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Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? par Kameyoko

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Ce livre de 1966 est considéré comme beaucoup comme un grand classique de la littérature de Science-Fiction. Le film du même nom réalisé par Ridley Scott en 1982 est lui aussi considéré comme un chef d'oeuvre de la SF. Pourtant, apparemment, les deux sont assez différents. Le film étant une libre inspiration du livre.

Autant le dire de suite, Philip K. Dick fait honneur à sa réputation. Bien que « soft » Blade Runner est quand même assez « spécial ». L'atmosphère décrite est assez glauque et sombre du fait de la description de l'état de la Terre après la guerre. L'auteur glisse des concepts et des appareils assez étranges parfois loufoques. De même, il change un peu les aspirations des hommes avec des concepts intéressants et originaux.

On peut citer par exemple l'importance de posséder un animal vivant aussi ridicule soit-il. Dans ce roman, posséder un mouton, une chèvre, un crapaud c'est trop la classe et c'est presque un signe de réussite social. L'orgue d'humeur et le Mercerisme sont des concepts assez intéressants et qui démontrent, là encore, l'imagination fertile de l'auteur.

Concernant le scénario j'ai été déçu. Au final il n'y a presque rien. Il n'y a pas de retournements de situation, peu de surprises, un rythme assez lent. Mais l'intérêt du roman ne se situe pas dans le déroulement de l'histoire mais bien dans l'univers imaginé par Dick, dans les thèmes abordés et les questions soulevées par le héros Rick Deckard.

On peut relever 3 thèmes principaux dont deux très fortement liés : la différenciation hommes/ androïdes, l'empathie et enfin la sauvegarde de la vie.

Commençons par ce dernier qui est peut être le moins pertinent.
Sauvegarde de la vie

On retrouve cette thématique en arrière-fond dans ce roman. Tout d'abord, dans le monde où se déroule l'histoire, la vie est devenue rare. Que se soit les animaux qui sont en voie d'extinction ou que se soit les hommes qui fuient vers Mars, les deux sont en déclin. Le vide, la saleté, la mort prend lentement mais sûrement le pas sur la vie. Le monde est amené à disparaitre. De ce fait toute forme de vie est précieuse et tous les humains ont une farouche volonté de vivre dans ce monde (même s'ils sont désabusés). Les humains ont aussi le besoin d'avoir un animal vivant pour se sentir en vie.

Les androïdes quant à eux, bien qu'inhumains ont un réel désir de vivre. Même traqués par les Blade Runners ils vont essayer de vivre une vie normale et sont prêt à la défendre.
Différenciation humains/ androïde

C'est le thème du livre, le grand questionnement du héros. Avec l'apparition du modèle Nexus-6, il est quasi impossible de distinguer un homme d'un androïde. Seul le test dit de Voigt-Kampff, basé sur l'empathie, semble fonctionner. Les androïdes sont programmés pour avoir des émotions, avoir des réactions sensées et bien évidement ressembler à un humain. La frontière est d'autant plus ténue que certains Hommes révèlent peu de sentiments ou d'émotions (comme la femme de Rick) et qu'il est possible de se programmer des émotions grâce à l'orgue d'humeur.

En plus il existe une « caste » d'hommes appelés « spéciaux » qui rendent encore plus difficile l'identification des androïdes

La seule source de différentiation réside dans l'empathie envers les formes de vie que n'ont pas les androïdes (d'où le titre original : Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?).

Mais plus on avance dans le roman plus l'Homme tend vers la machine et plus les robots s'humanisent.

Je ne sais pas si c'était voulu par l'auteur mais plus on progresse dans le livre, plus on se pose des questions sur Rick Deckard. On ne sait pas s'il est humain, ou s'il peut être un Androïde et ce surtout après sa rencontre avec Phil Resch.
Empathie

Comme expliqué plus haut, l'empathie est la seule chose qui permet de différencier les Nexus-6 des humains. Donc dans la traque du Blade Runner, cette « qualité » va donc être centrale d'autant plus qu'elle n'est pas forcément 100% fiable.

L'autre élément faisant intervenir l'empathie est le Mercerisme. En saisissant les poignées d'un appareil, l'utilisateur se trouve projeté dans un monde en compagnie de Wilbur Mercer. Il doit sortir du tombeau et grimper jusqu'au sommet pendant qu'on lui jette de temps en temps des pierres. Durant ce trajet l'utilisateur est relié aux autres créant une immense empathie entre eux.

L'empathie est aussi au coeur même des questionnements du héros depuis sa rencontre avec Rachel Rosen puis amplifiés après sa rencontre avec Phil Resch, autre Blade Runner mais qui conçoit son métier différemment.

Notamment Rick se demande si c'est humain de ne rien ressentir quand il met hors service un robot. Est-ce normal de ressentir de l'attirance pour un androïde femelle?

Philip K. Dick en 250 pages arrivent vraiment bien à développer son background, univers et surtout proposer des réflexions intéressantes sur l'empathie, la vie, et ce qui différencie humains/ robots.

Néanmoins, si on enlève ces réflexions, le scénario est creux et le personnage principal n'a que peu de charisme.

Au final, je ne sais pas trop quoi penser de ce titre. Il y a vraiment des choses intéressantes notamment dans les thèmes abordés, mais je n'ai pas été séduit plus que ça. Ce n'est pas non plus un livre quelconque mais ce n'est pas le chef d'oeuvre auquel je m'attendais. Foncièrement bon livre mais grosse déception quand même.

Un livre et un auteur à part qui pourra vous toucher ...... ou pas!

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