Rock, humour et camaraderie

Avis sur La Mort ou la Gloire - Wyld, tome 1

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Dans l'univers médiéval-fantastique créé par Nicholas Eames (jeune auteur canadien qui publie là son premier roman), quand on s'engage dans la vie trépidante de mercenaire on "forme une roquebande" ; celles-ci ne partent pas en mission mais en tournée, leurs exploits sont suivis par des hordes de fans et leurs contrats négociés par des managers, qui les affublent de noms aussi évocateurs que The Screaming Eagles ou Sisters in Steel ; en plus de l'argent et de la gloire, le sexe, la drogue et l'alcool font partie intégrante du quotidien de ces groupes... On l'aura compris, le concept central du roman repose sur un parallèle entre les compagnies d'aventuriers inhérentes à la Sword & Sorcery et les groupes de rock de notre réalité. Après coup, l'idée paraît tellement évidente qu'on peut s'étonner qu'elle n'ait pas été exploitée auparavant. C'est cet aspect qui, en premier lieu, m'a donné envie de découvrir "Wyld – La mort ou la gloire". Deuxième élément qui m'attirait tout particulièrement : le roman s'attache aux pas d'anciennes vedettes, de vieux héros plus ou moins has been, retournés à une existence bien plus calme que celle qu'ils menaient autrefois. Mais le sorcier Moog, le voleur Matrick, les guerriers Ganelon, Gabe et Clay, devront repartir pour une ultime tournée à travers le redoutable Coeur du Wyld : les cinq mercenaires vont reformer Saga, le groupe qui les a rendus célèbres, afin de sauver la fille de l'un d'entre eux, enfermée dans une cité assiégée par une horde de créatures cauchemardesques...

Au premier degré, la fantasy de Nicholas Eames serait d'un classicisme soporifique, sauf qu'avec ses "papys du rock" l'auteur a trouvé le subtil décalage qui donne à l'ensemble une fraîcheur bienvenue, parvenant à faire de l'inédit avec des ingrédients usés jusqu'à la corde. L'humour est présent du début à la fin du roman sans que l'ensemble tourne pour autant à la pantalonnade. Saga n'est pas la Horde d'Argent du Disque-Monde et ses membres n'ont rien d'une bande de bras cassés : c'est qu'ils en ont encore sous la pédale, les vieux ! Aussi le côté épique est-il au bout du compte bien plus important que le côté parodique ou burlesque. C'est un peu comme une campagne de Donjons & Dragons entre copains : on sort des blagues, on rigole bien, mais trucider des monstres à la chaîne reste une affaire sérieuse. La dynamique de groupe est un aspect essentiel de ce type d'aventure, et pour le coup c'est très réussi. L'auteur a beaucoup d'affection pour ses personnages et celle-ci se transmet aisément au lecteur. On a payé son ticket d'entrée pour le rock et l'humour, on reste jusqu'au bout du spectacle pour la camaraderie. Car ce n'est évidemment pas le suspense que l'on recherche, on se doute dès le départ que nos héros, même fatigués, vont triompher des innombrables obstacles dressés sur leur route ! Pas de surprise, le récit est linéaire : il s'agit d'abord de rassembler les cinq anciens membres de la roquebande, puis de se rendre d'un point A à un point B afin d'accomplir la quête définie dès les premiers chapitres. Une fois que Saga s'est bel et bien reformé, un peu avant la moitié du roman, l'aspect "groupe de rock" très présent au début passe au second plan, cédant le pas à une aventure épique plus traditionnelle à mesure que la compagnie reçoit le renfort de membres sans liens avec la formation d'origine... Mais le rock fait un retour fracassant lors des dernières scènes (la Route du Roque de Kaladar, sorte de Woodstock med-fan, est tout bonnement géniale !) avec un grand finale explosif qui a de quoi scotcher à son fauteuil même le plus blasé des rôlistes et des lecteurs de Fantasy.

Le roman a beau faire près de 600 pages, c'est le genre de pavé finalement très léger, rythmé, facile à lire, qui s'avale tout seul. En bref, il s'agit d'une bonne lecture de divertissement : un qualificatif qui n'a rien de péjoratif, bien au contraire. Certes ce n'est pas avec des romans comme celui-ci que la Fantasy acquerra une "légitimité culturelle", on ne trouvera pas de critique élogieuse de "Wyld" dans les pages de Libé ou de Télérama... et on s'en fiche ! J'ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture et il semble que ce soit le cas de pas mal de geeks assumés dans mon genre... que demander de plus ? Par le passé, j'ai suffisamment ronchonné contre la politique éditoriale de Bragelonne pour saluer aujourd'hui la pertinence de leur choix. Après tout, si vendre du Goodkind à la tonne leur permet ensuite d'acquérir les droits et de publier de chouettes bouquins comme celui-ci, ça me convient tout à fait !

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