This world is magic

Avis sur Le Prestige

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Andrew Westley est journaliste. Il a été adopté alors qu'il n'avait que trois ans et son véritable nom est Borden. Il a toujours été convaincu qu'il avait un frère jumeau quelque part. Un lien étrange l'unit à cet être qu'il a cherché mais qu'il n'a pas su retrouver. Pourtant des messages lui parviennent parfois. Cette bizarrerie a poussé sa rédaction à l'affecter sur les enquêtes où le paranormal occupe une part importante. Hormis cela il est plutôt ordinaire jusqu'à cet article qui va l'emmener enquêter sur un gourou qui réussit à être à deux endroits en même temps.

De plus, peu de temps auparavant, son père adoptif lui a transmis un ouvrage qu'une femme mystérieuse lui a envoyé. Il s'agit des mémoires d'un magicien du nom d'Alfred Borden. Borden, comme lui-même. C'est en rencontrant la belle Kate Angier qu'il comprendra pourquoi le destin les rapproche. Surtout quand cette dernière expose à Andrew ses informations sur son mystérieux double.

Leurs routes s'étaient déjà croisées dans leur petite enfance car Andrew et Kate ont des arrière-grands-pères qui furent les plus grands magiciens de leur temps et de redoutables adversaires. Cela se passait au début du XXème siècle naissant et les mémoires d'Alfred Borden vont peu à peu éclairer Andrew sur le redoutable héritage dont il est le détenteur.

Si le texte commence par la découverte d'Andrew Westley, Christopher Priest sait utiliser les différents modes de narration pour ensuite passer aux mémoires d'Alfred Borden, puis à l'enfance de Kate Angier, puis au journal intime du grand Danton pour finalement aboutir à l'apothéose finale. Les destins, les mystères s'entrecroisent et les différents tons de récits éclairent progressivement le tout.

Ce qui est fascinant dans ces récits, c'est la découverte du don et surtout comment peut naître une vocation de magicien au travers de deux destins apparemment opposés, car ils se feront une guerre sans merci, et pourtant si proches. Nous verrons aussi comment l'art mûri, comment les artifices prennent leurs parts dans la conception des numéros et enfin l'approche que les magiciens ont de leur profession. Même si, ici, un élément qui hésite entre la SF et le fantastique vient troubler les cartes, nous restons dans une littérature agréable et prenante qui fait voyager le lecteur dans ce monde de la magie, sans pour autant le démystifier totalement.

Fabuleusement écrit, ce roman laisse apparaître un extraordinaire écrivain qui utilise un style d'une grande pureté pour capter l'attention du lecteur. La quête de l'identité sous-jacente à cette histoire est rehaussée par l'ambiance grandiose que Christopher Priest insuffle à ce récit palpitant. Récompensé par le World Fantasy Award catégorie meilleur roman, ce roman a été adapté au cinéma 2006 par Christopher Nolan. Je n'ai connu ce souffle que dans les premiers romans d'Anne Rice consacré à ses vampires. Mais ici, le style parfait de l'auteur en fait un chef d'œuvre à lire absolument. Même si on n'aime pas la science-fiction, l'écriture est celle d'un grand écrivain.

En effet, on reproche souvent aux littératures de l'imaginaire de ne vivre que par l'histoire et la richesse d'aventures qui peut en découler. Les auteurs de ces genres que sont la fantasy, la SF ou le fantastique négligent trop souvent le style, les effets narratifs et la qualité littéraire pour devenir de simples conteurs. Souvent l'histoire suffit à captiver le lecteur au détriment d'un réel travail d'écrivain. Ici, Christopher Priest fait montre de réelles qualités qu'on trouve généralement chez un écrivain de littérature blanche. Hormis une fin grandiose qu'on regrettera de voir traitée avec trop de hâte, on ne peut pas reprocher grand chose à ce roman. Un auteur à découvrir dans tous les cas.

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