Nekhlioudov ou le moralisateur tyrannique

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Le personnage principal, Nekhlioudov, est d'un égoïsme aristocratique, et partant, arrogant et malsain, qui m'indigne et me répugne. Derrière son envie de porter secours à Maslova pour se racheter de ses torts envers elle, de côtoyer les détenus et d'être leur porte-parole dans le but de défendre leur cause, et enfin de connaître le tiers monde et de percer à jour sa nature, il y a un besoin de porter jugement sur cette classe, qu'il considère par moment comme inférieure, vile et immorale ; besoin qui émane de sa nature délicate et habituée aux privilèges de l'aristocratie. Son intérêt porté aux opprimés s'oppose à la nostalgie - à laquelle il succombe dans ses moments de faiblesse - qu'il ressent au contact des prérogatives de sa classe, ses délices et ses plaisirs, sans éprouver aucun scrupule à s'en délecter. Il rejette son statut et sa richesse, en abandonnant ses terres aux paysans, point par conviction mais par obligation morale, afin de racheter ses fautes, réparer ses torts et, ainsi, apaiser sa conscience. Aussi, ne représente-t-il pas cette classe, de prêtres, de prêcheurs et de moralisateurs, qui, ayant succombé à une foi, manifestation absolue de la vérité et de la bonté, finit par exercer une forme de despotisme sur le peuple en exigeant de lui une soumission complète aux préceptes de cette foi, irréfutable à leur sens. D'apparence, Nekhlioudov est un homme avide de connaissances. Mais ses questions, d'apparence savantes et consciencieuses, à la quête de solutions et d'alternatives au régime politique en place, n'ont de soucis que d'établir des vérités absolues, ayant la prétendue ambition d'éradiquer les souffrances du peuple, de résoudre tous ses problèmes et d'instaurer la justice. Un lecteur non-avisé et superficiel se laisserait facilement séduire par l'attitude de Nekhlioudov et verrait dans son "sacrifice" une aspiration de nature noble, et dès lors louable, voire un modèle à suivre, étant le propre d'un prophète du peuple, à l'image de Jésus-Christ se sacrifiant sur la croix pour le bien de l'humanité. Ce sacrifice, cette faveur accordée au peuple, trahit un besoin d'aliéner et d'asservir l'humanité, si ce n'est envers une entité physique, au moins envers une entité métaphysique : Dieu. Au début de sa métamorphose, la cause que défend Nakhlioudov semble légitime - affranchir le peuple de l'emprise de la classe dirigeante, indifférente envers ses besoins et ses intérêts. Mais au fur et à mesure de cette évolution, de ce voyage initiatique, je découvre, à ma grande surprise, que Nekhlioudov n'a l'intention d'affranchir le peuple que pour l'asservir et le soumettre à une religion stricte et rigide (toute religion d'ailleurs l'est), dont l'un des enseignements prêche une sorte d'humiliation plutôt que d'humilité, où l'homme doit tendre la joue gauche lorsque quelqu'un le frappe sur la joue droite.
Que le maître change de nature, et de physique devient métaphysique, cela ne réfute point l'état de servitude auquel l'homme est subjugué, que ce soit volontairement ou par l'entremise d'un médiateur...

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