Ma vie de membre du jury pour le Grand Prix RTL-Lire depuis 2018

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30 livres

par takeshi29

Bon je vous avais fait ici une magnifique bafouille sur les prix littéraires, leurs enjeux financiers, leurs importances respectives, leurs conséquences ou non sur le marché du livre, etc etc. Mais au moment de cliquer sur "Enregistrer", j'ai eu la joie immense de voir une fenêtre s'ouvrir et un "Undefened" s'afficher. Je te le dis en te regardant bien dans droit dans les yeux : « Je t'emm.... SC, mais d'une force, si tu savais »

Je vais être sincère, hors de question de recommencer tout ça, alors pour faire court, je fais cette année partie du jury du Grand Prix RTL-Lire (connu sous cette appellation depuis 1992 et créé initialement par la première radio de France en 1975) et j'ai eu l'idée de vous proposer un voyage au cœur de la bête, une caméra embarquée du jour où un livre n'est encore qu'un bébé sorti de la plume d'un auteur jusqu'à celui où il fait d'un homme ou d'une femme un être envié, jalousé. Peut-être aurons-nous ainsi les réponses aux questions qui se trouvent dans la boîte à fantasmes : les prix sont-ils pipotés ? Les pots-de-vin circulent-ils comme à la FIFA ? Bernard Pivot subit-il un lobby effréné de la part de Gallimard, Grasset & Co ?

Un point important cependant : à l'issue de la fameuse rentrée littéraire (581 romans parus sur cette seule période en 2017), vous voyez tous fleurir sur certaines couvertures (plus ou moins de bon goût) de "barbares" bandeaux rouges tant espérés par tous les éditeurs de l'hexagone. Tous les ans, nous remettons le couvert : Renaudot, Interralié, Fémina, Flore, Académie Française, Landerneau, Médicis, Décembre, Jean Giono, Filigranes, Patrimoines, etc etc. Et bien entendu le Graal absolu, le Goncourt qui recouvre prestige, mise en lumière (parfois uniquement pour quelques jours) d'un auteur et pour ne rien gâcher passage au tiroir-caisse (400 000 exemplaires vendus en moyenne, même s'il faut prendre ce chiffre avec prudence car il varie fortement en fonction des crus).

Tous ces prix d'automne décernés par des jurys de professionnels excitent pour le moins le monde de l'édition mais il est une autre catégorie qui les titille très fortement : les prix de lecteurs. Le plus prescripteur reste celui des lectrices de Elle (Oui les femmes achètent beaucoup plus de livres que les hommes, c'est ainsi, les poilus préfèrent garder leur argent pour les bières) et on pourrait également citer celui de la FNAC.

Et il y a donc la récompense dont je suis venu vous parler ici. Il a pour particularité d'être décerné en mars, pour ainsi mettre à l'honneur des ouvrages moins mis en lumière que ceux de la "foire" de la rentrée. Cette année comme très souvent, les 10 ouvrages sur la grille de départ paraissent tous en janvier.

Ces liens pour comprendre ce qu'est ce prix :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_prix_RTL-Lire

http://www.rtl.fr/culture/arts-spectacles/decouvrez-les-5-finalistes-du-grand-prix-rtl-lire-2017-7786714705

Alors, on y va, même si pour l'instant ça ne va pas être passionnant, le pétillant n'arrivant qu'avec les lectures, que je démarrerai jeudi probablement, et le croustillant avec les délibérations, et la remise du prix.

09/11/2017 : Ma petite libraire préférée me demande si je serais intéressé pour faire partie du jury, elle m'explique dans les grandes lignes le fonctionnement, je lui donne mon accord pour soumettre ma candidature, mais sans certitude de vouloir y participer, ayant beaucoup de réserves quant aux prix dans l'art en général, et donc en littérature en particulier

11/11/2017 : Je suis contacté par mail afin de me donner plus de détail sur les modalités et me demander si je serais partant

« ... Nous avons pour mission de constituer un jury qui devra voter parmi une sélection de cinq livres (connue début janvier). Le jury disposera de deux mois pour lire les 5 livres, offerts pour l'occasion bien sûr, et voter. La remise officielle du Prix aura lieu au Salon du Livre le jeudi 15 mars... »

Je réfléchis quelques jours et hop c'est ok, après tout, moi qui aime partager, me fighter culturellement, et surtout emm... le monde, l'occasion est trop belle

20/12/2017 : La première sélection (de 10 ouvrages) est dévoilée

http://www.livreshebdo.fr/article/les-10-romans-en-selection-pour-le-grand-prix-rtl-lire-2018

En découvrant les titres, je suis plutôt satisfait : à part Delphine de Vigan, qui n'a sérieusement pas besoin du moindre coup de pouce pour vendre, la sélection fait la part belle à une certaine fraîcheur. Quant aux auteurs plus chevronnés, je les apprécie plutôt, donc c'est cool.

09/01/2018 : Quelques heures avant l'annonce officielle, un petit mail me communique les cinq finalistes et...

« ... Vous pouvez d'ores et déjà venir prendre gracieusement à la librairie les ouvrages... Je vous souhaite de bons débuts de lecture, et vous dis à très bientôt pour envisager une date pour en discuter, avant la remise de nos voix le 25 février prochain. »

http://www.livreshebdo.fr/article/les-5-finalistes-du-grand-prix-rtl-lire-2018

Petit regret : les "petits" sont déjà éliminés, mais je n'en suis pas étonné, il ne faut jamais perdre de vue l'aspect mercantile de tels prix. Malheureusement une Delphine de Vigan est plus vendeuse qu'un Wilfried N'Sondé. La loi du marché mon bon monsieur, mais plein de ma mauvaise foi habituelle, je me prépare déjà à faire trébucher la star ( Pourvu que ses "Loyautés" ne me plaisent pas ! ).

12/01/2018 : Les livres récupérés je démarre mon "boulot". L'ordre des lectures pouvant à mon avis influencer le jugement ( Le cerveau n'a-t-il pas tendance à faire la part belle au dernier arrivé ? ), je demande à une adorable jeune fille de décider au fur et à mesure du prochain challenger.

Vous trouverez, ci-dessous, par ordre chronologique, mes opinions et quelques extraits des cinq candidats à la récompense suprême.

28/01/2018 : Comme dirait Jean-Louis, voilà c'est fini, j'ai achevé cette nuit-là la lecture de "L'Affaire Mayerling", cinquième et dernier ouvrage passé sous mon œil critique.

Contrairement à ce que je craignais, je n'ai aucune difficulté à établir un classement. Colombe Schneck ( et ses "Guerres de mon père" ) est la seule à m'avoir réellement convaincu, les autres allant du franchement médiocre au pas désagréable mais... J'avoue être globalement déçu par la sélection. Même si la rentrée de janvier est traditionnellement modeste par rapport à celle d'automne, je me pose des questions sur la perspicacité (en espérant que ce ne soit que ça) du choix initial. Si les "décideurs" ont estimé ne pas avoir vu passer des choses supérieures, c'est franchement inquiétant pour la littérature française...

Mon classement :

1 / "Les Guerres de mon père" (Colombe Schneck) - 7.5/10
2 / "L'Affaire Mayerling" (Bernard Quiriny) - 6/10
3 / "Les Rêveurs" (Isabelle Carré) - 5.5/10
4 / "Les Loyautés" (Delphine de Vigan) - 4/10
5 / "Géographie d'un adultère" (Agnès Riva) - 3.5/10

29/01/2018 : Après consultation, moi, quatre membres du jury et ma petite librairie chérie décidons de nous retrouver le mercredi 21 février pour un déjeuner de délibération.

21/02/2018 : Déjeuner avec bons petits plats et bonne petite ambiance. Comme je m'y attendais je suis seul à avoir placé Colombe Schneck en tête mais parce que ces discussions servent aussi à ça, je parviens à faire pencher dans mon camp une jurée qui hésitait. Quant aux trois autres voix, elles iront à deux reprises en faveur d'Isabelle Carré et la dernière à Delphine de Vigan. Je sors de là conforté dans l'idée que le Prix reviendra aux "Rêveurs", ce qui m'avait paru évident dès sa lecture. Consensuel, nostalgique, émouvant (pour ceux qui se font avoir), facile d'accès, bref tout est réuni pour séduire le plus grand nombre.

22/02/2018 : Je transmets, comme les autres membres du jury, mon classement.

01/03/2018 : Geneviève Badiou, responsable des relations presse de RTL nous envoie un mail... « Les comptes sont faits, le lauréat a été désigné et nous l’annoncerons sur l’antenne le 15 mars prochain à 8h. Il ou Elle sera l’invité(e) de "Laissez-vous Tenter" à 9h et nous lui remettrons son Prix au Salon du Livre Porte de Versailles le soir même à 19h. Vous êtes conviés à la soirée de remise du Prix au Lauréat. Merci de me faire savoir assez rapidement par retour de mail si vous souhaitez recevoir une invitation (valable pour 2 personnes). Attention, elles sont nominatives, il me faut donc les noms des deux personnes... Merci de votre engouement et participation active pour ce bel événement. Bien à vous et Bonne journée »

02/03/2018 : Je décline l'invitation car le 15 mars je serai avec Virginie Despentes... https://www.lacarene.fr/Les-Femmes-s-en-melent-VIRGINIE-DESPENTES-ZERO.html

14/03/2018 : J'apprends par une petite indiscrétion que mon pronostic était le bon, ce sera bien Isabelle Carré qui sera couronnée le lendemain

15/03/2018 : Ça y est c'est officiel, Isabelle Carré remporte le Grand Prix RTL-Lire 2018 pour "Les Rêveurs"...

https://www.rtl.fr/culture/arts-spectacles/isabelle-carre-remporte-le-grand-prix-rtl-lire-2018-pour-les-reveurs-7792626589

https://www.livreshebdo.fr/article/le-grand-prix-rtl-lire-2018-distingue-isabelle-carre

2019... J'accepte de remettre le couvert cette année, parce que c'est finalement un jeu assez rigolo, en espérant que la sélection soit cette fois un peu plus à la hauteur. Vous trouverez donc les 5 nouveaux finalistes, ainsi que les 5 recalés au premier tour, à la suite de ceux de 2018.

https://www.livreshebdo.fr/article/les-10-romans-selectionnes-pour-le-grand-prix-rtl-lire-2019

https://www.livreshebdo.fr/article/les-finalistes-du-grand-prix-rtl-lire-2019

https://www.rtl.fr/culture/arts-spectacles/decouvrez-les-5-finalistes-du-grand-prix-rtl-lire-2019-7796167935

Mon classement :

1 / " À la ligne - Feuillets d'usine" (Joseph Ponthus) - 7.5/10
2 / "San Perdido" (David Zukerman) - 7.5/10
3 / "Personne n'a peur des gens qui sourient " (Véronique Ovaldé) - 7/10
4 / "Alto Braco" (Vanessa Bamberger) - 7/10
5 / "Nino dans la nuit" (Capucine et Simon Johannin) - 6.5/10

Le lauréat sera annoncé le 14 mars à 8h dans la matinale de RTL... https://twitter.com/PrixRTLLire/status/1100122021827170304

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  • Géographie d'un adultère (2018)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Agnès Riva

    2018 - Finaliste

    Premier roman, titre attirant, collection que j'apprécie généralement , de mon éditeur favori, alors oui j'ai hâte de le découvrir.

    Verdict (Note : 3.5)

    Comme parfois dans la collection L'arbalète de Gallimard, le propos est minimaliste. Et là comme dans tout art, tâche au créateur de le transcender. Et force est de constater que comme il y a tout juste un an avec "Une femme au téléphone" de Carole Fives, la nouvelle venue Agnès Riva ne semble pas avoir les moyens d'y parvenir : plume sans envergure, incapacité à donner chair à des personnages aussi morts que son style.

    Au bout de cinq pages, j'avais déjà envie de hurler : "Encore une qui se prend pour Sagan". Et page 34 : « ... où elle s'apprêtait à lui offrir "Des bleus à l'âme" de Françoise Sagan... ». CQFD.

    Ce n'est pas avec cette expérience que mon scepticisme vis-à-vis des prix littéraires va s'estomper. Comment un ouvrage aussi dépourvu d'ambition peut se retrouver dans les finalistes ?

    « Ema s'y abandonne avec passion aux baisers de Paul et à ses caresses. La peau extrêmement fine et un peu sèche de ses lèvres, leurs lignes presque fermées d'abord, puis s'ouvrant largement sur les siennes... La main d'Ema défaisant ensuite quelques boutons, glissant sous la chemise de Paul pour caresser son torse imberbe, tout en pressant son corps contre le sien. Les gestes lents et délicats de l'homme, qui ne font qu'effleurer sans peser, sur ses seins, son ventre, son visage. »

    « Paul hésite avant de répondre, comme s'il préparait soigneusement ce qu'il va dire. « Devine-moi », dit-il souvent à la jeune femme, arguant de ses difficultés à se livrer, formulation qui a tendance à agacer Ema, qui croit y retrouver le penchant de l'homme pour la facilité. »

    « La jeune femme est surprise de parvenir à habiter cet entre-temps. Après avoir fait le lit, elle s'assied sur une chaise plutôt que de quitter les lieux. »

    « Elle se souvient encore de son père se glissant dans des draps lisses au milieu de la journée. Des fenêtres octogonales. De sa mère qui tire le voilages en tergal pour la sieste, comme on referme les rideaux d'une capsule. Ces souvenirs transportent la jeune femme dans un temps rond et révolu, un temps où ses parents étaient encore là. Un ailleurs simple et dépouillé, à l'image du décor de la chambre, où la mère, en tenue courte des années 70, se hisse sur la pointe des pieds pour atteindre un rideau. »
  • Les guerres de mon père (2018)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Colombe Schneck

    2018 - Finaliste

    Content de la voir dans les finalistes. J'attends encore de sa part un GRAND roman mais "La Réparation" et "Dix-sept ans" m'avaient plutôt séduit.

    Verdict (Note : 7.5)

    Colombe Schneck a toujours les mêmes qualités et les mêmes limites : un sens du rythme certain, une faculté à croiser les récits qui enivre, un travail sur la petite histoire dans la Grande qui ne peut que saisir le lecteur, une écriture vive, immédiate, percutante.

    Mais elle se heurtera probablement toujours à un écueil : l'absence de style propre, certes merveilleusement compensé par un labeur évident, absence qui fait que le GRAND roman que j'espérais plus haut n'arrivera probablement jamais.

    Il n'y a pas que des génies en littérature, bien heureusement, il y a aussi des artisans sérieux, ceux qui bossent pour donner de la substance à leurs bébés. Colombe Schneck en fait partie, et c'est tout à son honneur.

    « Ne renoncer à aucune fille entrait pleinement dans ce programme. Chaque nouvelle rencontre, peau, cheveux, dents, creux, mots, était la promesse non d'une revanche sur le passé, mais d'une fuite loin de ce passé. »

    « Est-ce que tous les hommes ne sont pas déchirés, coupés en deux, d'un côté la mère aimée de ses enfants et de l'autre celles qu'on n'a pas épousées ? »

    « Il dit aussi : « Les parents doivent tout à leurs enfants, leurs enfants ne leur doivent rien. » »

    « Après sa mort, je n'avais plus droit à rien, un cadeau qui n'était pas choisi par lui n'était pas mérité ; sans lui, je ne savais plus recevoir, je ne désirais plus rien. »

    « Je sais cela, car, pendant vingt-cinq ans, j'ai attendu que mon père me console et me défende. En vain. Et comme j'ai appris la miséricorde auprès d'hommes et de femmes qui n'avaient pas ton sens moral, qui couchaient à droite à gauche, qui étaient libres, si tu lis ces lignes et si tu me demandes pardon, je t'accorderai mon pardon d'avoir fait parler mes parents morts. »

    « - C'est en 1960, à Sétif, pendant la guerre d'Algérie, que ton père a décidé d'épouser ta mère. Il m'a confié, J'épouse mon amante et ma sœur.
    - C'est beau.
    - C'est pour cela que je te raconte ça. Il aimait les femmes, mais ta mère, il l'a toujours aimée. Cela ne te gêne pas que je te parle des autres femmes ? »

    « Enfin, il va reprendre sa vie. Je suis très heureuse, je vais danser, je rentre à minuit, ma mère me dit :
    - C'est terminé.
    Elle ne me dit pas, Il est mort. »
  • Les rêveurs (2018)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Isabelle Carré

    2018 - Finaliste et vainqueur

    Isabelle Carré qui se mue en auteur ? Pas convaincu d'avance mais ça excite ma curiosité car j'avoue un faible pour cette femme.

    Verdict (Note : 5.5)

    Dorénavant, vous l'aurez remarqué, chaque artiste doit avoir écrit son roman, comme s'il trouvait là une légitimité. Mais petit problème, l'art de l'écriture ne se trouve pas sous le sabot d'un cheval, et cette fois, c'est au tour d'Isabelle Carré d'en faire la démonstration.

    Durant 268 pages, j'ai pesté, eu envie de traîner Grasset devant les tribunaux de l’honnêteté intellectuelle tant il est évident qu'ils n'auraient jamais signé cette chère Isabelle si celle-ci n'était pas classée dans la catégorie "People". Pas de style, écriture scolaire et mécanique, zéro sens du rythme, etc etc.

    Puis surgit la page 269 et avec elle un paquet de doutes. Isabelle Carré dévoile ses cahiers anciens, depuis sa prime enfance, et là on ne peut que le constater, le talent est là, la plume est vive, acérée. Durant les quelques 30 pages restantes, la dame semble nous dire que tout ce que nous venons de lire n'était qu'un mirage, que nous venons donc de manger un livre qu'elle n'a pas écrit. Pirouette pour se dédouaner de la pauvreté de ce qu'elle est parvenue à accoucher ou coup de génie ?

    Je l'aime Isabelle, elle est parvenue à me déstabiliser dans mes certitudes, alors je lui donne rendez-vous pour une deuxième aventure, mais là elle est prévenue, si je pleure du sang durant 200 pages, je sors le bazooka.

    « Il l'a prise en main, les a portés, elle et son enfant. Je sais combien cet homme a changé le cours des choses, a transformé sa vie, ses connaissances, puis modifié ses désirs et ses habitudes, de quelle façon il a bouleversé son regard sur le monde, sa façon d'être au monde... Et comment il l'a aidée à quitter Pantin. »

    « Ce parfum n'existe plus. Ils l'ont arrêté au début des années quatre-vingt-dix. On devrait trouver des moyens pour empêcher qu'un parfum s'épuise, demander un engagement au vendeur - certifiez-moi d'abord qu'il sera sur les rayons pour cinquante ou soixante ans, sinon retirez-lui tout de suite. Faites-le pour moi et pour ceux qui, grâce à un flacon acheté dans une parfumerie ou un grand magasin, retrouvent l'odeur de leur mère, l'odeur d'une maison, d'une époque bénie de leur vie, d'un premier amour ou, plus précieux encore, quasi inaccessible, l'odeur de leur enfance. »

    https://www.franceculture.fr/emissions/par-les-temps-qui-courent/isabelle-carre
  • Les Loyautés (2018)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Delphine de Vigan

    2018 - Finaliste

    Tout a été dit plus haut, je suis donc déçu de voir Dedel dans les cinq prétendants, d'autant que jusqu'alors nos rapports ont été conflictuels, si l'on excepte la parenthèse "Rien ne s'oppose à la nuit" qui était tellement bien écrit qu'il ne semblait pas descendre de la même plume. Mais certains auteurs écrivent mieux avec le cœur qu'avec la tête.

    A vous de me faire mentir Miss de Vigan...

    Verdict (Note : 4)

    7.3 de moyenne ici, des critiques littéraires que j'estime qui parlent de "grand livre". J'avoue ne rien comprendre au phénomène de Vigan, tant à mon niveau c'est encéphalogramme plat. C'est d'ailleurs l'expression que je pourrais employer si je devais dire en deux mots ce que j'ai pensé de ces "Loyautés".

    La mécanique est parfaitement huilée, et c'est justement ce qui me désespère. Zéro émotion, zéro style, seule l'efficacité semble recherchée.

    Ok, ça va encore faire un de Vigan porté à l'écran, mais où est la littérature ?

    « À l'hôpital on découvre l'utérus infecté. Pas joli à voir. Je dis que je suis tombée du porte-bagages sur un rebord de béton, je ne sais pas encore que je ne pourrai pas avoir d'enfant. »

    « Théo ferme les yeux et remplit ses poumons d'air pour desserrer sa gorge - une technique qu'il maîtrise très bien pour congédier le sanglot -, puis il tend à son père un bout de sopalin qui traînait sur la table.
    - C'est pas grave, papa, t'inquiète pas. »

    « Contrairement à la plupart des aliments, l'alcool n'est pas digéré. Il passe directement du tube digestif aux vaisseaux sanguins. Seulement une minuscule fraction des molécules de l'alcool est métabolisée par les enzymes de l'intestin, c'est-à-dire brisée en fragments plus petits. Le reste traverse la paroi de l'estomac ou de l'intestin grêle et circule aussitôt dans le sang. En quelques minutes, le sang transporte l'alcool dans toutes les parties du corps. Ils l'ont vu au cours de madame Destrée. »

    « J'abrite en moi-même, et à l'insu de tous, l'enfant que je n'aurai pas. Mon ventre abîmé est peuplé de visages à la peau diaphane, de dents minuscules et blanches, de cheveux de soie. »

    « Il y a longtemps,un homme m'a quittée parce que je ne pouvais pas avoir d'enfants. Aujourd'hui, chaque soir, il s'attarde à son bureau et rentre chez lui le plus tard possible pour ne pas voir les siens. »

    « Puis il a caressé ma joue, de manière furtive, un geste d'avant, d'il y a très longtemps ; avant les enfants, les ordinateurs, les téléphones portables... »
  • L'affaire Mayerling (2018)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Bernard Quiriny

    2018 - Finaliste

    Auteur confirmé, et même si notre dernière rencontre ( "Le village évanoui" ), ne m'a pas du tout emballé, je me souviens avec un certain bonheur d'"Une collection très particulière" et surtout de "L'angoisse de la première phrase".

    Verdict (Note : 6)

    Ma relation avec Bernard Quiriny ne change guère : il y a toujours cette mise en place bien troussée, ce rythme endiablé qui font très vite adhérer au récit, provoquent même ici par instants une certaine excitation . Puis vient inévitablement la lassitude, la fatigue face à une écriture qui ne se permet pas de pause, ne laissant ainsi jamais le lecteur reprendre son souffle avant de mieux replonger.

    En résumé, c'est malin, amusant, parfois totalement prenant, mais la quasi-hystérie, la surenchère sont un frein au plaisir absolu. J'en veux pour preuve la fin du roman, qui elle donne un peu de temps au temps, qui sonne comme une respiration, et qui permet d'envisager ce qu'aurait pu être cette "Affaire Mayerling" avec des pauses, des retraits. D'où les regrets...

    « Ils saluèrent leur futur voisin et jetèrent un vague regard à sa femme, qui ne leur rendit pas leur salut. (On ne l'invitera pas à dîner, celle-là.)
    Sur le trottoir d'en face, ils se retournèrent pour lancer un dernier coup d’œil à l'emplacement de la future résidence Mayerling. Leur résidence. »

    « M. Lucas avait expliqué sans la moindre gêne que l'immeuble, tenant compte des lois sur le logement social, frôlait la surface plafond au-delà de laquelle il aurait fallu inclure des appartements pour familles à revenu modeste. « Ça se joue à 2m² », avait-il précisé en souriant. Valérie et Vincent s'étaient surpris à n'être pas choqués par ce cynisme ; même, ils étaient contents. »

    « M. Paul n'avait pas songé alors que si un étudiant seul loue un studio, trois étudiants associés peuvent louer un trois-pièces, ce qui est pire pour le voisinage que l'étudiant seul. L'étudiant seul a dix amis, les trois réunis en ont trente. Le studio de l'étudiant seul, qui lui sert de chambre et de bureau, est trop petit pour organiser des fêtes ; les trois réunis au contraire peuvent recevoir sans compter, y compris leurs amis logés en studio qui, eux, ne reçoivent pas. »

    « Avant de s'y rendre, ils firent un crochet par la plage, immense et déserte. La lumière un peu blanche donnait à la mer une couleur métallique. Les sociétaires se déchaussèrent et se dispersèrent sur le sable, en silence. »
  • Le Poids de la neige (2018)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Christian Guay-Poliquin

    2018 - Éliminé au premier tour

    Et pourtant je l'aurais placé en tête...

    Curieux roman que celui-ci, qui ne raconte presque rien et qu'on ne peut lâcher jusqu'à la page 251, tel un thriller psychologique. Un thriller sous la neige.

    « - Ah ok, c'est "Fargo" en fait ?
    - Non, on ne peut pas dire ça, ce serait plutôt un truc à la "Malevil" de Robert Merle. »

    Huis-clos, écriture sans parasite, plaisir croissant...

    « ... La libération du printemps. Avec un type comme toi, relance-t-il, ça n'aurait pas fonctionné. On aurait été découverts ou on se serait entretués. Personne ne peut survivre avec quelqu'un qui refuse de parler. »

    « Même après plus de cinquante ans de vie commune, je ne me suis jamais lassé de sa beauté, de ses charmes, de sa grâce. Mais le temps est retors. Et ma femme a commencé à s'accrocher un peu plus à ses repères. Sa mémoire flanchait et sa voix se perdait dans les détours de ses phrases. Elle observait un silence irrité, confus. Ses gestes sont devenus brusques. Son regard s'est inondé d'hésitation. Je ne savais plus qui de nous deux ne reconnaissait plus l'autre... »

    « La vue est surprenante. Le contour des montagnes semble avoir été tracé avec une assurance inhabituelle. L'étendue sans fin de la forêt descend jusqu'à la clairière où se dresse l'échelle à neige. J'ai l'impression d'être à la vigie d'un navire. Et de constater l'ampleur redoutable de l'horizon qui se referme sur nous. »

    « DEUX CENT DEUX
    C'est un matin sans lumière. Un soleil terne erre de l'autre côté des nuages. Pour la première fois depuis le début de l'hiver, il fait au-dessus de zéro. Il pleut et le décor boit tout., se compacte et s'affaisse. »

    « ... Puis, soudainement, l'eau s'est retirée des rives de la cité. Les oiseaux se sont envolés. Les chiens se sont mis à aboyer en cherchant leurs maîtres. Et la terre a tremblé. Des lézardes ont fissuré la pierre, les joints de mortier se sont ouverts et des filets de poussière ont chuté au sol. Les arches sculptées, le pinacle des clochers, les dômes peints, rien de cela n'a résisté. Et les voûtes se sont écroulées sur les gens qui priaient. Enterrés vivants dans les églises... »

    « Je marche en m'agrippant à mes bâtons. J'avance comme un chasse-neige dans les routes de montagne, en regardant devant moi afin de ne pas attiser l'appétit des précipices. Je sens la sueur se frayer un chemin sur ma peau et alourdir mes vêtements... »
  • Juste après la vague (2018)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Sandrine Collette

    2018 - Éliminé au premier tour

    Son premier roman, "Des nœuds d'acier", était plein de promesses, je tenterai donc de lire celui-ci plus tard.
  • Janvier (2018)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Julien Bouissoux

    2018 - Éliminé au premier tour

    Je n'avais pas été convaincu par "Voyager léger" mais c'était il y a dix ans...
  • Ne préfère pas le sang à l'eau (2018)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Céline Lapertot

    2018 - Éliminé au premier tour

    Un précédent roman, "Des femmes qui dansent sous les bombes", qui m'avait plutôt séduit, et les éditions Viviane Hamy. Deux raisons pour un regret...
  • Un océan, deux mers, trois continents (2018)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Wilfried N'Sondé

    2018 - Éliminé au premier tour

    Rencontré il y a déjà dix ans avec le très beau "Le silence des esprits", je lirai sans aucun doute celui-ci.
  • Nino dans la nuit (2019)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Simon Johannin et Capucine Johannin

    2019 - Finaliste

    Verdict (Note : 6.5)

    Pour la deuxième année consécutive je fais joujou comme membre du jury du Grand Prix RTL-Lire (Pour les curieux courageux, car il y a un peu de lecture, j'ai créé une liste l'an dernier et je la complète donc aujourd'hui), et pour le moment je dois dire que le niveau me semble supérieur à la cuvée 2018 en ce qui concerne les finalistes.

    Capucine et Simon Johannin sont clairement les enfants de Virginie Despentes et leur Nino le cousin de Vernon (Les plus attentifs n'auront d'ailleurs pas loupé la petite dédicace discrètement glissée page 63). Ce "Nino dans la nuit" est donc fun, empli des maux de notre époque, sexuel, désespéré, mais quatre mains juvéniles n'arrivent pas encore à la cheville d'une reine du genre.

    https://twitter.com/takeshi2922/status/1095406830145155072
  • Alto Braco (2019)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Vanessa Bamberger

    2019 - Finaliste

    Verdict (Note : 7)

    Vanessa Bamberger cultive la nostalgie et la mélancolie, limite tendance Jean Becker parfois, au risque de verser dans la facilité attractive du "C'était mieux avant", ce côté too much se retrouve également dans son utilisation excessive du twist, mais elle parvient finalement à captiver par son style à la fois vif et ouaté, par son don pour donner chair à ses personnages, pour questionner des notions fondamentales, celle de l'inné ou de l'acquis, du génétique ou du don construit.

    Elle s'attaque à un genre presque suranné, celui de la saga familiale paysanne, avec un talent certain, elle a le sens du rythme, la faculté de maîtriser le flash-back, de faire vibrer le sentiment, et surtout celui de nous faire toucher la terre de son Aubrac natal.

    "Alto Braco" touchera forcément le plus grand nombre car il atteint l'universel à travers le récit particulier, en effet qui n'est pas remué par l'évocation d'une grand-mère, par le souvenir des effluves d'un plat, qui ne rêve pas des chemins qu'il a parcourus enfant...

    https://twitter.com/takeshi2922/status/1094000001137676293
  • Personne n'a peur des gens qui sourient (2019)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Véronique Ovaldé

    2019 - Finaliste

    Verdict (Note : 7)

    Je n'avais plus lu un Véronique Ovaldé depuis "Ce que je sais de Vera Candida" et il faut bien le reconnaître, elle est devenue une véritable machine de guerre, capable de pondre un page-turner tel que ce "Personne n'a peur des gens qui sourient".

    A la fois drame sociologique et thriller fantastique, ce roman est d'une fluidité absolue, sans génie stylistique certes, mais d'une efficacité redoutable, énigmatique, inquiétant, sans cesse surprenant.

    Je le dis presque à regret, estimant que certains auteurs ont moins besoin que d'autres de bandeau rouge sur leurs ouvrages car possédant déjà un lectorat fidèle, mais pour l'instant c'est à elle que reviendrait ma voix pour le grand Prix RTL-Lire 2019 *. Mais deux candidats pourraient encore rebattre les cartes...

    https://twitter.com/takeshi2922/status/1097864704754704385
  • À la ligne (2019)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Joseph Ponthus

    2019 - Finaliste

    Verdict (Note : 7.5)

    "À la ligne" aurait pu être un essai sociologique passionnant et didactique sur le monde ouvrier, le travail précaire. Joseph Ponthus en transcende le propos par son style percutant, sa poésie rock’n’roll, enivrante, émouvante.

    https://twitter.com/takeshi2922/status/1097867289372905472
  • San Perdido (2019)

    Sortie : . Roman.

    Livre de David Zukerman

    2019 - Finaliste

    Verdict (Note : 7.5)

    Typiquement le livre que je n’aurais pas lu si je n'avais pas dû remplir ma « mission » de juré. Et quelle belle surprise !!!! Captivant, terriblement cinématographique, avec l’art de faire vibrer chacun des (nombreux) personnages.

    Malgré tout j'ai donné ma voix à Joseph Ponthus et son "À la ligne". Le lauréat sera annoncé le 14 mars à 8h dans la matinale de RTL.

    https://twitter.com/takeshi2922/status/1098959258970927104
  • Âmes ; histoire de la souffrance 1 (2019)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Tristan Garcia

    2019 - Éliminé au premier tour
  • Doggerland (2019)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Elisabeth Filhol

    2019 - Éliminé au premier tour
  • Les Enténébrés (2019)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Sarah Chiche

    2019 - Éliminé au premier tour
  • Première dame (2019)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Caroline Lunoir

    2019 - Éliminé au premier tour
  • Dérangé que je suis (2019)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Ali Zamir

    2019 - Éliminé au premier tour
  • La vie que tu t’étais imaginée (2020)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Nelly Alard

    2020 - Première sélection (18/12/2019)
  • Juste une balle perdue (2020)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Joseph d’ Anvers

    2020 - Première sélection (18/12/2019)
  • Il est juste que les forts soient frappés (2020)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Thibault Bérard

    2020 - Première sélection (18/12/2019)
  • La Mère morte (2020)

    Sortie : . Récit.

    Livre de Blandine de Caunes

    2020 - Première sélection (18/12/2019)
  • Les Méduses (2020)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Frédérique Clémençon

    2020 - Première sélection (18/12/2019)
  • Et toujours les forêts (2020)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Sandrine Collette

    2020 - Première sélection (18/12/2019)
  • La Soustraction des possibles (2020)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Joseph Incardona

    2020 - Première sélection (18/12/2019)
  • Papa (2020)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Régis Jauffret

    2020 - Première sélection (18/12/2019)
  • La Science de l'esquive (2020)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Nicolas Maleski

    2020 - Première sélection (18/12/2019)
  • La Femme révélée (2020)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Gaëlle Nohant

    2020 - Première sélection (18/12/2019)