Le péché enfante la mort.

Avis sur Le Démon

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Le démon.

Je n'ai pas été emballée comme je l'aurais cru. Ayant vraiment aimé Last Exit to Brooklyn et Chanson de la neige silencieuse.

Pour le résumé rapide (vous en trouverez des mieux, plus développés, le long du fil) : un type parfait : femme jolie et gentille, boulot prenant, palpitant et gratifiant de cadre sup, magnifique appart ou baraque (selon les périodes). Cool la vie.
Seulement, Harry, il a quelque chose de noir en lui. Des pulsions qui lui creusent le bide et lui créent des bouffées d'angoisse, il les assouvit, mais s'il part de "simplement" tromper sa femme, il ira de plus en plus loin dans la noirceur.
Il n'arrive pas à se contrôler, il maintient les apparences tant qu'il le peut.
C'est la descente infernal de ce qui aurait pu être un brave type.

Bon.
Ce qui m'a plu : les scènes de famille, de quotidien, de parents, de trajets en métro, de petites combines sympathiques (ou pas) de travail : Selby décrit merveilleusement ces moments. Avec ce qu'il faut de tendresse, de vérité, de petites failles.
Les parents qu'on chérie mais qu'on néglige, qui vivent leur petite vie en espérant discrètement que leur fils unique réussisse.
La femme que l'on rencontre, qui est différente des autres, un petit plus. Son rire qui fait des pétillements dans le ventre.
La foule du métro qui colle, se serre, pue, grince, sue. Les yeux qui zieutent les décolletés, la cambrure du dos, le journal du voisin.

Selby parvient aussi vraiment très bien à rendre le rythme de son livre tendu et nerveux - lors des descentes dans l'ombre de Harry. Les palpitations, l'adrénaline, les mains moites, la chemise qui colle à la peau, l’œil aux aguets, les sens en éveil, l'excitation sexuelle.

Après...
Selby reste tout de même bien collé dans une espèce de linéarité ronflante qui m'a légèrement ennuyée par moment. Ça monte, lentement, mais sûrement, c'est assez prévisible, et en plus on perd brutalement des tas de choses sur lesquels Selby réussissait à rendre très vivant et palpable l'existence de ce Harry.
L'importance des parents qui disparaissent soudainement...
Les patrons qui lui collaient aux basques et qui semblent ne plus être dans la même boîte.
Le livre fait un focus sur Harry, tous les autres personnages sont perdus, et, si ça peut avoir un sens (mais pas tant que ça, parce que le réalisme forcené de ce livre fait qu'ils auraient dû rester présents), ça met un grain d'incohérence gênant, et surtout ça perd en richesse, et en complexité.

Arrivée aux 3/4 du bouquin, je n'arrivais plus à me motiver pour lire, je n'étais plus happée. L'impression qu'il s'agissait d'une démonstration plus qu'une volonté de raconter quelque chose.

Mais la démonstration est de haute qualité, tout de même. Toute la fin, lorsqu'Harry se "décide" à l'acte ultime, est d'une tension et d'une écriture qui prend aux tripes. On est dans la tête de Harry en permanence dans ce livre, et Selby décortique les sensations de la destruction intérieure avec une acuité impressionnante.

En gros, je pourrais balancer des tas d'extraits comme de petites perles précieuses, mais sur la globalité du livre, je trouve qu'il y a quelque chose de pas respecter dans le contrat, un côté esbroufe. Et un côté répétitif et ronflant qui fait somnoler, aussi.

(je me demande encore si ça ne vient pas de mon état personnelle lors de ma lecture, si à un autre moment ça n'aurait pas Terriblement fonctionné)

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