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Orsenna est la capitale d'un état fictif qui correspondrait à notre Italie, tant par sa géographie que par sa culture. La Cité est en guerre depuis plus de trois cents ans avec le Farghestan qui se trouve de l'autre côté de la mer, mais il y a des siècles que plus aucun sang n'a coulé. Aldo, fils d'une noble famille s'ennuie et décide, au grand étonnement de tous, de s'engager dans l'armée du rivage des Syrtes, zone la plus désolée du pays. L'Amirauté est dirigée par le Capitaine Marino, un homme affable qui prend vite en amitié le jeune homme, les soldats n'ont pas grand chose à faire, alors ils travaillent pour la plupart avec les paysans du coin, aux champs ou bien à divers travaux manuels. En tant que nouvelle recrue, et de par la fougue accumulée dans son adolescence, il est très déçu par l'immobilisme qui règne sur la côte, et il en fait par à son supérieur, mais celui-ci lui demande de calmer ses ardeurs et le présente à la jeune Vanessa, elle aussi issue de la haute société, qui donne des réceptions dans une ville non loin de là. D'abord réticent, il se laisse charmer par l'impertinente qui n'hésite pas à s'introduire dans les locaux même de l'amirauté. Toutefois cette rencontre ne suffit pas à calmer Aldo qui passe de longues heures dans la salle des cartes, comme hypnotisé par toutes ces villes inconnues, et la frontière invisible qui franchit la mer. Des rumeurs de reprise des hostilités commencent à circuler, rendant nerveuses les autorités d'Orsenna.

La première chose à noter dans cette œuvre est le côté totalement intemporel, dès la mise en place de l'intrigue, j'ai cru me trouver aux temps de l'empire romain, consonances latines, soldats familles nobles, chevaux, aucune occurrence de technologie moderne ou marque temporelle... Ce n'est qu'au bout de plus de cent pages, au détour d'une expédition, lorsqu'un personnage sort une lampe de poche que j'ai compris que l'histoire devait se passer de nos jours.

Cet anonymat chrono-géographique est à mon avis nécessaire au sens profond du roman qui est à la fois une tragédie issue de la pure veine grecque et un essai philosophique.

Aldo est un héros, beau, noble, intelligent, qui, bien qu'il n'en ait pas conscience, est balloté par sa destinée, et tout les personnages sont acteurs de sa vie, seul lui est spectateur. La destinée a une figure, celle de l'Histoire et elle se sert des hommes pour servir ses desseins.
Point besoin de malheureuse affaire familiale, d'amour incestueux pour ce drame-ci, Gracq nous joue sa "pièce" sur un mode résolument plus subtil, et la révolutionne ainsi.

Un autre grand thème abordé est l'ennui, il est vu comme moteur humain, et Orsenna, qui se personnifie, se suicide petit à petit par ennui. Quand on pense à ce concept habituellement, il est associé au quiétisme, au calme, cette fois l'ennui gronde, il est fertile.

Le roman pourrait sembler profondément ennuyeux si ce n'était le style incroyable de l'auteur, tout aussi uchronique que son propos, précis, imagé.

Gracq a refusé le Goncourt pour ce livre et tant mieux, il est beaucoup trop bien pour ce prix de supermarché.
Diothyme
8
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