Chronique de Cinquante nuances de Grey

Avis sur Cinquante nuances de Grey

Avatar Vincent Lahouze
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J’ai longtemps eu une vie sentimentale et sexuelle misérable, voire inexistante. Je n’étais pas le plus beau, le plus musclé, je rasais les murs à la recherche de ma confiance.

Je baissais la tête quand je croisais un banc de filles, j’étais le mec pas sûr de lui, qui nageait à contre-courant, en essayant d’éviter le regard des autres. J’étais perdu dans une vie où je perdais pied. Et puis, un jour, j’ai découvert Cinquante nuances de Grey et ma vie s’est transformée.

Je me suis tout de suite identifié à Christian Grey, adopté tout comme moi à 4 ans, c’était mon portrait craché (si j’étais un jeune homme beau, riche), tourmenté affectivement parlant, c’est comme si mon reflet dans le miroir venait de prendre vie. Et que dire d’Anastasia Rose Steele, l’héroïne du livre. Sa beauté, sa naïveté touchante, sa fragilité et son besoin d’être sous la coupe d’un homme, oh Anastasia…je me suis perdu dans ses yeux bleus, respiré ses cheveux bruns. Je le confesse, je suis tombé totalement et éperdument amoureux dès les premières pages. Et puis surtout, j’ai enfin compris ce qui n’allait pas dans ma vie, ce qu’il fallait faire pour séduire les femmes. Comme j’avais tout faux. Moi qui pensait qu’il fallait être gentil, honnête, franc et respectueux pour les séduire. Moi qui pensait qu’il fallait demander leur accord avant d’entreprendre quoique ce soit avec leurs corps, j’avais donc tout loupé depuis le début. Je repensais avec un sentiment de honte toutes ces fois où j’avais dû être ridicule, à me comporter comme une pucelle, toutes ces fois où elles avaient dû se moquer de moi entre copines, j’en serre encore les poings de rage quand j’y pense. Mais c’était fini, cela. Grâce à Christian, j’avais enfin compris ce qu’il fallait faire. Au diable, le consentement! Il me fallait juste faire un contrat, piéger la demoiselle et allons-y Francky! A moi le plaisir féminin dès la première fois! A moi l’orgasme divin et les dépucelages à foison. J’avais enfin trouvé ce que j’allais faire de ma vie. J’allais être un mentor, un guide, un gourou du sexe. J’ai repeins ma chambre en rouge, au grand dam de mon proprio mais il ne pouvait pas comprendre. Et puis surtout, je découvrais que les femmes aiment se prendre des fessées à chaque fois, qu’elles aiment être soumises, dominées et dieu que c’était bon de lire cela. J’avais le rouge au front rien que de penser à mes mains maladroites s’abattre sur la croupe frémissante de ma prochaine pouliche, qu’elle le veuille ou non. Grâce à ce livre, j’ai pris confiance en moi et en mon sex-appeal. Je suis devenu beau comme un dieu, riche comme Crésus. Cinquante nuances de Grey est un chef d’oeuvre, je peux dire avec vigueur que c’est devenu ma bible, mon livre de chevet, mon chemin de vie. Je mange 50 nuances, je respire 50 nuances, je fais l’amour 50 Nuances, je ne suis qu’explosion de plaisir et sodomies délicieuses. Le style d’écriture est audacieux, je me suis mordu les lèvres tant de fois devant tant de figures de styles osées. Les scènes de sexe intense s’enchaînent avec brio et un renouvellement constant. Prenez en de la graine, Bernard Pivot..! Je ne serai pas étonné que le Marquis de Sade se soit inspiré de EL James, mais entre nous, cela n’a rien à voir, c’est très superficiel Sade, on ne mélange pas les torchons et les serviettes, voyons.

50 nuances de Grey devrait remplacer les cours d’éducation sexuelle, afin que les hommes soient de vrais hommes, et que les femmes restent de vraies femmes. Je ne comprends pas encore pourquoi ce livre n’a pas été récompensé par un Goncourt ou deux mais bon, j’espère que cela ne saurait tarder.

OU PAS.

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Vincent Lahouze

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