Tu vas me raconter des... histoires?

Avis sur Quelques minutes après minuit

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Conor est un enfant de 13 ans prenant avec ferveur son rôle de soutien auprès de sa mère malade. Il tient bon, prépare son petit-déjeuner, et montre même au quotidien une logistique du foyer digne d'un adulte.
Ce soir, quelques minutes après minuit, le vieil arbre au centre du cimetière à côté de la maison prend des allures de monstre. L'if prend vie et sera le partenaire terrifiant de rendez-vous nocturnes.

"Conor cligna des yeux. Plusieurs fois.
- Tu vas me raconter des... histoires?
Absolument, répondit le monstre.
Conor regarda autour de lui, incrédule
- Mais... en quoi est-ce un cauchemar?
Les histoires sont les choses les plus sauvages de toutes, gronda-t-il. Les histoires chassent et griffent et mordent."

Sa mère, atteinte d'un cancer, ne réagit pas très bien aux derniers traitements. Sa grand-mère vient pour aider la famille et même le père, parti aux États-Unis pour fonder une autre famille, reapparait pour quelques jours. Conor ne veut pas d'eux. Il est assez grand pour s'occuper de lui et de sa mère et puis ce père n'est pas venu depuis si longtemps, qu'a-t-il à partager avec lui.
Entre cette vie de jeune adolescent, solitaire au collège et presque adulte à la maison, Conor se débat avec le désespoir, la honte d'être mis en marge des autres enfants, la tristesse de voir sa mère perdre ses moyens.

Mais le monstre ne lui fait pas peur, il s'en moque presque... le pire est bien le véritable cauchemar, la vérité, celle qu'il devra raconter à cette manifestation de bois.
L'if vivant vient et revient à 00h07. Les histoires se succèdent ainsi que ces rencontres menaçantes et c'est toute la méchanceté qui se redéfinit, se montre sous un regard neuf, là où on ne la percevait pas. Les émotions de Conor sont alors illustrées, exultées, remises dans le contexte et... assumées.
La vie n'est pas que justice, la vie ne se résolve pas par des rêves... grandir c'est aussi lâcher prise et ne pas se culpabiliser.

Jim KAY offre là des illustrations obsédantes. Des vues nocturnes, faites d'encrage, de gravures, de taches d'encre. Le tout est végétal mais plutôt griffant comme des branches à même la peau.
Ces images noires apportent la texture fantastique, un côté terrifiant, mystérieux et aussi une immensité qui dépasse Conor. Le monstre apparait ainsi sous une iconographie forte et perturbante. L'if aux mille noms, dont Cernunnos, Herne le chasseur, l'éternel homme vert, retrouve sa vitalité carnassière, son appétit de mort... et de vie.

Court roman qui se lit en une slave, une slave d'angoisse, de tension, d'émotion.

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