Cover MORETTI Nanni - Critiques & Annotations
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2 films

créée il y a plus de 5 ans · modifiée il y a 5 mois
Bianca
6.9

Bianca (1984)

1 h 36 min. Sortie : 16 avril 1986 (France). Comédie dramatique

Film de Nanni Moretti

SimBoth a mis 7/10.

Annotation :

Nanni Moretti et son alter ego Michele Apicella s’accaparent de l’Éducation nationale pour critiquer les dérives de cette institution. Avec une belle dose d’ironie, le cinéaste utilise les codes de la comédie policière et de mœurs pour faire le portrait stimulant d’un professeur des écoles qui épie ses voisins de terrasse. Une obsession voyeuriste qui définit le reflet d’un regard sur le monde et ses comportements sociaux. C'est le regard d’un homme névrosé, seul, insatisfait et moraliste. Pour Michele, il faut requestionner sans cesse les valeurs, être rigoureux et méthodique dans ses sentiments. Sa pensée mathématique fait un drôle de contrepoint avec son école totalement loufoque et espiègle ainsi qu'avec l’ambiance surréaliste du film. Même son amour pour la belle Bianca ne peut être bienheureux, ainsi la réclusion et son retrait du corps social le protègent de ce monde qui le rend fou. De cette façon, le réalisateur-scénariste-acteur en témoin-voyeur-suspect englobe une radiographie tragi-comique et métaphorique sur l’Italie avec une grande exaltation. Par conséquent, le réalisateur italien nous dit qu’il faut tenter de trouver chaussure à son pied pour considérer notre place dans la société.

Tre piani
6.2

Tre piani (2021)

1 h 59 min. Sortie : 10 novembre 2021 (France). Drame

Film de Nanni Moretti

SimBoth a mis 7/10.

Annotation :

Habituellement, Nanni Moretti se concentre sur un seul personnage (en étant souvent son alter ego), mais ici, il embrasse un récit choral, à la fois romanesque et moins autocentré. "Tre Piani" est le récit de trois étages, trois familles et de trois époques qui vivent un malheur et se laissent diviser par la solitude, l'incommunication et l'inadaptation. Les thèmes du réalisateur se dispersent dans ces trois blocs, et cela, à partir d'un événement : un fils issu de parents avocats s'écrase en voiture, après avoir percuté une piétonne, contre l'appartement d'une autre famille au centre du récit. Le père de cette même famille sera obsédé par le fait que sa fille ait pu être violée par un voisin sénile, mais se verra aussi confronté à une affaire de non-consentement avec une femme beaucoup plus jeune que lui. Enfin, la dernière famille est celle d'une femme fraîchement mère, vivant dans une profonde solitude (car elle a un mari absent) et avec les inquiétudes d'une possible maladie héréditaire.

C'est un film à la mise en scène épurée et à l'atmosphère élégiaque qui regarde avec empathie des familles bourgeoises morcelées, étouffées, doutant de leur confiance, tiraillées dans leurs conflits intérieurs ou encore pesées par la culpabilité et les conflits intergénérationnels. Ainsi, l'auteur parle de la transmission, des rapports entre générations, du désir sexuel puis de la rigidité et dureté de la figure paternelle. La mise en scène de Moretti est comme paralysée et dégraissée, mais aussi directe et opaque. Les mouvements sont très discrets et les séquences s'enchaînent (souvent avec des fondus au noir) de manière dépouillée, concise et sans effet de séduction. Le cinéaste veut donner l'impression que les familles se décomposent, jouent au funambule sur un fil fragile et peuvent disparaître sur un simple artifice.

L'œuvre n'est pas totalement pessimiste, car elle garde une morale bienveillante dans sa dernière partie où les personnages prennent conscience que le monde se trouve bien au-delà de leur immeuble. Ils peuvent se réconcilier avec eux-mêmes, leurs chagrins, leurs deuils et ceux avec qui ils étaient fâchés. Cela donne moins de noirceur à l'ensemble, même s'il garde cette distance pudique et transparente, qui, par moments, peut neutraliser nos émotions devant le récit.

SimBoth

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