Liste ordonnée de films de 2018 (date de sortie en salle en France)

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112 films

par cinelolo

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    Bande-annonce

    Leto (2018)

    2 h 06 min. Sortie : . Biopic, drame et musique.

    Film de Kirill Serebrennikov avec Roman Bilyk, Irina Starshenbaum, Yoo Teo

    Un été au début des années 1980 à Leningrad. L'heure n'est pas encore à la Glasnost ou à la Perestroïka, mais un groupe de musiciens s'échangent de la main à la main des enregistrements de David Bowie et Lou Reed. C'est dans ce contexte qu'on suit les efforts de Mike Naumenko, l'un des artistes locaux les plus talentueux du moment, pour émerger : le rock n'est pas interdit en URSS, mais chaque morceau doit recevoir l'aval de certaines autorités. Mike est un peu plus âgé que les autres, il est marié à la belle Natacha (Irina Starshenbaum, dont les regards sont aussi un peu les nôtres) lorsqu'il rencontre le jeune Viktor Tsoï, en qui il décèle un véritable potentiel. Le film a, on le voit, quelques points communs avec "Cold War" (y compris dans le choix du noir et blanc), mais il s'en distingue toutefois. La mise en scène de Pawel Pawlikowski était toute en maîtrise et en ellipses maximales, alors que celle de Kirill Serebrennikov fait le choix de l'immersion totale dans une génération, à travers quelques figures (les deux musiciens vedettes ont réellement existé) qu'on suit à la trace dans leur quotidien et leurs désirs d'émancipation. Cela donne lieu notamment à des scènes d'envolées jubilatoires, qui se concluent par un personnage indiquant qu'elles n'ont jamais existé... Bref, la fièvre juvénile face aux freins de l'ordre établi. Dans l'état d'esprit, c'est donc un des films les plus punks de l'année.
  • 2
    Bande-annonce

    Une affaire de famille (2018)

    Manbiki Kazoku

    2 h 01 min. Sortie : . Drame.

    Film de Hirokazu Kore-eda avec Lily Franky, Sakura Andô, Mayu Matsuoka

    Une petite fille, visiblement battue, traîne dans la rue, et est recueillie par une famille... La famille est le sujet de prédilection de Kore-Eda depuis une bonne douzaine d'années, ce qui a donné des films sensibles, parfois franchement réussis ("Still walking"), parfois mineurs ("I wish"). Mais ici, il n'y a pas beaucoup de liens du sang dans cette cellule chaleureuse qui fait cohabiter trois générations. L'éducation est elle-aussi très alternative : la fille aînée s'exhibe dans un peep-show, tandis que le fils pré-ado fait souvent les courses, parfois accompagné de son père, mais sans jamais passer à la caisse... Le scénario est formidable, car il procède par petites touches, loin de rails programmatiques tout faits, mais en plus il est exécuté avec une grande intelligence. Hirokazu Kore-Eda pratique ici un cinéma inspiré et méticuleux, presque bressonien (pas seulement pour les pickpockets, mais aussi pour tout un art de la métonymie, par exemple quelques oranges qui roulent par terre deviennent poignantes...), tout en abordant avec grâce des thématiques fortes, qu'elles soient existentielles (la mort, la sexualité) ou sociales (la survie dans la pauvreté, la toute-puissance du patronat, l'insuffisance des couvertures sociales). Un sommet assez transgressif dans la carrière du cinéaste, et une Palme d'or méritée (même si plusieurs films étaient du même niveau, dans une sélection de très haute tenue).
  • 3
    Bande-annonce

    Mes provinciales (2018)

    2 h 17 min. Sortie : . Drame.

    Film de Jean-Paul Civeyrac avec Andranic Manet, Diane Rouxel, Jenna Thiam

    Etienne quitte sa province et s'éloigne de sa copine pour monter à Paris et faire des études de cinéma à la fac. Il y fait la rencontre d'étudiants intransigeants, tandis que sa colocataire n'est pas insensible à son charme... Jean-Paul Civeyrac, cinéaste par intermittence (il est aussi enseignant en cinéma), avait déjà réalisé de beaux films ("A travers la forêt", "Mon amie Victoria"), mais celui-ci est d'une toute autre ampleur romanesque. On aurait pu craindre au tout début un film inscrit dans un tout petit milieu (celui des cinéphiles les plus idéalistes), on y disserte par exemple sur Boris Barnet, l'un des grands cinéastes soviétiques de l'époque muette, mais rapidement le film tient du roman d'apprentissage total, aussi bien au niveau artistique qu'intime, existentiel en somme (sur la recherche de la conformité des actes avec la pureté des intentions). Jean-Paul Civeyrac s'appuie sur des dialogues brillants, un noir et blanc aussi vibrant que dans les meilleurs Phillippe Garrel (notamment "Les Amants réguliers"), une utilisation inspirée de Jean-Sébastien Bach et sur de jeunes comédiens très à l'aise dans le cinéma d'auteur le plus exigeant : la découverte Andranic Manet dans le rôle principal, mais aussi Corentin Fila ("Quand on a 17 ans"), Sophie Verbeeck ("A trois on y va"), Jenna Thiam ("L'indomptée"), Diane Rouxel ("Fou d'amour"). Une des plus grandes réussites de l'année.
  • 4
    Bande-annonce

    La Douleur (2018)

    2 h 07 min. Sortie : . Drame.

    Film de Emmanuel Finkiel avec Mélanie Thierry, Benoît Magimel, Benjamin Biolay

    Au début de l'année 1944, Robert Antelme, le mari de Marguerite, est arrêté pour faits de résistance. Approchée par Pierre Rabier, un inspecteur de police collabo, cette dernière essaie de se servir de lui pour améliorer le sort de son époux, alors qu'il essaie de gagner sa confiance pour tenter de faire tomber le réseau de François Morland (Mitterrand). Cette première partie est assez narrative, avant une deuxième partie plus intime dans la longue attente du retour des rescapés des camps. Ces deux récits ont été publiés par Marguerite Duras dans le recueil intitulé "La Douleur". Emmanuel Finkiel l'adapte magnifiquement. Bien sûr, il y a les mots de l'écrivaine, mais cette voix off est assez parcimonieuse, jamais envahissante, et n'est jamais le symptôme d'une incapacité à traduire en images le matériau littéraire. Au contraire, la mise en scène est très élaborée, constamment intelligente, avec entre autres quelques séquences précises ou Marguerite Duras se dédouble à l'écran (et ce n'est jamais gratuit), et surtout une utilisation récurrente et pertinente des longues focales, où tout ce qui n'est pas au centre de l'image est alors plongé dans le flou : une manière de ne pas faire "reconstitution", d'être dans le présent, et surtout dans l'intériorité de la narratrice, magnifiquement incarnée par Mélanie Thierry. Dix-neuf ans après "Voyages", Emmanuel Finkiel retrouve un sujet et une forme à la hauteur de ses talents de cinéaste.
  • 5
    Bande-annonce

    Senses 1&2 (2015)

    Happî Awâ

    2 h 20 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Ryusuke Hamaguchi avec Sachie Tanaka, Maiko Mihara, Rira Kawamura

    C'est un film de cinq heures, découpé en cinq chapitres (associés chacun à un des cinq sens), et distribué dans les salles françaises en trois parties. J'ai vu le film dans sa continuité (en trois séances successives). Il s'agit d'une grande fresque autour de quatre jeunes femmes entre 30 et 40 ans, à Kobe au Japon. Lorsque l'une d'entre elles va disparaître, leur amitié et l'équilibre qui régnait au sein de leur groupe vont être mis à rude épreuve. Première constatation : le film est passionnant, et la durée se justifie pleinement. Le montage sait donner aux scènes le temps qu'il faut pour leur donner de la richesse. Ryûsuke Hamaguchi a fait oeuvre de sismographe tant dans l'observation d'un groupe d'amies que dans l'enregistrement du fonctionnement de la société japonaise et de la place accordée aux femmes. Sur la forme, la mise en scène est impressionnante, tant dans la lumière que dans l'intensité avec laquelle les personnages sont regardées. Et il réussit d'improbables morceaux de bravoures, comme un débriefing savoureux après un étrange stage de développement personnel, ou un saisissant débat littéraire (mais avec d'autres enjeux) suivant une scène de lecture publique un peu étirée. Le tout dernier épisode est un peu moins enthousiasmant (disons qu'une fin plus ouverte aurait été parfaite). Mais dans l'ensemble, une oeuvre assez magistrale.
  • 6
    Bande-annonce

    Le Poirier sauvage (2018)

    Ahlat Agaci

    3 h 08 min. Sortie : 2018. Drame.

    Film de Nuri Bilge Ceylan avec Doğu Demirkol, Murat Cemcir, Hazar Ergüçlü

    De retour, après la fin de ses études supérieures, dans son village natal, dans les Dardanelles, non loin du site archéologique de Troie, Dinan rêve de devenir écrivain, tout en passant le concours d'instituteur pour assurer ses arrières. Il a déjà écrit un essai, et met toute l'énergie nécessaire à rassembler l'argent pour être publié, alors que son père Idriss, instituteur, est montré du doigt pour avoir accumulé des dettes de jeu... Nuri Bilge Ceylan signe une nouvelle fresque de trois heures qui, au premier abord, semble moins caractéristique de son style, mais se révèle assez impressionnant d'amplitude et de profondeur. Le matériau du film est intime, romanesque, tout en interrogeant courageusement certains aspects de la société turque. Une nouvelle fois le cinéaste livre un film passionnant bien que le personnage principal masculin ne fasse rien pour être sympathique (il a l'ardeur mais aussi l'arrogance de sa jeunesse). Dans des images d'automne parfois superbes, l'oeuvre est plus bavarde qu'à l'accoutumée, mais chez lui les dialogues ne signifient pas un cinéma figé, au contraire la mise en scène en fait constamment un film en mouvement (y compris dans ces scènes là, voir par exemple la discussion avec les deux imams). Reparti bredouille de Cannes (projeté le dernier jour du festival, alors que le jury était déjà fatigué), le nouveau film de Nuri Bilge Ceylan mérite une attention soutenue et patiente, les spectateurs qui s'y adonneront en seront largement récompensés.
  • 7
    Bande-annonce

    Burning (2018)

    Beoning

    2 h 28 min. Sortie : . Drame, thriller et film noir.

    Film de Lee Chang-dong avec Yoo Ah-In, Steven Yeun, Jun Jong-seo

    Jong-su est un jeune homme réservé, presque apathique. Il est livreur à temps partiel, en attendant mieux : il admire Faulkner et désire être écrivain. Par hasard, il rencontre Hae-mi, une jeune fille qui a grandi dans le même village que lui. Ils apprennent à se connaître intimement. Puis elle part quelques semaines en Afrique, lui laissant le soin de nourrir son chat fantomatique (il ne pointe pas le bout d'une oreille). Lorsqu'elle revient, elle lui présente Ben, un jeune homme aussi riche que mystérieux et plein d'assurance, qu'elle a rencontré là-bas. C'est le début d'une étrange relation à trois, avant une nouvelle disparition... Le cinéaste de "Poetry" revient avec un film languissant, plus difficile d'accès mais splendide, librement inspiré d'une nouvelle de Mirakami. Il invite à dépasser ce qu'on voit à l'écran, de manière explicite lorsque Hae-mi épluche et fait mine de manger une mandarine invisible. On peut voir dans les liens entre le fils de fermier et le nanti intouchable et manipulateur un rapport de classe, mais aussi une rivalité amoureuse ou une paradoxale attirance. Si l'on ne reste pas au seuil, le film envoûte par sa profondeur secrète, et devient un des grands films de l'année, reparti injustement bredouille du festival de Cannes.
  • 8
    Bande-annonce

    Phantom Thread (2017)

    2 h 10 min. Sortie : . Drame.

    Film de Paul Thomas Anderson avec Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps, Lesley Manville

    Reynolds, un styliste de haute couture, fait la rencontre d'Alma, serveuse dans un restaurant. Il veut en faire son modèle, et plus si affinités. Au début du film, on peut se demander si ce n'est pas un autoportrait du cinéaste, c'est-à-dire de quelqu'un qui a du talent, mais dont les oeuvres sont parfois asphyxiantes de maîtrise (ou de prétention). Peu de miroirs dans l'atelier du maître, tout doit passer par le regard du créateur. Mais, assez rapidement, le centre du film va se déplacer vers Alma. Si "Phantom thread" était un film d'amour classique, ce serait la relation entre Reynolds et Alma qui serait au centre. Mais elle donne tellement, et lui tellement peu que le film devient un portrait de femme en quête d'émancipation. Malgré les interprétations voraces de Daniel Day-Lewis et Lesley Manville (qui joue la soeur très hitchcockienne de Reynolds), Alma (et son interprète Vicky Krieps) arrive à trouver sa place dans le film, alors qu'elle en a encore si peu dans l'univers si étouffant du couturier et de la classe sociale dont il fait partie. Comment Alma va-t-elle (ou non) s'émanciper ? Va-t-elle trouver une issue à l'intérieur de cette relation ou devra-t-elle rompre ? Ce sont les enjeux de ce beau film, bien servi en outre par la musique (inspirée) de Jonny Greenwood...
  • 9
    Bande-annonce

    Seule sur la plage la nuit (2018)

    Bamui Haebyunaeseo Honja

    1 h 41 min. Sortie : . Drame.

    Film de Hong Sang-soo avec Kim Min-hee, Jung Jae-young, Moon Sung-geun

    Une jeune femme coréenne se refait une santé psychique en Allemagne où elle retrouve une amie, à la suite d'une liaison compliquée avec un homme marié dont elle espère encore quelque chose. Une deuxième partie du film la montre de retour en Corée du Sud... On le sait, chez Hong Sang-soo, le pitch est moins important que le style, parfois basé sur de subtiles constructions jouant avec les répétitions. Pour autant, et contrairement à quelques-unes de ses précédentes réalisations, ce film-ci dépasse tout maniérisme : les longs plans-séquences et les dialogues désinhibés se mettent ici au service d'un récit et d'un portrait d'une grande profondeur, susceptible de toucher au-delà du cercle habituel, et qui a déjà permis à son actrice principale Kim Min-hee (déjà à l'affiche de "Un jour avec, un jour sans" et "Le Jour d'après", déjà sorti en France mais réalisé depuis) d'obtenir un prix d'interprétation amplement mérité au festival de Berlin en 2017. Un des films les plus réussis et accessibles du prolifique cinéaste.
  • 10
    Bande-annonce

    Trois visages (2018)

    Se rokh

    1 h 24 min. Sortie : . Drame.

    Film de Jafar Panahi avec Behnaz Jafari, Jafar Panahi, Marziyeh Rezaei

    L'actrice célèbre Behnaz Jafari reçoit sur son téléphone portable une vidéo macabre, dans laquelle une jeune fille, qui désire faire du théâtre contre la volonté de son père, l'appelle à l'aide avant de se pendre. Elle contacte son vieil ami le réalisateur Jafar Panahi. Ensemble, pour vérifier l'authenticité de la vidéo, ils partent enquêter sur le lieu supposé de la tragédie, un village dans les montagnes du Nord-Ouest... Le film est courageux dans ce qu'il montre, et c'est peut-être ce qui a motivé le jury cannois à lui décerner le prix du scénario. Mais il aurait sans doute mérité mieux, car cinématographiquement son intérêt ne se limite pas à son sujet. Sur la forme, Jafar Panahi paie sa dette à Abbas Kiarostami (dont il fut assistant), mais ce n'est nullement un exercice d'imitation. Le film est constamment stimulant, du fait de l'ambiguïté documentaire (Behnaz Jafari et Jafar Panahi jouent leur propre rôle), mais aussi parce que chaque plan est admirablement composé (cadre, arrière-plan) et d'une intelligence redoutable. Un cinéma de résistance, mais aussi du grand cinéma tout court.
  • 11
    Bande-annonce

    En guerre (2018)

    1 h 53 min. Sortie : . Drame.

    Film de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon, Mélanie Rover, Jacques Borderie

    La direction du groupe Perrin Industrie décide la fermeture totale d'un site de production en France, alors que, quelques années auparavant, les 1100 salarié-e-s du site avaient accepté une hausse du temps de travail sans hausse de salaire. Emmené-e-s par leurs délégué-e-s syndicaux, les salarié-e-s vont tout tenter pour sauver leur emploi. Contrairement à "La Loi du marché", la mise en scène n'impressionne pas immédiatement : les plans ne sont pas cadrés avec la même précision. C'est que, cette fois-ci, c'est un collectif qui est filmé, avec un réalisme proche du documentaire (sauf qu'on ne voit jamais les réunions avec le conseiller social de l'Elysée, même dans les docus engagés). Sur le fond, rarement un film n'aura montré de manière plus tangible la lutte des classes, entre celles et ceux qui n'ont que leur travail et leur salaire pour vivre (les premiers de corvée), et celles et ceux qui s'enrichissent en exploitant le travail des autres (les premiers de cordée). Pour autant, et c'est sa force, aucun des personnages, quelle que soit sa position, n'est caricaturé ni même jugé (interprétations homogènes et excellentes). Il insiste en revanche sur le fait que la désunion et le syndicalisme pour les miettes sont mortifères pour le rapport de force. Un bel hommage aux têtes dures, sans césar ni tribun ni références cocardières...
  • 12
    Bande-annonce

    Cold War (2018)

    Zimna Wojna

    1 h 28 min. Sortie : . Drame.

    Film de Paweł Pawlikowski avec Joanna Kulig, Tomasz Kot, Jeanne Balibar

    En Pologne, à la fin des années 1940, Wiktor, un pianiste et professeur de musique, est chargé de recruter des talents issus des classes populaires, afin de transfigurer les chants et danses folkloriques et en faire une vitrine qui glorifie le peuple. Il s'entiche rapidement de Zula, qui ne l'impressionne pas seulement par la justesse de sa voix, mais aussi par une personnalité très affirmée (irrésistible Joanna Kulig). S'ensuit pendant une quinzaine d'années une histoire d'amour contrariée (lorsqu'il a choisi l'exil, elle n'a pas pu ou voulu le suivre), avec ellipses et retrouvailles, sur le mode du "ni avec toi ni sans toi" doublé d'une autre impossibilité (ni à l'Est ni à l'Ouest et pas davantage en terrain neutre...). La forme, récompensée à Cannes par le prix de la mise en scène, est très travaillée, entre un noir et blanc somptueux, plus contrasté que celui de "Ida", et une bande son riche en sessions musicales, chargée de sens et de ravissement pour les oreilles. Un grand film classique mais pas académique.
  • 13
    Bande-annonce

    BlacKkKlansman - J'ai infiltré le Ku Klux Klan (2018)

    BlacKkKlansman

    2 h 16 min. Sortie : . Comédie, policier et biopic.

    Film de Spike Lee avec John David Washington, Adam Driver, Laura Harrier

    Ron Stallworth est un jeune inspecteur de police noir, qui cherche à progresser au sein de l'unité de Colorado Springs. Aprés avoir réussi une mission de surveillance, il profite d'une petite annonce de recrutement pour infiltrer le Ku Klux Klan. Il téléphone lui-même à l'organisation pour la "suprématie blanche", mais est doublé lors des rencontres physiques par Flip Zimmerman, un collègue blanc... mais juif. L'histoire est adaptée d'un réel fait divers daté de la fin des années 1970, et permet à Spike Lee de réaliser un film souvent drôle mais qui tient diablement bien la route, où l'on croise une militante du Black Power inspirée d'Angela Davis, et où l'on assiste à une projection redoutable de "Naissance d'une nation", le classique de D.W. Griffith... Le film se conclut par des images des manifestations d'extrême droite de Charlottesville, en 2017, mais il n'y a aucune lourdeur dans le retour à la réalité contemporaine. Un des grands films américains de l'année, récompensé à raison par le jury du festival de Cannes (un Grand-prix qui n'est critiquable que parce que d'autres grands films ont été écartés).
  • 14
    Bande-annonce

    Ready Player One (2018)

    2 h 20 min. Sortie : . Action, aventure et science-fiction.

    Film de Steven Spielberg avec Tye Sheridan, Olivia Cooke, Ben Mendelsohn

    2045. Réchauffement climatique et crise du capitalisme financier ont précipité l'effondrement du système. Au plein coeur des Etats-Unis, des mobile home entassés tiennent lieu de logement social. Pour fuir leur quotidien sans horizon, la plupart des femmes et hommes du futur passent leur temps en enfilant un masque de réalité virtuelle, et rejoignant ainsi l'OASIS, jeu vidéo en ligne gratuit et réseau social où tout est encore possible. Un puissant fournisseur d'accès, IOI, rêve de prendre les commandes de l'OASIS, enjeu d'un concours lancé à sa mort par James Halliday, fondateur du jeu... Bien sûr, le film est un blockbuster, donc priorité au spectacle. Mais il y a aussi un propos politique d'une certaine acuité. Et surtout une très grande virtuosité pour naviguer entre d'une part un futur dystopique mais plausible et d'autre part la nostalgie de la culture pop des années 80 (avec hommage savoureux au "Shining" de Kubrick) qui a nourri l'imaginaire de Halliday. Sur la forme, on notera la qualité du montage pour passer en toute fluidité des terrains de jeu virtuels aux corps et décors bien réels. A ranger de façon inattendue dans les meilleures réussites de Spielberg.
  • 15
    Bande-annonce

    Amin (2018)

    1 h 31 min. Sortie : . Drame.

    Film de Philippe Faucon avec Moustapha Mbengue, Emmanuelle Devos, Fantine Harduin

    Amin, venu du Sénégal pour travailler en France, a laissé au pays sa femme Aïcha et leurs trois enfants, qu'il ne voit qu'une ou deux fois par an. En France, toute sa vie est absorbée par son travail et il n'a pour seule compagnie que ses amis du foyer. Jusqu'au jour où il rencontre Gabrielle... Le cinéma de Philippe Faucon est de plus en plus ample (le succès public et critique de "Fatima" y a sans doute contribué). En racontant cette histoire de travailleurs immigrés, il a tourné à la fois au Sénégal et en France. Loin d'être une abstraction ou une statistique dans des débats hexagonaux frileux voire nauséabonds, les personnages y acquièrent une vraie épaisseur, de vraies aspirations et élans sentimentaux. Sans jamais tomber dans la démonstration, Philippe Faucon aborde de nombreux sujets, dans une ligne claire (avec une superbe photographie) mais non didactique.
  • 16
    Bande-annonce

    La Tendre indifférence du monde (2018)

    Laskovoe Bezrazlichie Mira

    1 h 40 min. Sortie : . Drame.

    Film de Adilkhan Yerzhanov avec Dinara Baktybayeva, Kuandyk Dussenbaev, Teoman Khos

    Une mère criblée de dettes demande à sa fille Saltanat d'aller en ville rejoindre un oncle qu'elle ne connait pas mais qui propose de rembourser petit à petit la famille, à ses conditions. La jeune femme est accompagnée par son ami d'enfance Kuandyk, une douce brute qui veille (amoureusement) sur elle. Le film vient du Kazakhstan, mais ne fait pas dans le pittoresque pour autant. Au contraire, chaque plan frappe par la précision du cadre, ou de chaque détail : quelques gouttes de sang qui tombent sur une fleur, le rouge intense de la robe de l'héroïne, une poésie visuelle constante (belle scène d'évasion... au milieu d'un empilement de containers !). On pense parfois aux premiers films de Kaurismaki pour la mise en scène qui dit beaucoup avec peu (les règlements de compte sont réduits à leurs conséquences, la violence est souvent hors champ, ou nimbée d'humour burlesque) ou pour les personnages parfois esthètes, qui citent Stendhal... et Jean-Paul Belmondo ! Il y a bien une ou deux coquetteries (un plan filmé de façon gratuite derrière un aquarium), mais l'ensemble est réjouissant, et Yerzhanov un cinéaste à suivre.
  • 17
    Bande-annonce

    L'Apparition (2018)

    2 h 20 min. Sortie : . Drame.

    Film de Xavier Giannoli avec Vincent Lindon, Anatole Taubman, Galatea Bellugi

    Dans un village du sud de la France, une jeune fille affirme avoir vu la Vierge Marie. Les croyants affluent, tandis que le Vatican ordonne une enquête canonique et engage pour ce faire un reporter de guerre. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, l'enquête peut être inscrite à charge, car l'Eglise préfère ne pas reconnaître trop rapidement un miracle si l'imposture peut être facilement démasquée. La mise en place est un peu laborieuse, mais au bout d'un moment on se rend compte qu'on est au coeur d'un vrai polar dont l'ampleur est peu commune et dont les enjeux ne sont pas forcément ceux exposés au départ. On "prie" pour que la résolution du film n'intervienne pas trop vite, et fort heureusement il n'en est rien. Bien sûr, aux côtés de la jeune Galatéa Bellugi, la performance de Vincent Lindon, capable par sa seule présence de transformer un bon film en excellent ouvrage, n'est pas pour rien dans la réussite un peu inattendue du nouvel opus de l'éclectique Xavier Giannoli.
  • 18
    Bande-annonce

    Les Bonnes Manières (2017)

    As Boas Maneiras

    2 h 15 min. Sortie : . Drame, Épouvante-horreur et fantastique.

    Film de Juliana Rojas et Marco Dutra avec Isabél Zuaa, Marjorie Estiano, Cida Moreira

    Clara, infirmière noire, est engagée pour soutenir Ana, une résidente des beaux quartiers de Sao Paulo, dans sa grossesse difficile. Cette dernière est rejetée par sa famille pour une raison que Clara va découvrir peu à peu. Prévenons tout de go : il s'agit bien d'un film de genre, avec quelques scènes fantastiques et/ou horrifiques. Et pourtant, les cinéastes en font également un grand film tout court : un film sur les inégalités sociales et de race (sociologique) au Brésil, mais aussi la description d'une relation entre femmes, mais encore un récit sur l'enfance et l'éducation... Avec sa mise en scène très inspirée, le film navigue entre Pedro Almodovar et Julia Ducournau ("Grave"). Son propos n'est finalement pas très éloigné du "message" de "La Forme de l'eau" de Guillermo Del Toro, mais de façon moins consensuelle et beaucoup plus ample. Une réussite.
  • 19
    Bande-annonce

    Girl (2018)

    1 h 45 min. Sortie : . Drame.

    Film de Lukas Dhont avec Victor Polster, Arieh Worthalter, Katelijne Damen

    Lara a 15 ans. Elle a changé d'établissement scolaire, et voudrait devenir danseuse étoile. Mais son corps se plie difficilement à la discipline que requiert cette quête, d'autant plus que l'adolescente est née garçon... Voici un premier film très maîtrisé (lauréat de la Caméra d'or à Cannes), même si la route qu'il suit a déjà été balisée (par "Billy Elliot" et surtout "Tomboy" de Céline Sciamma). Pour arriver à ses fins, Laura suit un traitement hormonal qui lui permettra peut-être de subir l'opération, si importante à ses yeux, qui lui permettrait de faire coïncider son corps biologique avec l'identité de son intériorité. Lukas Dhont a choisi d'éviter les clichés : dans toutes ses épreuves, Lara peut s'appuyer sur le soutien indéfectible de son père (Arieh Worthalter, magnifique), d'autant plus qu'il n'y a pas de mère (l'élément féminin de la famille c'est bien elle). Enfin, le miracle du film, c'est d'avoir trouvé en Victor Polster un interprète incroyable, dans le sens où il est d'une maturité exceptionnelle dans ce rôle délicat alors même que sa puberté n'est pas terminée.
  • 20
    Bande-annonce

    Le Temps des forêts (2018)

    1 h 43 min. Sortie : .

    Documentaire de François-Xavier Drouet

    Si le climat, l'énergie ou l'alimentation sont des classiques des discours des écologistes insoumis ou modérés, et sont passés dans les préoccupations courantes de personnes assez éloignées de la politique, les enjeux liés à la forêt sont moins évoqués et moins connus (même s'il existe un livret thématique forêt lié au programme de la France insoumise). Et pourtant... Le documentaire de François-Xavier Drouet, de facture classique, vient combler ce manque, en faisant intervenir de multiples acteurs de la filière. Le territoire français ne souffre pas de déforestation, mais plutôt de "malforestation", c'est-à-dire d'une exploitation calquée sur le modèle de l'agriculture intensive (coupes rases par des engins surpuissants, dégradation des sols et de la biodiversité, monocultures de résineux, malaise social et suicides à l'ONF, demande croissante due à la mondialisation capitaliste etc). Pourtant des alternatives viables existent, à condition de s'éloigner de la logique de maximisation du profit immédiat.
  • 21
    Bande-annonce

    Amanda (2018)

    1 h 47 min. Sortie : . Drame.

    Film de Mikhaël Hers avec Vincent Lacoste, Isaure Multrier, Stacy Martin

    David a 24 ans, et vit de plusieurs petits boulots : il est entre autres élagueur pour la mairie de Paris (il aime bien grimper aux arbres). Sa petite existence est remise en cause lorsque sa grande soeur, dont il était très proche, meurt brutalement dans un attentat. Il doit alors encaisser le choc, tout en prenant en charge Amanda, sa petite nièce de 7 ans... Comme dans ses deux premiers longs métrages ("Memory lane", "Ce sentiment de l'été"), Mikhaël Hers film la perte, les deuils à faire, ou plutôt les deuils qui nous font... Mais il le fait en reliant ces éléments personnels, qui font partie d'une intemporelle condition humaine, à une observation contemporaine de la marche du monde. C'est l'aspect intime qu'il réussit le mieux. Sa mise en scène reste d'une grande délicatesse. La lumière estivale et le grain si particulier de l'image permettent d'accompagner les personnages d'une enveloppe chaleureuse, mais aussi de la trace invisible de l'absente... Côté interprétation, Vincent Lacoste est à son meilleur.
  • 22
    Bande-annonce

    De chaque instant (2018)

    1 h 45 min. Sortie : .

    Documentaire de Nicolas Philibert

    En homologue français du grand documentariste Frederick Wiseman, Nicolas Philibert continue de radiographier des lieux singuliers de la société française, sans commentaires mais avec une acuité remarquable. Après "La Maison de la radio", il s'intéresse à la scolarité d'élèves (filles ou garçons) d'une école d'infirmières. Le documentaire est découpé en trois parties : l'apprentissage au sein de l'école, pour acquérir à la fois la dextérité technique et des compétences plus relationnelles, puis les stages en immersion dans le monde hospitalier réel (qui permet de faire rentrer indirectement les conséquences des politiques néolibérales à l'intérieur du film), puis enfin les confidences, parfois poignantes, des étudiant-e-s lors de leur retour d'expérience. Loin de toute mode, Nicolas Philibert continue d'interroger ce qui nous fait humain, et saisit des fragments d'universel puisque nous avons tou-te-s été plus ou moins confronté-e-s à la maladie et au milieu médical.
  • 23
    Bande-annonce

    L'Île aux chiens (2018)

    Isle of Dogs

    1 h 41 min. Sortie : . Aventure, comédie, science-fiction et animation.

    Long-métrage d'animation de Wes Anderson avec Bryan Cranston, Edward Norton, Bill Murray

    Le maire de Megasaki ordonne la mise en quarantaine de tous les chiens sur une île au large de la ville, pour éviter la propagation d'une grippe canine. Atari, son neveu (et fils adoptif) de 12 ans, va partir à la recherche de Spots, qui y a été déporté. Pour la première fois, Wes Anderson livre un film explicitement politique, une fable futuriste intéressante (même s'il adopte une ligne claire assez manichéenne) inspirée d'un court métrage palmé à Cannes il y a une quinzaine d'années. C'est son deuxième film d'animation après "Fantastic Mr Fox", mais le style n'est pas le même (il n'y a aucun anthropomorphisme par exemple, même si les chiens sont dotés de parole). Curieusement, le cinéaste est plus convaincant ici lorsqu'il filme des marionnettes comme de vrais personnages, que dans son précédent film, "The Grand Budapest Hotel", où il filmait ses acteurs en chair et en os comme s'il s'agissait de pantins au sein d'une maison de poupées...
  • 24
    Bande-annonce

    Pupille (2018)

    1 h 47 min. Sortie : . Drame.

    Film de Jeanne Herry avec Sandrine Kiberlain, Gilles Lellouche, Elodie Bouchez

    Pupille est le nom donné aux enfants nés sous X et confiés à leur naissance par leur mère biologique aux services d'adoption. Le film raconte en parallèle les trajets respectifs d'un de ces nourrissons et de la mère adoptante (Elodie Bouchez), mais avec des temporalités différentes (trois mois pour le premier et huit ans pour la seconde). Il montre toute la chaîne des intervenants, de l'assistance sociale (Clotilde Mollet) qui recueille les volontés de la mère biologique au tuteur provisoire (Gilles Lellouche) qui recueille provisoirement l'enfant pendant deux mois (délai de rétractation) puis pendant le temps que le comité (présidé par Miou-Miou, la mère de la cinéaste) attribue l'enfant à sa famille définitive. Le film est très instructif, sans être documentaire (il fait confiance en la fiction). Et il le fait sans dogmatisme idéologique : les services sociaux cherchent les meilleurs parents pour les enfants, et non l'inverse (ce qui peut être douloureux à entendre). Et il montre qu'être parent adoptif est plus exigeant qu'être parent de ses enfants biologiques, notamment parce qu'il faut créer avec retard le lien d'attachement, et que l'enfant aura le droit de faire des recherches sur ses origines.
  • 25
    Bande-annonce

    Parvana, une enfance en Afghanistan (2018)

    The Breadwinner

    1 h 33 min. Sortie : . Animation.

    Long-métrage d'animation de Nora Twomey avec Saara Chaudry, Laara Sadiq, Shaista Latif

    Parvana est une fille de 11 ans, dont on suit le quotidien dans Kaboul sous le joug des talibans (le scénario est adapté d'un roman pour la jeunesse de Deborah Ellis, une canadienne antimilitariste engagée dans les mouvements pour l'éducation des réfugiées afghanes). Un jour, le père de Parvana, écrivain public, qui lui a donné le goût de la lecture et des contes (elle en invente d'ailleurs un qu'elle raconte à son petit frère), est arrêté. Pour le ravitaillement de la famille, elle doit alors se déguiser en garçon pour sortir dehors sans être obligée d'être accompagnée par un homme. Et elle se met en tête de trouver un moyen pour délivrer son père... Pour son premier long métrage en tant qu'unique réalisatrice, la cinéaste irlandaise Nora Twomey a conçu un film d'animation qui peut se voir dès l'âge de 10 ans (distribué en VF comme en VO). C'est à double tranchant : la mise en scène ne va pas beaucoup au-delà de l'illustration du scénario, mais c'est quand même de la belle ouvrage, avec la simplicité des dessins qui contraste volontairement avec la violence des situations, particulièrement pour les femmes.
  • 26
    Bande-annonce

    Yéti & compagnie (2018)

    Smallfoot

    1 h 36 min. Sortie : . Animation, comédie, fantastique et jeunesse.

    Long-métrage d'animation de Karey Kirkpatrick et Jason A. Reisig avec Channing Tatum, James Corden, Zendaya

    Je rattrape tardivement ce film d'animation qui se passe dans une communauté de yétis vivant en autarcie au sommet d'une montagne. Un chef spirituel affirme, pierres illustrées à l'appui, que les humains, les "petits pieds" (d'où le titre original "Smallfoot"), n'existent pas. Un petit groupe d'iconoclastes pensent le contraire... S'il peut se suivre dès l'âge de six ans, le film est doté d'un scénario très habile qui parlera à tous les âges, mélangeant avec une certaine grâce un humour immédiat, des allusions contemporaines (téléphones portables et vidéos virales côté humain) et des aspects hautement philosophiques (réflexions sur la coexistence entre espèces, mais aussi sur les fonctions des religions). Une très bonne surprise.
  • 27
    Bande-annonce

    Fortunata (2018)

    1 h 43 min. Sortie : . Drame.

    Film de Sergio Castellitto avec Jasmine Trinca, Stefano Accorsi, Alessandro Borghi

    Fortunata est une femme en instance de divorce d'un mari policier brutal. Elle travaille comme coiffeuse à domicile (souvent au noir) dans la banlieue de Rome, pour subvenir aux besoins de sa fille de huit ans, et accepte de rencontrer le psychiatre qui s'occupe de cette dernière... Tenter de résumer le film n'est pas la meilleure manière de rendre compte de cette comédie dramatique qui ose des rebondissements peu académiques. Sergio Castellitto, jadis excellent acteur (chez Rivette ou Bellocchio), est généreux avec ses interprètes auxquels il offre de l'espace pour le jeu. Jasmine Trinca, la meilleure actrice italienne de sa génération ("Le Caïman", "Le Rêve italien", "L'Apollonide", "Miele" entre autres), en profite à merveille, et livre une composition énergique irrésistible mais assez éloignée des clichés, dans une mise en scène plutôt aérienne évitant soigneusement tout misérabilisme et tout dolorisme.
  • 28
    Bande-annonce

    Nul homme n'est une île (2018)

    1 h 36 min. Sortie : .

    Documentaire de Dominique Marchais

    Le film commence en Italie, au palais communal de Sienne, devant les fresques du bon et du mauvais gouvernement, peintes vers 1340. Pour la première fois, l'artiste représentait non pas le roi et ses serviteurs, mais des paysans et des artisans, des citoyens en somme, qui voulaient décider de leur vie. Retour au présent dans la suite du documentaire qui suit justement des expériences alternatives (au niveau social comme écologique) dans l'agriculture (une coopérative bio), l'architecture, l'artisanat, en Sicile, en Suisse ou en Autriche. Et à chaque fois, le cinéaste du "Temps des grâces" (déjà un très beau film qui dénonçait de façon étayée l'agriculture contemporaine dominante), excelle dans l'inscription de ces solutions (partielles) dans des paysages façonnés par l'activité humaine et de ce fait riches de sens et de caractère. Le titre est bien sûr une réponse à la célèbre phrase de Margaret Thatcher, selon laquelle "La société, ça n'existe pas".
  • 29
    Bande-annonce

    Cornelius, le meunier hurlant (2018)

    1 h 47 min. Sortie : . Comédie dramatique.

    Film de Yann Le Quellec avec Bonaventure Gacon, Anaïs Demoustier, Gustave Kervern

    Un homme corpulent, bronzé, barbu, surgit du sable d'une plage déserte où il était enseveli. Dès le premier plan, le ton insolite du film est donné. Cet homme (Bonaventure Gacon) arrive dans un village, dont le maire (Gustave Kervern) l'accueille à bras ouvert : il a besoin d'un meunier. Il s'installe en surplomb, et se lie avec Carmen (Anaïs Demoustier), la jolie fleuriste (et fille du maire). Tout irait pour le mieux si, la nuit, il ne se mettait pas à hurler et réveiller tout le monde... Librement adapté du roman "Le Meunier hurlant" d'Arto Paasilinna, ce conte noir, qui n'oublie pas le burlesque, est vivifiant comme un bon bol d'air frais (en ce sens il pourrait faire penser aux premiers films de Philippe Ramos) : pas de pesante reconstitution (d'ailleurs l'époque reste indéfinie), originalité des décors, tant naturels (le tournage a eu lieu dans le cirque de Navacelles) qu'artificiels (l'incroyable moulin à vent édifié par Conelius). Une jolie surprise.
  • 30
    Bande-annonce

    Lady Bird (2018)

    1 h 33 min. Sortie : . Comédie dramatique.

    Film de Greta Gerwig avec Saoirse Ronan, Laurie Metcalf, Beanie Feldstein

    Nous sommes un an après les attentats du 11 Septembre. Christine a 17 ans, mais souhaite que tout le monde l'appelle Lady Bird. Elle est en dernière année de lycée (catholique) mais rêve de poursuivre des études supérieures dans une école d'art new-yorkaise, à des milliers de kilomètres de sa maison natale à Sacramento (filmée comme une ville moyenne de province alors que dans la réalité il y a plusieurs centaines de milliers d'habitants). Pour son premier film en tant qu'unique réalisatrice, la comédienne Greta Gerwig livre une attachante chronique plus ou moins autobiographique d'une adolescente américaine des années 2000, dont les rêves se confrontent à la réalité sociale (son père essaie de rebondir après un licenciement, et sa mère infirmière se sacrifie en faisant des heures sup). Mais c'est aussi un portrait intemporel, universel et subtil d'un âge délicat, avec ses poses renfrognées ("Le seul intérêt de 2002, c'est que c'est un palindrome") et ses premières expériences amoureuses.