Jacques Tourneur - Commentaires

Avatar Thaddeus Liste de

7 films

par Thaddeus

Sans doute l’un des cinéastes qui ont le plus apporté dans l’expression des peurs souterraines, la formulation du caché ou du refoulé, les manifestations de l’inconscient, Tourneur est un artiste pour qui l’ellipse n’est que le prélude au traumatisme de la révélation, et chez qui l’intuition et la croyance produisent un sentiment d’inéluctable. Ses aficionados ont contribué à faire de lui un auteur culte, donc à le marginaliser et à l’extraire de la place qui lui revient : celle d’un créateur parmi les plus importants du cinéma des années quarante.

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1. Vaudou (1943)
2. La flibustière des Antilles (1951)
3. La féline (1942)
4. L'homme-léopard (1943)
5. Le passage du canyon (1946)

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  • La Féline (1942)

    Cat People

    1 h 11 min. Sortie : . Épouvante-Horreur.

    Film de Jacques Tourneur avec Jane Randolph, Jack Holt, Simone Simon

    Par sa maîtrise du hors-champ et du clair-obscur, Tourneur invente un fantastique suggestif qui refuse les effets spectaculaires et privilégie une forme sophistiquée, insidieuse et crépusculaire, sans doute assez nouvelle pour l’époque. Servi par Simone Simon et son troublant physique de chat, il situe sa fiction dans un cadre contemporain, s’interdit de visualiser l’objet de la terreur et laisse le spectateur libre de choisir entre deux hypothèses, la rationnelle et la surnaturelle. La peur de l’animalité, la frustration, le pouvoir de l’imagination se confondent dans une ambiance de cauchemar pernicieux qui fait du désir et de la sexualité la source d’un mystère, d’une angoisse sans objet véritable mais pourtant très présente, d’un singulier mélange de fascination et de culpabilité.
  • Vaudou (1943)

    I Walked with a Zombie

    1 h 09 min. Sortie : . Épouvante-Horreur.

    Film de Jacques Tourneur avec James Ellison, Frances Dee, Tom Conway

    Cinéaste de l’informulé, de l’indicible, de la suggestion des forces occultes qui s’épanchent dans le monde sensible dès lors qu’elles ont trouvé un point de fixation, Tourneur trouve ici un sujet idéal. Le martèlement obsédant des tams-tams, l’appel de la conque, la moiteur tropicale du décor haïtien, le noir et blanc évocateur, les ombres projetées par les plants de canne tandis que l’héroïne progresse vers la cérémonie nocturne, la démarche traînante d’un grand Noir aux yeux exorbités, la diction très calme des acteurs, étouffée comme dans un rêve, maintiennent une latence de l’horreur d’autant plus subtile que rien ne vient la concrétiser explicitement. Tout appartient ici au domaine secret de la nuit, tout crée un climat d’envoûtement maintenu jusqu’à la mort mystérieuse et apaisante du dénouement.
  • Bande-annonce

    L'Homme-Léopard (1943)

    The Leopard Man

    1 h 06 min. Sortie : . Épouvante-Horreur et thriller.

    Film de Jacques Tourneur avec Dennis O'Keefe, Margo, Jean Brooks

    Plus encore que "La Féline" ou "Vaudou", ce précipité de matière tourneurienne se structure autour d’une série de rencontres nocturnes fatales pour les personnages féminins saisis dans un espace ouvert que l’obscurité défamiliarise. Le cinéaste y fait basculer le désir érotique dans le cauchemar, joue d’effets de montage qui mettent en évidence la subjectivité de la perception, use de la figure du retournement en associant tel geste ou tel ressenti avec le contre-champ sur ce qui suscite la peur, utilise le son pour créer la tension et provoquer des ruptures rythmiques et émotionnelles. Le destin frappe en aveugle, sans tenir compte des agissements et des choix de chacun : c’est le sens de cette balle maintenue en l’air par un jet d’eau, vouée comme les personnages à l’impuissance et au néant.
  • Le Passage du canyon (1946)

    Canyon Passage

    1 h 37 min. Sortie : . Western.

    Film de Jacques Tourneur avec Dana Andrews, Brian Donlevy, Susan Hayward

    Le premier western du cinéaste est un avatar assez étrange, à la fois classique et vaguement précurseur, où les paysages de l’Oregon sont photographiés avec une clarté presque onirique et où l’enchaînement des actions ne semble répondre à aucun impératif dramatique : pendant longtemps il ne s’y passe quasiment rien, l’histoire se résumant à une suite d’actions quotidiennes. La fameuse esthétique tourneurienne de l’ellipse et de la retenue lui permet de marquer de sa patte un genre placé d’habitude sous le signe obligatoire du spectacle, et de mieux cerner le travail souterrain des pulsions, la progression de la violence, la circulation des affects au sein d’une communauté paisible en apparence, ainsi que l’ambigüité de comportements qui ne doivent rien au manichéisme en vigueur.
  • La Griffe du passé (1947)

    Out of the Past

    1 h 37 min. Sortie : . Film noir.

    Film de Jacques Tourneur avec Robert Mitchum, Jane Greer, Kirk Douglas

    Un polar serti d’une atmosphère subtilement onirique, comme s’il était peu à peu infiltré par un mauvais rêve. Le monde que Tourneur développe ici apparaît comme un théâtre d’ombres, où les puissances trompeuses se jouent des facultés du protagoniste, où sa raison vacille sur le seuil de vérités insoutenables, où le sentiment tragique de la vie va de pair avec un désenchantement radical. Robert Mitchum y est le héros exemplaire d’une intrigue tortueuse et opaque qui juxtapose, comme dans les grands classiques de la série noire, les thématiques de l’argent, de l’amour, du meurtre et de la trahison. Le sens du décor et de l’éclairage, la complexité touffue de l’action, la relation fatale au cœur du drame en font un film captivant, même si je lui préfère, dans le genre, bien d’autres jalons.
  • La Flibustière des Antilles (1951)

    Anne of the Indies

    1 h 21 min. Sortie : . Aventure.

    Film de Jacques Tourneur avec Jean Peters, Louis Jourdan, Debra Paget

    Le film de corsaires et de piraterie, la galvanisante aventure des trésors pillés, des escales exotiques, des abordages exécutés dans l’odeur de la poudre et le tonnerre du canon : un genre séduisant entre tous lorsqu’il est servi avec panache et inspiration. L’année où Walsh signe son "Capitaine sans Peur", Tourneur en livre à son tour un des plus beaux fleurons, un divertissement trépidant, spectaculaire, où la reconnaissance de la convention est parasitée par la singularité inattendue de son traitement. Avec ses couleurs chatoyantes, sa mélancolie secrète, son évocation d’un blocage sexuel au parfum d’inceste, son regard quasi étonné sur les supplices de la mort, l’œuvre offre à Jean Peters un rôle ambigu, fougueux, écartelé entre passion ardente et froide cruauté, bassesse vile et grandeur sacrificielle.
  • Rendez-vous avec la peur (1957)

    Night of the Demon

    1 h 35 min. Sortie : . Épouvante-Horreur.

    Film de Jacques Tourneur avec Dana Andrews, Peggy Cummins, Niall MacGinnis

    Un savant américain, sceptique et rationaliste, apprend que l’un de ses collèges a été assassiné par une puissance maléfique. En plongeant son positivisme dans les arcanes d’une Angleterre insolite, celle des mediums et des "psychic societies", Tourneur s’attache moins à la résolution de l’énigme (qui restera en suspens) qu’à la progression de l’enquêteur dans un espace instable, soudain obscurci par les vibrations des univers parallèles. Il signe un film fantastique qui joue des ressorts de l’invisible et de la suggestion, trouvant sa matière dans la peur des rites secrets, l’infusion du surréel, la menace constante des forces surnaturelles et démoniaques. À notre époque, tout cela fait quand même un peu cheap, à l’image du monstre de carton-pâte qui apparaît sur la fin.