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« On a dit beaucoup de choses sur Robert, et on en dira encore. Des jeunes hommes adopteront sa démarche. Des jeunes filles revêtiront des robes blanches pour pleurer ses boucles. Il sera condamné et adoré. Ses excès seront maudits ou parés de romantisme. À la fin, c'est dans son œuvre, corps matériel de l'artiste, que l'on trouvera la vérité. Elle ne s'effacera pas. L'homme ne peut la juger. Car l'art chante Dieu, et lui appartient en définitive. »

C'est par ces mots qu'est entamé le témoignage tendre et sincère de l'histoire d'amour-amitié qui unit l'auteur, Patricia Lee Smith et le légendaire photographe Robert Michael Mapplethorpe, de 1967 à 1989.

Mais, faut-il encore présenter Patti Smith? Sans aucun doute! Évoquons-la, toujours! Certes, cette artiste a marqué l'histoire du rock and roll en produisant des tubes planétaires tels qu'une reprise de Gloria des Them1 en 1975, ou encore Because the night, co-écrit avec Bruce Springsteen en 1978. Cependant, il serait impoliment réducteur de ne pas revenir sur cette vie aussi intense qu'incroyable, entièrement dédiée à l'art, à la poésie, et dont une tranche couvrant plus de vingt ans est précisément relatée dans Just Kids.

Au delà de la relation intime avec celui qui deviendrait le photographe de génie Mapplethorpe, Patti Smith nous invite dans Just Kids à parcourir sa vie, depuis son départ du New Jersey natal, à l'âge de 20 ans jusqu'à sa double maternité, dans les années 80. Nous suivons avec passion ses lectures, ses interrogations, ses doutes, ses choix, ses galères, ses amants, ses amis, ses coups de cœur au fil des ans qui passent... et toujours plane l'écho de cette voix chaude, ronde qui caractérise tant cette lectrice éperdue de poésie.

Inutile de préciser qu'accompagner notre lecture des premiers albums de Patti Smith revient à s'offrir le nec plus ultra en matière d'ambiance pour illustrer la rencontre avec nos deux jeunes héros, Patti et Robert, au sortir de l'adolescence, en quête d'identité artistique.

Le serment fait par ces deux gamins, de veiller l'un sur l'autre, sera respecté jusqu'au dernier souffle de Mappelthorpe, et c'est précisément ce serment qui constitue la genèse des œuvres artistiques des deux protagonistes. Nous y voilà.

Entre les déboires et débrouilles de Patti et Robert pour subvenir à leurs besoins et se donner les moyens de créer, c'est une foultitude géniale que nous côtoyons. Étaient-ils simplement au bon endroit au bon moment? Encore fallait-il connaître ces endroits au sommet de leur renommée, dans ce New York gigantesquement vivant. Encore fallait-il connaître les codes pour se frayer le bon chemin. Pourtant, c'est avec le seul intérêt de promouvoir l'œuvre naissante de Robert que Patti a croisé la route des plus grands artistes de l'époque, ignorant parfois même à qui elle s'adressait... Janis, Jimmi, Andy, Allan, William, Lou, Tim, Nico... Tous ont été là, à un tournant, un instant ou plus longtemps, et plus intensément. Néanmoins, Patti garde au fil des pages ce naturel qui la caractérise, proche d'un flegme britannique. Elle ne contemple que l'être, que l'humain, simplement, oubliant l'être public, adulé par les générations beat et punk. Des générations marquées par des départs précipités: Janis, Jimmi encore.

Au fil de ces rencontres, Patti et Robert s'éloignent. Physiquement seulement. Ils s'aiment toujours autant et se comprennent à demi-mots, conscients tous deux que leur recherche artistique reste encore inaboutie, en pleine expérimentation.

Patti nous emmène à la découverte d'un Mapplethorpe créateur de bijoux et d'installations multiples, en proie à de sérieux doutes avant qu'il ne parvienne à focaliser son attention sur la photographie, grâce à son mécène et compagnon Sam Wagstaff.

Patti n'est pas en reste, entre questionnements et réponses, nous la découvrons tour à tour dessinatrice, peintre, critique rock, performeuse, poétesse, et toujours accompagnée et entourée de textes, d'auteurs. Arthur Rimbaud, Bob Dylan, Charles Baudelaire, Jean Genêt, Walt Whitman, Vladimir Maïakovski, William Burroughs... l'ont toujours enserrée, et c'est sous le regard de ces illustres ancêtres que Patti écrit, encore et encore. L'amour d'écrire est omniprésent.

Au milieu des années 70, Patti se lance dans la chanson à l'issue d'une lecture performance . Enfin, la songwriter est née. Elle a trouvé son chemin, pour quelques années au moins. Parallèlement, Mapplethorpe continue d'explorer la photographie Polaroid, et commence à s'intéresser aux grands formats, immortalisant ses amis, des artistes, des stars du X et plongeant petit à petit dans cet érotisme cru qu'il a tant représenté.

« À l'été 1979, j'ai quitté New York pour commencer une nouvelle vie avec Fred Sonic Smith. Pendant un moment, nous avons habité dans une petite chambre du Book Cadillac, un hôtel historique mais vide du centre de Detroit. Nous ne possédions presque rien à part ses guitares, les livres qui m'étaient le plus précieux et ma clarinette. Ainsi, je vivais donc comem je l'avais fait avec mon premier amour, avec l'homme que j'avais choisi pour être mon dernier. De celui qui allait devenir mon époux, je dirai simplement ceci: c'était un roi parmi les hommes, et les hommes le reconnaissaient.
Les adieux n'ont pas été simples, mais il était temps pour moi de voler de mes propres ailes. « Et nous? A soudain demandé Robert. Ma mère croit encore que nous sommes mariés. »
Je n'y avais absolument pas pensé.
« Eh bien, tu vas devoir lui annoncer notre divorce, j'imagine.
Je ne peux pas dire ça, a-t-il répliqué en me regardant droit dans les yeux. Les catholiques ne divorcent pas. »

Certes, Patti et Robert ont été éloignés de quelques kilomètres, mais leur complicité est restée intacte. Au décès de Sam, compagnon et mécène de Mapplethorpe, Patti et Robert se rapprochent davantage. Robert est malade. Très malade. Les deux amis ont grandi, muri. Chacun a suivi sa route. Ils s'aiment, comme des enfants, ils ont vécu, comme des enfants, main dans la main.

« L'autre après-midi, quand tu t'es endormi sur mon épaule, je me suis assoupie aussi. Mais avant de sombrer, l'idée m'est venue, en regardant tous tes objets, tes œuvres et en passant en revue mentalement des années de travail, que de toutes tes œuvres, tu es encore la plus belle. La plus belle de toutes les œuvres. »

L'ouvrage s'achève avec le décès de Mapplethorpe, le 9 mars 1989 à l'âge de 42 ans, emporté par une maladie qui marquera le milieu gay. Nous ne pouvons alors nous empêcher de feuilleter à nouveau l'ouvrage, de nous arrêter sur les magnifiques photographies de Mapplethorpe, sur les portraits de Patti.

Nous nous remémorons une fois encore cette époque fascinante, brillamment dépeinte par Patti Smith, décidément bien plus qu'une songwriter.

Faut-il s'étonner que Just kids ait obtenu le National book award 2010, non-fiction? Certainement pas. Ces souvenirs se dégustent sans faim, sans fin. Comme un hommage sans émotion déguisée, sans larmoiement.
Critique parue dans Indications
Chach1712
9
Écrit par

il y a 11 ans

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