Voyager avec peu de moyens, ce n’est pas seulement faire du stop et du camping sauvage. C’est aussi et surtout mettre un pied devant l’autre et aller à la rencontre des hommes qui peuplent la planète. En effet, lorsqu’on est démuni, se confronter aux personnes que l’on croise devient une nécessité vitale. Seuls, nous ne sommes pas grand-chose.

Sylvain Tesson et Alexandre Poussin sont deux amis d’enfance. Ensemble, ils ont déjà parcouru 25 000 km à vélo et traversé à l’occasion une trentaine de pays : un moyen de célébrer la fin de leurs études.

En 1997, ils ont un nouveau projet : traverser à pieds la chaîne de l’Himalaya, d’est en ouest. 5000 km parcourus, 172 jours, 3 paires de chaussures. La marche dans le ciel, c’est le récit à deux voix de l’épopée qui les conduira du Bhoutan au Tadjikistan. Jour après jour, ils nous livrent leurs impressions et leurs sentiments sur le paysage qu’ils voient lentement défiler.

Cette marche est surtout un prétexte pour aller à la rencontre des habitants de ces montagnes : sur leur chemin, les rencontres sont inévitables puisqu’ils n’emportent que le strict nécessaire, c’est-à-dire quelques affaires, une couverture de survie, et divers effets personnels. Ainsi, chaque fois qu’ils le peuvent, ils demandent l’hospitalité dans les villages et hameaux perdus de l’Himalaya. On ne les reçoit ni comme des princes, ni comme des parias : l’hospitalité est la règle dans ces régions arides. De l’est à l’ouest, c’est toute une palette de peuples qu’ils décrivent au fil des lignes : les mythiques Sherpas, les étonnants Bhoutanais, les Lepchas, les Tibétains… Autour du poêle, les discussions sont parfois maigres : on les reçoit, on échange des sourires, mais on ne peut pas forcément communiquer. On observe, à mesure de leur progression, les peuples, leurs coutumes et les religions changer, sans que ce sens précieux de l’hospitalité ne s’amenuise.

Sans emphase ni héroïsme, les deux amis décrivent leur périple, les moments de joie intense comme les galères les plus absurdes. En véritables vagabonds, ils n’ont à leur disposition qu’une maigre carte au 1/500 000 et comptent sur leur « 6e sens » et l’aide des personnes rencontrées sur la route pour trouver leur chemin, toujours plus à l’ouest. S’en suivent des moments parfois hilarants, parfois emplis d’une tension intense.

On pourrait croire qu’un ouvrage consacré à la marche serait redondant et monotone, mais on ne s’ennuie pas une seule fois au cours de ces 300 et quelques pages relatant les 6 mois qu’a duré la traversée. Entre les passages illégaux de frontières, les multiples duperies aux autorités, les péripéties rencontrées sur la route et les réflexions sur les expériences qu’ils affrontent, c’est un véritable livre d’aventure en écho à ceux d’une époque révolue.

Admirablement écrit et passionnant de bout en bout, c’est un livre pour les chercheurs d’air pur et les drogués du lointain, une histoire pour ceux qui n’ont pas la tête sur leurs épaules et qui croient encore à cet ailleurs qu’on dit disparu.
PieroLow
8
Écrit par

Le 4 février 2014

Critique lue 514 fois

Pierre Lrnt

Écrit par

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