Très bon même si un peu frustrant

Avis sur American Gods

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En sortant de prison, Ombre apprend la mort de sa femme et de son meilleur ami dans un accident de voiture. À bord de l’avion qui le ramène chez lui, il se fait embaucher comme garde du corps par un étrange personnage qui se fait appeler Voyageur. Celui-ci semble tout connaître de la vie d’Ombre et l’entraîne dans un long périple à travers les États-Unis. Ombre réalise lentement, au fil d’indices énigmatiques et de rencontres étranges, que Voyageur est l’incarnation américaine de l’ancien dieu nordique Odin. Celui-ci tente de rallier à sa cause les autres anciens dieux, dont le pouvoir décline à cause de la chute du nombre de leurs adorateurs. Voyageur veut mener une guerre sans merci aux nouveaux dieux, les divinités plus récentes de l’Amérique, manifestations de la vie moderne comme la voiture, Internet, la télévision, la drogue et les médias. Mais comment savoir qui tire véritablement les ficelles : ces entités légendaires issues de l’aube des temps ou les puissances du consumérisme et de la technologie ? A moins que ce ne soit le mystérieux Mr Monde ?

American Gods repose entièrement sur l’idée que les dieux s’incarnent et vivent parmi nous, et que leur puissance dépend du nombre de leurs fidèles. L’idée n’a certes rien de très original, mais Neil Gaiman en fait un usage savoureux. La lutte entre anciens et nouveaux dieux dans le cadre de l’Amérique moderne lui permet d’en dresser un tableau à la fois pathétique, touchant, moqueur, cynique et enchanteur. Le ton est léger, et toujours ironique, par moments proche de la satire. L’auteur se veut iconoclaste, et il n’épargne aucun de ses personnages. Les anciens dieux sont devenus des escrocs à la petite semaine, des mendiants, des prostituées, des croque-morts ou des animaux de compagnie. Les nouveaux dieux, plus puissants, sont bouffis d’orgueil, superficiels, immatures, cruels et idiots. Tout ce panthéon dessine un portrait en creux de l’Amérique et de ses habitants, portrait forcément complexe et emplis de contradictions. Et il faut reconnaître que l’ensemble fonctionne plutôt bien. Le récit est agrémenté de chapitres consacrés à des tranches de vie tirées de différentes époques, expliquant comment certaines divinités ont été importées en Amérique par l’arrivée de vagues successives d’immigrants. Ces chapitres sont pour la plupart d’une qualité remarquable, et celui consacré à la vie d’une jeune Africaine arrachée à son village et vendue comme esclave est particulièrement marquant.

Malheureusement, le roman souffre de plusieurs défauts. Tout d’abord, l’humour est en grande partie fondé sur de multiples références, et le lecteur n’en comprendra pas le sens à moins d’être spécialisé en histoire des religions pré-chrétiennes. On est donc obligé d’interrompre régulièrement sa lecture pour faire des recherches sur tel personnage ou telle divinité pour suivre le fil du récit. On apprend beaucoup, mais cela nuit forcément au plaisir et à la fluidité de l’expérience.

Ensuite, l’auteur nous emmène régulièrement dans des intrigues secondaires dont l’utilité est douteuse, au mieux. A tel point qu’on les avait presque oubliées quand il y revient dans l’épilogue du roman pour les clôturer.

Et enfin, le style est plutôt répétitif, presque lassant par moments, et on peine parfois devant la difficulté de l’auteur à trouver des formules qu’il n’a pas déjà utilisées des dizaines de fois dans les pages précédentes. Ainsi, Ombre est désigné par l’expression « l’ex-détenu » une fois sur deux (sans que sa condition d’ex-détenu ne joue un rôle dans l’histoire à quelque moment que ce soit), Voyageur sera « le borgne » la moitié du temps. On croise en permanence des femmes « entre deux âges » et des hommes « d’âge moyen », etc…

Il faut souligner également l’influence évidente de Terry Pratchett, dans l’utilisation de l’humour de référence, dans la construction du récit (les petites pièces du puzzle qui s’assemblent crescendo avant le feu d’artifice final et le désamorçage magique), ainsi que dans la passivité extrême du personnage principal, qui se contente de traverser les événements, sans jamais (se) poser beaucoup de questions, sans jamais se réjouir ni paniquer devant quoi que ce soit. On a bien sûr déjà vu pire influence que celle de Pratchett, mais l’originalité du roman en souffre.

American Gods reste, malgré une bonne dose de frustration, un roman abouti qui vaut le détour. Il a remporté le prix Hugo en 2002 et a été adapté à l’écran dans une série télévisée diffusée depuis 2017.

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