Ballade dans l'horreur américaine (saisons 1 et 2)

Avis sur 50 States Of Fright

Avatar Red Arrow
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Bienvenue dans un tour d'horizon des légendes urbaines régionales les plus terrifiantes des États-Unis ! La plateforme de streaming Quibi se devait d'avoir sa propre anthologie horrifique pour rivaliser avec la concurrence et on peut dire qu'elle a su tirer son épingle du jeu en faisant appel à un des noms les plus emblématiques du genre pour la superviser : Sam Raimi. Un tel cinéaste à la patte si reconnaissable couplé au format étonnant d'épisodes de moins de 10 minutes (le principal argument de vente de la plateforme) ne pouvait qu'attiser une certaine curiosité...

SAISON 1 (6/10) :

THE GOLDEN ARM - Michigan (épisodes 1 à 3) :
La relation idyllique d'un couple est bouleversée par un terrible accident...
Avant toute chose, on peut déjà légitimement se demander en quoi le format très court prôné par Quibi sert la narration d'une histoire du "50 States of Fright" puisque cette première choisit de l'outrepasser en s'étalant sur trois épisodes (ce sera le cas aussi pour les suivantes). Les trois actes qui la composent en ressortent certes appuyés mais, hormis cela, la plus-value tient du néant absolu. Ayant personnellement regardé "The Fugitive" et "The Stranger" de la même plateforme, Quibi n'a jamais réussi à prouvé la pertinence de son format d'épisode à mes yeux -mise à part une consommation rapide- et "50 States of Fright" n'est visiblement pas parti pour me faire changer d'avis.
Ceci étant dit, cette anthologie horrifique a un autre argument de poids à faire valoir pour bien débuter : une première histoire mise en scène par son producteur prestigieux Sam Raimi (et écrite par lui et son frère Ivan) ! Transfigurée par la forte empreinte visuelle de son réalisateur qui n'a rien perdu de sa superbe en matière horrifique, cette légende du Michigan pose les jalons d'un séduisant esprit de vrai conte macabre qui, on l'espère, va habiter la série dans son ensemble. Le fond a beau n'être pas très original et agrémenté de facilités défiant toute once de logique (l'accident est d'une stupidité hilarante), la générosité d'effets et de clins d'oeil du réalisateur à sa propre filmographie (notamment dans le troisième épisode) ne peuvent qu'emporter l'adhésion avec quelques sourires complices. Le résultat est évidemment mineur encore une fois principalement à cause de sa durée et du caractère inconséquent qu'elle engendre en l'absence de plus amples développements -Travis Fimmel et Rachel Brosnahan parviennent heureusement à donner un peu de corps à leurs personnages malgré leur maigreur sur le papier- mais, ne boudons pas notre plaisir, Sam Raimi nous invite à nouveau à s'amuser avec lui sur son terrain de prédilection, cela devient trop rare pour que l'on refuse d'y participer !
6/10

BALL OF TWINE - Kansas (épisodes 4 à 6)
Une mère et sa fille à la relation conflictuelle s'arrête dans un coin perdu du Kansas pour y admirer l'attraction locale : la plus grande boule de ficelle de l'Amérique...
Ah, le fameux destin funeste d'étrangers de passage dans une petite ville américaine en proie à un lourd secret ! "Ball of Twine" applique toutes les ficelles (huhu !) de cette recette archaïque mais toujours aussi intrigante en un temps record ! Confirmant la bonne impression visuelle de l'histoire précédente, celle-ci réalisée par Yoko Okumura impressionne même par toutes les petites idées originales pour dérouler (re-huhu !) à l'écran l'étrange influence que subissent les habitants de cette ville. "50 States of Fright" a visiblement à cœur de rendre hommage à l'influence graphique de Sam Raimi avec modernité et le fait pour l'heure admirablement bien, même si l'affrontement entre Ming-Na Wen et Karen Allen autour de cette sombre affaire de ficelles en reste une fois de plus à des ressorts éculés du fait de sa courte durée.
6/10

SCARED STIFF - Oregon (épisodes 7 et 8)
Un homme amène le cadavre d'une mystérieuse créature à un taxidermiste...
Comme ses premiers instants insistent peu subtilement sur quelques indices, cette histoire se révèle hélas trop rapidement prévisible jusqu'en dans sa finalité cruellement ironique. Ryan Spindell a la bonne idée de compenser en dévoilant beaucoup de choses sur ce qui s'oppose à James Ransone à l'écran dans la deuxième partie (avec toujours cette volonté bienvenue de revenir à des effets spéciaux "réels" et non numériques) mais le résultat, tout de même amusant, est certainement le plus anecdotique que "50 States of Fright" nous ait livré jusqu'ici.
5/10

GREY CLOUD ISLAND - Minnesota (épisodes 9 à 11)
Pour être acceptés dans une confrérie, quatre étudiants doivent parcourir à pied et en pleine nuit l'île réputée la plus hantée du Minnesota...
Enfin un épisode qui sort un peu des standards stéréotypés/hommages au genre pour offrir quelques rebondissements inattendus avec une menace plus originale ! La ballade nocturne en forêt proposée par Adam Schindler et Brian Netto prend en effet une tournure franchement jouissive grâce à la nature très particulière de ses antagonistes se traduisant par une violence graphique dotée d'un sympathique second degré et par de nombreux petits détails dans certains décors/costumes afin de rappeler leur origine. Menée tambour battant et avec cette générosité horrifique qui est désormais la marque de fabrique de la série, la nuit de folie vécue par Asa Butterfield et ses compagnons d'infortune est sans doute -pour l'heure- l'histoire qui épouse le mieux le tempo effréné d'exécution qu'impose un tel format d'épisode.
7/10

DESTINO - Floride (épisodes 12 à 14)
À Miami, des policiers reçoivent un appel qui les amènent à pénétrer dans une bâtisse au cœur de la communauté cubaine de la ville...
La dernière histoire de cette première saison nous est rapportée sous la forme d'un found footage écrit par l'un des maîtres du procédé : Eduardo Sánchez, auteur du "Projet Blair Witch". Par le biais de caméras embarquées de ses héros policiers, "Destino" nous immerge dans la visite d'un bâtiment forcément pas très accueillant... et voilà. C'est hélas tout ce que l'on peut dire de cette faible proposition qui, hormis une imagerie folklorique efficace dans son troisième épisode, ne propose pas autre chose qu'une énième exploration de maison hantée liée grossièrement à un personnage. Un peu dommage que cette première salve de "50 States of Fright" se termine sur une note aussi banale.
4/10

SAISON 2 (5/10) :

ALMOST THERE - Iowa (épisodes 1 à 3)
Une jeune ingénieure doit vaincre ses terribles crises de vertige pour effectuer des réparations au sommet d'une éolienne lors d'une nuit de tempête...
Cette deuxième saison s'ouvre sur un véritable cauchemar pour toute personne ayant peur du vide ! Environnement inédit à l'écran (du moins, à ma connaissance), menace surnaturelle qui se joint aux hostilités et ascension périlleuse dont le danger ne cesse de s'amplifier, "Almost There" est une vraie montée d'adrénaline servant évidemment la lutte métaphorique de l'héroïne contre ses propres démons. Habilement mise en scène par le duo Scott Beck/Bryan Woods ("Haunt") grâce à une conjugaison grandissante du rationnel et de l'irrationnel à l'écran (la scène du train, quelle idée géniale !), cette première histoire réussit même à trouver le temps de rendre attachants ses personnages incarnés par Taissa Farmiga et Ron Livingston à travers leur amitié naissante durant leur périple. Avec sa note parfaite d'humour noir en guise de conclusion, "Almost There" ouvre brillamment cette deuxième saison et s'impose comme le meilleur segment de "50 States of Fright" vu jusqu'ici.
8/10

13 STEPS TO HELL - Washington (épisodes 4 et 5)
Trois enfants s'introduisent dans un vieux cimetière pour y enterrer leur hamster...
Auteur de "The Hole in the Ground", Lee Cronin fait décidément une méchante fixette sur les trous dans le sol en emmenant cette fois ces trois jeunes héros près d'une cavité infernale. Une belle ambiance à la fois poisseuse et malsaine ou d'habiles effets de montage (la première apparition, brrr !) rendent cet épisode agréable à l'oeil mais ne suffisent pas à faire oublier le côté classique de son propos, la culpabilité ressentie par le personnage de Lulu Wilson en premier lieu.
5/10

RED RUM - Colorado (épisodes 6 à 8)
Une visite guidée au Stanley Hotel, établissement qui aurait inspiré Stephen King pour le fameux Overlook de "Shining"...
On aurait tellement aimé adorer cette histoire parce que l'ombre vampirisante de Shining, la trop rare Christina Ricci en maîtresse des lieux et un milieu hôtelier toujours propices à de belles manifestations surnaturelles... Mais "Red Rum" passe complètement à côté du sujet autant par sa pauvreté de fond -tous les jeunes personnages insupportables se résument à de la chair à canon- que dans sa mise en forme franchement décevante. Sur ce dernier point, les apparitions de fantômes sont particulièrement ratées entre des effets ridicules et d'autres plus sobres mais reposant sur le jeu amateur d'enfants. Le retour de Christina Ricci -qui vole sans mal la vedette à tout ce petit monde- méritait tellement mieux que le pire épisode de la série.
3/10

DOGWOOD-AZALEA - Missouri (épisodes 9 et 10)
Une famille emménage dans une maison hantée par une petite fille...
Après "The Haunting of the Hill House", on peut dire qu'Elizabeth Reaser joue vraiment de malchance dans le choix de ses logements ! La menace qui la guette elle et sa famille est encore paranormale mais elle est ici bien plus oubliable que dans le hit de Mike Flanagan. "Dogwood-Azalea" est en effet une histoire classique d'amitié fantôme/humain aux conséquences forcément néfastes pour ceux qui se mettent en travers en sa route. Très banale en termes de contenu, la proposition réussit à limiter les dégâts grâce sa conclusion violente d'un côté et très poétique de l'autre en donnant tout son sens à son titre.
4/10

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