Un grand roman contemporain !

Avis sur Le Chardonneret

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Donna Tartt a 50 ans et a publié son premier roman à 29 ans : "Le maître des illusions", succès public et critique. "Le chardonneret" est son troisième roman... publié onze ans après le second et récompensé en début d'année par le Prix Pulitzer de la fiction. Une auteure qui a donc refusé de se plier à la frénésie de l'édition contemporaine et dont chaque roman est le fruit d'un intense travail de recherche et de perfectionnement. Le tout sur de multiples carnets que Donna Tartt retranscrit au fur et à mesure sur ordinateur. Voilà qui est intéressant...

"Le chardonneret" commence aux abords du Metropolitan Museum de New-York, où le lecteur fait la connaissance de Theo Decker, jeune collégien menacé d'exclusion qui se rend avec sa mère à un rendez-vous décisif. Un peu en avance, le duo est surpris par une violente averse qui l'oblige à se réfugier dans le musée. Quelques minutes plus tard, une bombe explose au coeur des collections... et la vie de Théo bascule. Au milieu des décombres, un vieil homme lui remet une bague et l'enjoint de sauver un tout petit tableau : "Le chardonneret", du peintre néerlandais Carel Fabritius.

Si on met un petit moment avant de s'immerger complètement dans le roman (une bonne cinquantaine de pages), le déclic s'opère d'un coup. A cet instant, Donna Tartt vous prend par le col et ne vous lâchera plus jusqu'à la fin.

Grand récit d'apprentissage (on pense souvent à Dickens), "Le chardonneret" multiplie les incursions dans des genres très différents, y compris le thriller. Tout le talent de Donna Tartt réside en partie dans sa capacité à témoigner d'une grande documentation (notamment de très beaux passages sur l'ébénisterie), sans que cela n'alourdisse son style ni son récit. Le mérite en revient aussi à l'excellent travail de la traductrice Edith Soonckindt.

Le roman se double d'une réflexion sur l'art, sur l'attirance que celui-ci peut exercer sur nous et sur la façon dont il vient se lier étroitement avec nos vies (l'oiseau prisonnier du tableau de Fabritius reflète en partie l'attache douloureuse du personnage principal au traumatisme de son passé).

Malgré l'épaisseur du roman, c'est avec très peu de mots que Donna Tartt arrive à nous rendre familier de sa galerie de personnages, à commencer par le tumultueux Boris, que Théo rencontrera lors de son passage à Vegas. Comme la plupart des autres personnages, c'est sa dualité qui le rend si attirant. "Le chardonneret" est en effet parcouru de personnages profondément humains, dans toute leur complexité, avec leur part d'ombre et de lumière.

Un roman-fleuve dans lequel on ne se noie jamais, emporté par le style unique de son auteure, parfois presque chirurgical dans sa précision, mais d'une authenticité impressionnante (le choix de la première personne y participe sans doute). Tartt ne cache pas puiser son inspiration dans le style romanesque du XIXe et cela se ressent (jusque dans la méthode d'écriture). Une curiosité dans la littérature contemporaine, à découvrir si ce n'est déjà fait.

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