"Je ne suis pas digne d'être visité par un ange"

Avis sur Macaire le copte

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Il faut être sensible peut-être pour apprécier ce petit livre, aux sentences des Pères du Désert - telles qu'on les trouve dans les philocalies - ou aux vies de moines de tous horizons, chrétiens ou non.

Macaire le Copte est un moine - probablement imaginaire - plus jeune d'une génération que ce Macaire dit l'ancien ou le Grand (300-391) qui vécut au désert de Scété. De nombreux traits de sa vie sont cependant empruntés à celle de son ainé - mais le natif de Coptos ne fut jamais prêtre ni n'eût de disciple, non plus qu'il ne se passionna jamais pour la querelle arienne, qui faisait rage à l'époque.

Le bref et intense roman de Weyergans dessine une étonnante vie de privations, un de ces presque-impossibles des vies humaines, dont les réalisations nous semblent dérisoires au vu des douleurs endurées et des tâches absurdes qu'elles s'imposent. Vie passée à densifier l'ascèse jusqu'à l'oubli de soi et la perfection - état auquel rien n'est à ajouter ou retrancher. De la recherche de Dieu au devenir Dieu qu'est l'oubli de la recherche même - et l'oubli de Dieu.

L'écriture sobre et intensément descriptive, se nourrit des dits de ces Abba anciens, mais sans théologie aucune : comme s'il ne s'agissait que de retrouver le sens d'une vie sans la rattacher à la cathédrale absurde des mots que d'autres y auraient par la suite apposés - sainteté, trinité, etc. Seuls les démons ont quelque ici consistance, bien plus que les anges, ces démons dont Evagre le Pontique, qui fut disciple de Macaire l'ancien, a fait une théorie subtile où l'on peut lire autant de mouvements de l'âme rencontrés, pour le troubler, dans le cours de l'ascèse.

Et l'on ne sait dire - qui le pourrait ? - si Macaire trouve la vie sainte ou la vie des bêtes - ni si ces deux aspects ne sont que revers et avers d'une même pièce - ou la manifestation adventice et contingente d'un état qui passe toute description. Qu'importe : la vie de Macaire ne peut plus être la nôtre - ces temps sont passés où le corps importait si peu, et nous, qui nous vautrons dans la noosphère, aurions trop à sacrifier pour aller à dieu de cette façon-là. Sauf exception. As ever.

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