Le gardien du lieu

Avis sur Patte de velours, œil de lynx

Avatar Anne Schneider
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Aucun amoureux des chats ne peut résister à la couverture française, chez Babel, du livre de la Suédoise Maria Ernestam, « Patte de velours, œil de lynx » (2015), dont le titre original, « Öga for öga, tass for tass (Œil pour œil, patte pour patte) » (2014) laisse entrevoir plus explicitement une histoire de vengeance.

Sara et Björn emménagent dans leur nouvelle maison élégamment rénovée, au bord de l’eau. Un couple moderne, les pieds sur terre. D’ailleurs, Sara est spécialiste écolo de l’aménagement des jardins ; Björn, élégant, un peu plus hors-sol, travaille dans un bureau, qui le ramènera presque quotidiennement dans la grande ville qu’ils viennent d’abandonner. Tout se présente donc sous les meilleurs auspices, hormis pour leur chatte, Michka, terrifiée par le chat des voisins, gros matou à demi sauvage qui semble considérer comme sien le terrain entourant une maison restée longtemps inoccupée. Par bonheur, ses maîtres, Agneta, kinésithérapeute, et Lars, assureur, se montrent excessivement accueillants, ce qui promet un voisinage pacifique.

Au terme de la première partie de ce court roman d’une centaine de pages, le lecteur qui l’aura adopté dans l’espoir d’y dévorer une vie de chat risque de se trouver un peu déçu, tant les humains y occupent une grande place, dans une vie finalement assez bourgeoise, quoique campagnarde...

La narration prend un brusque virage au contact de ces voisins plus singuliers qu’il n’y paraissait de prime abord. Le rythme devient plus haletant et les événements s’enchaînent, à la faveur du resurgissement d’un passé visiblement pas si passé. La clé n’est-elle que policière ? Ne touchons-nous pas aux rives du fantastique ? On regrette une fin peut-être un peu trop rapide, ou allusive, qui ne s’est pas trouvée suffisamment préparée par des jalons guidant après-coup l’interprétation...

Un petit livre qui n’est pas désagréable, donc, et où les chats tiennent un rôle de symptômes ou de vestales non dénué d’intérêt. Mais on se prend à rêver d’une adaptation filmique qui creuserait ce que la romancière a laissé inexploré.

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