Deux allers sans retour

Avis sur La Horde du contrevent

Avatar Rapha_da_Silva
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J'avais lu pour la première fois LHDC vers la fin des années 2000. C'est un bandeau "Grand Prix de l'imaginaire" sur la première édition poche qui m'avait attiré, et la lecture de ces 700 pages numérotées à l'envers ne m'avait pas laissé un souvenir impérissable.

Et entre-temps... ce roman est devenu pour beaucoup "le" chef-d’œuvre de SF française des années 2000. Aurais-je été largué du mauvais côté de la flaque de Lapsane ? Je me suis procuré la dernière version poche, ai parcouru encore ce compte à rebours de 700 pages et... mon sentiment n'a pas changé. J'ai pris quelques notes pour que ce second (et dernier) aller simple ne soit pas totalement vain, et en gros :

  • je trouve ce roman long, très long, trop long. Il y a plein de passages superflus qui s'étirent (l'Escadre frêle par le menu, quelle plaie), ainsi que des chapitres entiers qui pourraient être virés.

L'utilité de la Tour Fontaine ? Apprendre que des mots précis commandent des chrones ? On l'a compris au chapitre précédent pendant le duel entre Te Jerkka et le Corroyeur ! L'utilité du Siphon ? Distribuer des épiphanies à certains personnages pour qu'ils changent leur destin ? Nenni, personne n'en fera rien ! L'utilité d'Alticcio, à part enfiler des jolis mots comme autant de perles sur un collier ?

  • à côté des redondances, il y a de vraies questions qui restent en suspens.

Par exemple la Poursuite existe, mais quelle est sa raison d'être ? L'hypothèse qui circule au sein de la Horde est-elle valide ? Pourquoi Silène et Maskhar Lek ne se sont pas associés pour augmenter leurs chances ? Si cet ordre est assez puissant pour structurer des autochrones, pourquoi n'y a-t-il pas d'autres Caracole lancés aux basques des Hordes ?

  • malgré l'étendue de l'univers, la narration reste très classique : on suit un groupe de têtes brûlées jusqu'au bout de leur lubie, et basta. Mais si le mouvement caractérise la Horde, elle n'en a jamais eu l'exclusivité. Les précédentes étaient aussi en mouvement, ce qui ne les a pas empêché d'échouer. Une idée géniale aurait été de faire parler quelques membres des Hordes précédentes, procédé d'autant plus pertinent que beaucoup d'entre eux ont des liens de parenté avec des figures de la 34e. Le lecteur aurait mieux senti le poids de cette traversée, les limites des précédents, les héritages que la dernière Horde leur doit. Mais non...
  • la polyphonie de personnages est mal équilibrée, donc lourde. 16 personnages s'expriment moins de 15 fois dans tout le roman, tandis que trois poids lourds (Sov Strochnis, Pietro Della Rocca et Oroshi Melicerte) se partagent les trois quarts des 570 monologues. Autant dire qu'il n'est pas évident de reconnaître les autres (et de s'y attacher)...

Mention spéciale au croc Sveziest, qui culmine à zéro intervention avant de mourir !

En résumé, il ne reste dans tout ça que quelques éclats de ce qui aurait pu, en effet, être un chef-d’œuvre. Les belles tournures, les rares moments de bravoure, et la personnalité intéressante d'Alain Damasio n'y changent rien, je trouve ce roman ultra surestimé !

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