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Afin de ménager le suspense, tout en donnant une idée des qualités et défauts de ce Policier/Thriller, voici un dialogue particulièrement instructif entre le Docteur Xavier (psychiatre qui dirige un Institut hautement spécialisé, abritant des criminels dont les systèmes judiciaire et hospitalier classiques se sont déchargés) et le policier Servaz qui dirige une enquête à propos d’une série de meurtres, dans la région des Pyrénées. Servaz a demandé à Xavier s’il croit à l’existence du Mal ?

« … ma réponse est que cette question n’est pas du ressort de la psychiatrie. Elle est du ressort de la philosophie, plus spécifiquement de la morale. De ce point de vue-là, nous voyons que le Mal ne peut être pensé sans le Bien, l’un ne va pas sans l’autre. Vous avez entendu parler de l’échelle du développement moral de Kohlberg ? demanda le psy.
Servaz fit signe que non.
- Lawrence Kohlberg est un psychologue américain. Il s’est inspiré de la théorie de Piaget sur les paliers d’acquisition pour postuler l’existence de six stades de développement moral chez l’homme.
Xavier fit une pause, se rejeta dans son fauteuil et croisa ses mains sur son ventre en rassemblant ses idées.
- Selon Kohlberg, le sens moral d’un individu s’acquiert par paliers successifs au cours du développement de sa personnalité. Aucune de ces étapes ne peut être sautée. Une fois un stade moral atteint, l’individu ne peut revenir en arrière : il a acquis ce niveau pour la vie. Cependant, tous les individus n’atteignent pas le dernier niveau, loin s’en faut. Beaucoup s’arrêtent à un stade moral inférieur. Enfin, ces étapes sont communes à l’ensemble de l’humanité, elles sont les mêmes quelles que soient les cultures, elles sont transculturelles (ce dernier mot est en italiques).
Servaz sentit qu’il avait éveillé l’intérêt du psychiatre.
- Au niveau 1, commença Xavier avec enthousiasme, est bien ce qui fait l’objet d’une récompense et mal ce qui fait l’objet d’une punition. Comme quand on tape sur les doigts d’un enfant avec une règle pour lui faire comprendre que ce qu’il a fait est mal. L’obéissance est perçue comme une valeur en soi, l’enfant obéit parce que l’adulte a le pouvoir de le punir. Au niveau 2, l’enfant n’obéit plus seulement pour obéir à une autorité mais pour obtenir des gratifications : il commence à y avoir échange…
Xavier eut un petit sourire.
- Au niveau 3, l’individu arrive au premier stade de la morale conventionnelle, il cherche à satisfaire les attentes des autres, de son milieu. C’est le jugement de la famille, du groupe, qui importe. L’enfant apprend le respect, la loyauté, la confiance, la gratitude. Au niveau 4, la notion de groupe s’élargit à la société tout entière. C’est le respect de la loi et de l’ordre. On est toujours dans le domaine de la morale conventionnelle, c’est le stade du conformisme : le bien consiste à accomplir son devoir, le mal est ce que la société réprouve.
Xavier se pencha en avant
- A partir du niveau 5, l’individu s’affranchit de cette morale conventionnelle et la dépasse. C’est la morale post-conventionnelle. D’égoïste, l’individu devient altruiste. Il sait aussi que toute valeur est relative, que les lois doivent être respectées mais qu’elles ne sont pas forcément bonnes. Il pense avant tout à l’intérêt collectif. Au niveau 6, enfin, l’individu adopte des principes éthiques librement choisis qui peuvent entrer en contradiction avec les lois de son pays s’il juge celles-ci immorales. C’est sa conscience et sa rationalité qui l’emportent. L’individu moral de niveau 6 a une vision claire, cohérente et intégrée de son propre système de valeurs. C’est un acteur engagé dans la vie associative, dans le caritatif, un ennemi déclaré de l’affairisme, de l’égoïsme et de la cupidité.
- C’est très intéressant, dit Servaz.
- N’est-ce pas ? Inutile de vous dire qu’un grand nombre d’individus restent bloqués aux stades 3 et 4. Il existe aussi pour Kohlberg un niveau 7. L’individu de niveau 7 baigne dans l’amour universel, la compassion et le sacré, bien au-dessus du commun des mortels. Kohlberg ne cite que quelques exemples : Jésus, Bouddha, Gandhi… D’une certaine manière, on pourrait dire que les psychopathes, eux, restent coincés au niveau 0. Même si ce n’est pas une notion très académique pour un psychiatre. »

Tous les protagonistes de ce roman peuvent être évalués selon l’échelle ainsi décrite. Le lecteur est évidemment tenté d’utiliser cette échelle pour les personnes qu’il côtoie. Cet extrait est issu des pages 533 à 535 (sur un total de 725) de l’édition de poche. Le suspense est bien entretenu, avec de nombreux rebondissements, dans une ambiance qui justifie largement le titre du roman. L’ensemble est peut-être un peu long, mais captive suffisamment pour être lu sans y passer des mois.

L’intrigue est complexe, plutôt bien élaborée. De nombreux personnages interviennent, des policiers, du personnel psychiatrique, des patients/détenus et des autochtones, certains appartenant à plusieurs de ces catégories. De nombreuses pistes sont envisagées par l’équipe qui enquête et les suspects sont nombreux, car, c’est bien connu, chacun a quelque chose à cacher. La région des Pyrénées en hiver est bien décrite et sert de cadre à une mise en scène des événements qui s’enchainent sans temps mort. Une bonne surprise.

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    Bandeau d'illustration : Tony Hillerman, Nina Berberova, Inoue Yasushi, Lewis Carroll et Ivan Tourgueniev (de gauche à droite).

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