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Ce que j'appelle oubli par Sivoj

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On arrive directement plongé au milieu d'un monologue qui s'adresse à quelqu'un qui a perdu son frère. le narrateur lui explique comment il a été battu à mort, il cherche à le réconforter sans le réconforter, juste en lui balançant la vérité telle qu'elle lui vient ; il lui explique comment, pourquoi, et tout ce qui n'allait pas dans cette manière de mourir, et ce que son frère a pensé, ressentit, avant la fin, ce qu'il aurait pu faire s'il avait vécu encore un peu et ce qu'il faudra faire maintenant. Il ne cherche pas à atténuer son propos mais il ne s'embourbe pas non plus dans le sentimentalisme.
La question centrale est celle du prix d'une vie. Pourquoi cette insistance à rappeler après coup qu'on ne tue pas "pour si peu" (une canette de bière en l'occurrence), y aurait-il un juste prix au meurtre ? Est-ce qu'on ne devrait pas aussi condamné le plaisir sadique des meurtriers en question, au lieu de seulement les conséquences de leur acte ? Pourquoi avoir choisi pour victime un SDF oublié du monde, vaudrait-il moins ou serait-il moins humain ?
Cette nouvelle est écrite en une seule longue phrase mais la lecture n'est pas compliquée ; on aurait pu tout autant remplacer certaines virgules par des points sans que ça change la compréhension du texte. L'intérêt est plutôt que, délimitée ni par un début ni par une fin, elle représente une longue plainte, amère et froide, qui contemple la cruauté gratuite de ce meurtre et la petitesse des incrédules qui préfèrent se rassurer en lui cherchant des excuses, comme si ce crime avait sali avec lui toute la société.

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