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On m'avait vendu Houellebecq dont s'est ma première lecture, comme un auteur brillant. On m'avait vendu Soumission comme une fable prophétique et contestataire. Je dois avouer être déçu, tant sur le fond que sur la forme.

I - Le fond

Sur le fond tout d'abord, le roman retrace l'histoire de François, professeur émérite de littérature à la Sorbonne, spécialiste de Huysmans, qui va suivre les prémices, le contexte, puis les premiers mois de l'arrivée au pouvoir de Mohammed Ben Abbes à la tête de la France, fier représentant du parti musulman. L'oeuvre est marquée d'un profond pessimisme interne au protagoniste, qui survit plus qu'il ne vit dans son quotidien monotone, ennuyeux et déprimant. La fatalité y tient une place prépondérante, notamment dans sa relation qu'il entretient avec Myriam, une de ses anciennes étudiantes, de 20 ans sa cadette, avec laquelle il redécouvre ses pulsions, ses envies, et même le sentiment amoureux. Hélas, comme bien des fois avant Myriam, elle finira par "rencontrer quelqu'un d'autre", faisant de François un éternel solitaire, déprimé par le non sens de la vie, tenté par le suicide. C'est que la vie de François semble être un long naufrage. Aucune personne dont il puisse se targuer de la considérer comme son ami, aucune relation sentimentale durable, une activité intellectuelle au point mort, ou lorsqu'elle s'agite, ne suffisant pas à relancer la machine de la vie dans cet être profondément déprimé, esclave de ses pulsions.

Il essayera pourtant de trouver dans la religion catholique, comme l'auteur dont il est le spécialiste, une voie d'évasion, un salut potentiel. Là aussi, il sera déçu : elle est une chose de bigots, contradictoire, et sans doute trop restrictive et infantile. François est un homme individualiste, égoïste, discret et intelligent. Il a besoin de rationnel. La religion catholique ne l'est pas assez. C'est d'ailleurs en considérant la religion musulmane comme logique qu'il décidera de s'y convertir. Elle ne fait pas fi des défauts et des différences entre les Hommes. Elle ne se targue pas de rassembler tous les Hommes autours de l'amour. La femme est inférieure, l'homme doit être un Alpha. Cette vision semble correspondre au ressenti de François, et c'est non en considération du dogme mais de la vision sociale qu'il décidera de se convertir. Certes, une nouvelle vie commence, mais François reste le-même.

Au fond, j'ai apprécié suivre la vie de cet homme. On apprend à le connaitre, à vivre dans l'intimité d'une personne fondamentalement intouchable : le solitaire, celui qui se ballade seul dans la rue entre son domicile et le Franprix, celui qui est célibataire, ou dont les couples sont autant de relations éphémères. Cet homme, égoïste, individualiste, reste attachant par son esprit rationnel, son intelligence développée : spécialiste de Huysmans, on peut ne pas avoir lu cet auteur et se délecter d'une si fine analyse. Ici la culture de Houellebecq se fait ressentir. Spécialiste de la vie en solitaire, on admire ses courtes analyses de personnages, de situations diverses.

Il est même touchant de le voir s'attacher à sa muse, Myriam. On espère pour lui un avenir meilleur. Finalement, regarde vivre une personne qu'on n'aura probablement jamais la possibilité de croiser à quelque chose de saisissant.

C'est bien la seule chose qui m'ait plus. L'autre volet, les faits extérieur au protagoniste, m'ont laissé sur ma faim. J'abordais l'ouvrage non sans a priori. Mais j'ai eu de la peine à croire en cette histoire de prise de pouvoir par les urnes par un parti religieux. Parce que ça semble impossible dans notre état de droit tout d'abord, mais aussi parce que l'histoire en elle-même contient quelques incohérences, quelques facilités dans l'histoire qui recueillent la bienveillance du lecteur pour les accepter.

Il est intéressant de voir que Houellebecq ne fait pas de morale dans sa description politique : il parviendrait même à convaincre le lecteur des bienfaits d'un islam modéré dans une nation méditerranéenne. Ici, je trouve le parti pris trop partial : l'Histoire nous montre ce qu'est l'islam, ce que sont les identitaires, et là où il existe un fossé colossal, il a fait l'amalgame.

II - La forme

Sur la forme, l'impression générale est mitigée : on ne peut pas dire qu'il s'agisse de grande littérature. Houellebecq fait tantôt usage d'un argo vulgaire, mais nous montre aussi une certaine virtuosité dans l'écriture. Le roman se lit donc très facilement. Sans doute cette facilité d'accès permet-elle une assimilation au personnage principal : on entre dans sa vie, on l'entend vociférer, jurer, réfléchir aux sujets les plus triviaux comme les plus intellectuels. C'est d'ailleurs un mécanisme qui m'a marqué par son ingéniosité : certains paragraphes mettant en scène la réflexion de François sont très longs mais seulement ponctués par des virgules, donnant l'idée d'une intelligence vive, rapide, faisant des déductions, des liens, des analyses pertinentes dans un style très aéré et furtif, accentuant la virtuosité intellectuelle du personnage principal.

Lorsqu'il aborde la thématique sexuelle, Houellebecq fait tantôt dans la bestialité, tantôt dans la sensualité, montrant ainsi tant le côté animal de certaines relations, que le côté sentimental et amoureux d'autres, en témoigne l'évolution des rapports qu'entretiennent François et Myriam.

En définitive, je regrette que l'analyse soit autant limitée d'un point de vue politique, alors que l'auteur semble en faire un point d'honneur. En outre, le style très facile d'accès laisse un goût de regret : tout va trop vite dans ce roman, surtout pour un personnage aussi solitaire que François.

Roro-blochon
6
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