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Le problème de Nabokov, c'est qu'on a vite l'impression d'en avoir fait le tour. Le vrai problème, c'est que ce n'est pas seulement de sa littérature que l'on a fait le tour, mais surtout de lui-même, Vladimir, en tant que personne.
Quatrième roman que je lis, et j'ai l'impression d'avoir assisté, petit à petit, à un glissement : du personnage à la personne. Humbert Humbert (Lolita) semblait assez éloigné, Hugh (Transparent things) ne pouvait que s'en rapprocher, le roi-universitaire de Pale Fire commençait à lui ressembler drôlement, et là voilà que Vadim, écrivain, universitaire, russe qui a vécu en France puis aux USA, ne s'en cache même plus : essayant de se rappeler de son nom, il décline les "Nobotov" et autres sonorités voisines. Écrire sur soi, oui, pourquoi pas, mais ici on se trouve surtout face à une réalité difficile : Nabokov semble être un joli connard mégalomane, qui ne sachant plus comment décliner ses autobiographies biaisées a finalement décidé d'écrire ici la vie inintéressante d'un génie (discutable) russe. Quand ses autres romans avaient le mérite de nous intéresser à la vie de ses personnages, c'est ici dans un ennui profond que l'on écoute Vadim raconter sa vie. Je pense même que Nabokov le savait. Peut être trop flatté de la réussite, ou du moins conscient de l'excellence de son Lolita, les références à son propre roman se multiplient, et nous oppresse même un peu, comme un appel narcissique d'un Nabokov qui se regarde écrire : "ok ce roman-ci n'est pas génial, mais rappelez-vous que je suis le père de Lolita".
Pour ce qui est de l'histoire en elle-même, encore un peu du réchauffé : du "je" et des problèmes psychologiques. Cette passion pour les maladies mentales (je ne pense pas que le problème de Vadim puisse vraiment porter ce nom, mais disons que oui.) est plutôt fatigante, pas vraiment intéressante, et semble même être un tour facile pour donner à son personnage une singularité qui devrait nous accrocher un peu plus à son devenir. De même de cette volonté de finir avec force. J'apprécie parfaitement cette montée qui vient avec la fin des livres de Nabokov, une certaine intensification de l'écriture, mais ce besoin de renversement, de twist, semble finalement n'être que conclusion facile.
On n'y accroche pas plus que ça : on voit juste un peu plus que Nabokov ne sait pas écrire l'homme, il sait écrire lui-même, et la singularité psychologique donnée à ses personnages ne semblent être qu'un moyen d'éviter d'avoir à écrire un personnage complet : Vadim n'est finalement pas grand chose d'autre que son incapacité à se retourner, et une fois cela posé, un semblant de personnalité, le champ est considéré libre pour le narcissisme aiguë.
Certes, tout cela est bien écrit. Mais n'exagérons rien. Bien écrit, pas génial, il n'y a pas l'équilibre nécessaire à une œuvre, il n'y a que des jolis mots.

(On m'avait prévenue, mais ça me fait très mal de constater cela de moi-même. Je continuerai quand même à le lire.)

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