Ethnologue de l'Ecole française d'Extrême-Orient, François Bizon est devenu expert des langues et de la civilisation du Cambodge. Il s'y rend régulièrement et la notoriété de son savoir rayonne, comme l'énonce John Le Carré en préface.Or, suite à l'intervention américaine, le groupe communiste des Khmers rouges prend le pouvoir par la force et assure instaurer un régime de terreur, en vue de purifier la population, en lui potant les réflexes de l'impérialisme américain et de ses vassaux. Le savant est suspecté d'affiliations suspectes et de travaux de traduction en faveur de l'ennemi : il est ainsi arrêté et assigné à résidence par Douch, qui en assure la surveillance. Pendant sa captivité, il se raccroche au moindre détail pour s'y attacher, tente de négocier avec la force qui lui reste, est inévitablement empreint à certains moments de désarroi ou de défaitisme. Ces sentiments mêlés et la prédominance de la peur face à un ennemi dominateur omniprésent constituent l'essentiel du récit, puis vient l'heure de la libération et du retour, fort étonnant et déconcertant.Ce récit illustre l'apport d'une civilisation à sa manière, en creux, qui est en partie balayée par la violence et l'espoir de sa renaissance. Il décrit surtout une barbarie idéologique et l'aveuglement de ceux qui la servent. Voilà qui est édifiant et fait réfléchir.