à l'ennui scolaire. Bernie et moi croyions tous deux à la dramaturgie professorale, aux gesticulations grossières et aux excès frénétiques pour obtenir le réveil des gros bêtas de lycéens sans cerveaux qui s'asseyaient tous les jours devant nous comme des champignons sur pattes. Véritable maître clown, Bernie pouvait tordre son visage en de multiples contorsions pour faire rire les enfants avec lui ou de lui. Bernie me disait : "Fais-les rire, mec. Fais-les rire si fort et si violemment qu'ils ne réaliseront pas qu'ils sont en train d'apprendre." "
  • Anatèm, tome 2 (2009)

    Anathem

    Sortie : . Roman et science-fiction.

    Livre de Neal Stephenson

    06 - 10 mars

    (548 pages, Albin Michel Imaginaire)

    Il faut reconnaître au roman de Stephenson une ambition folle, totalement démesurée. Il ne sera pas à la portée du premier venu, cela dit, et je reste franchement perplexe à la lecture du bandeau "N°1 des ventes du NY Times", car tout lecteur n'ayant pas de longues années d'expériences littéraires SF derrière lui aura énormément de mal à boucler ces 1200 pages.
    Passées ces mises en garde, j'ai trouvé ce second volume plus intéressant que le premier. L'action s'accélère, les fils se dénouent au point qu'au milieu du roman on comprend enfin de quoi il est question, et l'effet est très réussi. Stephenson se permet même quelques traits d'humour improbables assez réussis.
    Reste que le roman souffre quand même de sérieuses longueurs, est truffé de discours mêlant physique théorique, mathématiques et philosophie, à faire pâlir d'envie un roman de Greg Egan. Bref, il faut aimer le genre pour savourer.

    8/10
  • Le Soleil des Scorta (2004)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Laurent Gaudé

    10 - 11 mars

    (285 pages, Babel)

    C'est la première fois que je lis Gaudé, et j'ai vraiment aimé sa plume élégante, qui sait trouver les mots justes pour donner de l'intensité à son texte. Cette fresque familiale assez âpre m'a un peu rappelé 100 ans de solitude, avec ses mémoires familiales qui se transmettent de génération en génération.
    Gaudé m'a fait aimer l'Italie avec sa terre chaude et ensoleillée, ses personnages hauts en couleur si bien esquissés qu'on les "voit".
    Une belle découverte ; je relirai Gaudé.

    7.5/10

    EXtrait (p.11) : "La chaleur du soleil semblait fendre la terre. Pas un souffle de vent ne faisait frémir les oliviers. Tout était immobile. Le parfum des collines s'était évanoui. La pierre gémissait de chaleur. Le mois d'août pesait sur le massif de Gargano avec l'assurance d'un seigneur. Il était impossible de croire qu'en ces terres, un jour, il avait pu pleuvoir. Que de l'eau avait irrigué les champs et abreuvé les oliviers. Impossible de croire qu'une vie animale ou végétale ait pu trouver - sous ce ciel sec - de quoi se nourrir. Il était deux heures de l'après-midi, et la terre était condamnée à brûler."
  • L'espace d'un an (2016)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Becky Chambers

    12 - 15 mars

    (443 pages, L'Atalante)

    Je décroche à la moitié du roman... Non pas qu'il soit mauvais, non ; les races aliens que Chambers créent sont même plutôt intéressantes. Mais cette histoire est trop fleur bleue, presque naïve finalement. Ce n'est pas trop mon style.

    5/10
  • Un lieu incertain (2008)

    Sortie : juin 2008. Roman.

    Livre de Fred Vargas

    16 - 17 mars

    (431 pages, Flammarion)

    Une belle aventure de la bande à Adamsberg, bien ficelée, avec son lot de surprises. Je persiste à croire qu'il faut lire Vargas dans l'ordre, il y a trop d'éléments dans l'histoire qui sont liés aux épisodes précédents.
    J'ai également trouvé que l'écriture de Vargas gagnait un peu en maturité, mais perdait un peu en humour. J'espère que cette tendance ne se confirmera pas dans les 3 romans suivants, c'est quand même ce qui fait tout le charme de ses romans !

    7.5/10

    Extrait (p. 204) : "Tu fais le fier, hein ? dit le type, pendant que l'odeur de café emplissait la cuisine.
    - Non. Je prépare mon dernier petit déjeuner. Ça te dérange ?
    - Ouais.
    - Ben tire.
    Adamsberg posa deux bols sur la table, du sucre, du pain, de la confiture et du lait. Il n'avait pas la moindre envie de crever sous les balles de ce type lugubre et figé, comme aurait dit Josselin. Ni de le connaître. Mais parler et faire parler, on apprenait cela avant de savoir tirer. "La parole, disait l'instructeur, est la plus mortelle des balles, si vous savez la loger en pleine tête." Il ajoutait que c'était difficile de trouver le centre de la tête avec des mots, et que si l'on passait à côté, l'ennemi tirait aussitôt."
  • Glissements de temps sur Mars (1963)

    Martian Time-Slip

    Sortie : 1963. Roman.

    Livre de Philip K. Dick

    17 - 18 mars

    (246 pages, Nouveaux Millénaires)

    Un délire sur la schizophrénie, écrit par un schizophrène, ça mérite quand même un petit coup d'oeil ! Bon, ce roman de K. Dick est assez mineur, truffé d'âneries en tout genre, mais il reste intéressant justement pour cette singularité évoquée au début : peut-être qu'il contient des traces des expériences délirantes vécues par l'auteur (ce qui ferait un peu frémir)...
    A part ça, je suis toujours aussi surpris de constater à quelle point les auteurs de SF se plantent sur les échelles temporelles : ce roman se situe en 1994, sur la planète Mars désormais habitée par une colonie florissante...

    5/10

    Extrait (p. 689) : "Sous la peau de M. Kott, il y avait des ossements humides et luisants. M. Kott était un sac d'ossements, sales, et pourtant humides et luisants. Son crâne contenait des billets qu'il mâchonnait ; au-dedans, les billets devenaient des objets pourris que quelque chose mangeait pour les faire mourir.
    Jack Bohlen était également un sac mort, grouillant de rongeasse. Joliment peint, d'odeur agréable, l'extérieur qui trompait presque tout le monde se pencha vers Mlle Anderton, et il le vit : il vit que cela désirait terriblement la jeune femme. La forme humide et poisseuse se glissa près d'elle et les mots sautèrent de sa bouche comme des insectes morts et tombèrent sur elle. Les insectes-paroles morts s'enfuirent dans les plis de ses vêtements, et quelques-uns se glissèrent sous sa peau pour pénétrer dans le corps de Doreen."
  • Moonglow (2018)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Michael Chabon

    (19 - 25 mars)

    (518 pages, Robert Laffont)

    Le nouveau roman de Chabon est étonnant de sincérité : la franchise avec laquelle il expose les traumatismes de ses grands-parents émeut. Ce texte est beau et touchant, avec ses personnages aux caractères bien trempés, bien servi par une plume élégante, espiègle et un brin moqueuse.
    L'auteur joue néanmoins un double jeu : il prévient dès l'introduction qu'il a pris de nombreuses libertés avec la Vérité, difficile donc de démêler le vrai du faux dans ce récit haut en couleur. Peu importe, finalement, la Vérité appartient à sa famille ; pour nous, ce qui compte, c'est qu'on passe un bon moment dans ses pages.

    8/10

    Extrait (p.299) : " "J'ai honte, a-t-il articulé.
    - Grand-père...
    - Je suis déçu par moi-même, par ma vie. Toute ma vie, tout ce que j'ai tenté. Je n'ai fait que la moitié du chemin. On essaie de profiter du temps qui nous est imparti. C'est ce qu'on nous dit de faire.Mais quand on est vieux, on regarde derrière soi et on voit que tout ce temps, on l'a gaspillé. Tout ce qu'on a, c'est une histoire des choses qu'on n'a jamais commencées ou qu'on a pas finies. Des choses que je me suis acharné à construire et qui n'ont pas duré, ou dont je me suis acharné à me débarrasser et qui sont toutes encore là. J'ai honte de moi.
    - Moi, je n'ai pas honte de toi, ai-je objecté. Au contraire, je suis fier."
    Il a fait une nouvelle grimace. Celle-là disait que ce que je savais de la honte - ce que toute ma génération, avec son usage de la confession comme d'un outil aux fins d'autoglorification, savait de la honte - tiendrait dans la moitié d'une coque de pistache."
  • Pietr-le-Letton (1930)

    Sortie : mai 1930. Roman.

    Livre de Georges Simenon

    25 - 26 mars

    (155 pages, Omnibus)

    J'ai décidé de procéder avec Simenon comme avec Vargas et Zola : lire leurs romans dans l'ordre. Voici donc le livre qui vit Maigret apparaître, et le succès fut immédiat à l'époque, semble-t-il.
    L'intrigue en elle-même n'a rien d'extraordinaire (pour un lecteur contemporain du moins), mais elle est de bonne qualité. L'écriture de Simenon est fluide, facile à lire, et on ne s'ennuie pas. Le soin qu'il met à peindre Maigret mérite par contre d'être notée : on parvient facilement à se représenter le personnage. Et on ne peut être qu'impressionné, soit dit en passant, par l'interprétation remarquable qu'en fait Bruno Cremer, tellement elle colle au texte de Simenon.
    A suivre, l'aventure sera longue (75 romans) !

    6.5/10
  • La Forêt des araignées tristes (2019)

    Sortie : février 2019. Aventures et roman.

    Livre de Colin Heine

    27 - 31 mars

    (487 pages, ActuSF)

    ActuSF nous propose un joli roman steampunk en ce début d'année, premier roman de l'auteur par ailleurs. Je ne suis pas trop fan du genre, mais je dois pourtant admettre que j'ai plongé sans retenue dans cet univers librement inspiré de l'Europe de la fin du XIXe siècle.
    Malgré sa casquette de débutant, Colin Heine montre déjà qu'il sait tenir un récit, et on s'ennuie rarement dans cette histoire à rebondissements.
    Un seul bémol, néanmoins : il s'agit clairement du début d'une nouvelle saga, ce qui n'était pas vraiment annoncé, et beaucoup de mystères restent en suspens ; au point que même ce titre (très beau, cela dit), plein de promesses, nous laisse sur notre faim : pas le moindre mot, par exemple, sur cette soit-disant tristesse des araignées...
    A suivre, donc...

    7/10
  • Falaise des fous (2018)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Patrick Grainville

    1er - 14 avril

    (643 pages, Seuil)

    9/10

    Voir ma critique
  • L'Armée furieuse (2011)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Fred Vargas

    15 - 18 avril

    (427 pages, Viviane Hamy)

    Encore une fois, une belle enquête d'Adamsberg et de sa bande, même si, pour être honnête, cet opus est un peu moins enlevé que certains autres (les vents de Neptune et les bois éternels). Tous les ingrédients sont là malgré tout pour passer un vrai bon moment de lecture : des dialogues savoureux, une enquête suffisamment complexe, des personnages qui avancent dans leurs histoires perso (la relation entre Adamsberg et son fils, notamment).

    8/10