Chairs labyrinthiques ou l'art de la grande confusion

Avis sur A.I.C.O. Incarnation

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Netflix continue à produire à la pelle de l'animation japonaise et s'attaque désormais à un genre excessivement en vogue : le genre catastrophe. Bones est chargé de la production de l'animation, et il faut bien reconnaître les choses comme elles sont : le résultat est impeccable techniquement. L'abondance et la dureté des traits du character design sont tant un moyen usuel d'insuffler un sentiment de sérieux à une production qu'un énorme piège pour la constance de l'animation, qui précisément ici ne souffre d'aucun temps mort ; chaque plan est beau, impeccablement animé, parfaitement dessiné si l'on excepte quelques imperfections anecdotiques. Si le manque d'audace visuelle est frappant, la maîtrise technique impose le respect.

L'histoire reprend tous les poncifs du genre : l'humanité est assiégée par une forme de vie agressive tandis un groupe entend la sauver. Là où la série gagne et perd à la fois, c'est dans le caractère de son héroïne. Sa passivité agace, notamment car elle s'incarne dans une routine. Et bien qu'elle permette quelques écarts originaux en début et fin de série, une petite moitié des épisodes prend les airs d'un tranches de vie, sans pour autant permettre de développement pour les personnages, développement qui ne survient qu'à la va-vite en toute fin de série. Il en ressort surtout une banalisation grotesque du danger et des enjeux de la série, que l'on tend à perdre de vue.

Cependant, si la série agace, outre son héroïne, c'est surtout par son illisibilité et son écriture fantaisiste. L'anime semble s'amuser à mystifier son propos jusqu'aux tous derniers épisodes. Il s'agit délibérément de perdre le spectateur dans une bouillie de confusion, et de faire surgir à la toute dernière minute de grandes explications qui s'incarnent en explications absurdes au milieu d'un champ de bataille. De même, la série ne trouve d'autre moyen, tant elle peine à faire émerger son propos vers sa fin, que de faire apparaître des interlocuteurs incongrus pour justifier des dialogues explicatifs et pousse même le vice à faire parler des personnages seuls à voix haute.
Mais là où le bât blesse, c'est lorsque le spectateur prend conscience que ces grandes explications ne tiennent qu'à des conditions incongrues et irréalistes. La présence des Guillotines (d'immenses machines censées ralentir la progression de cette forme de vie), la présence d'autant de matières premières dans une zone supposée ravagée, la présence du matériel et des autorisations pour une mission douteuse, la présence d'équipements en parfait état de marche dans un climat apocalyptique ne sont que quelques signes qui éveillent le scepticisme : le propos en lui-même ne tient debout qu'à très grand renfort d'artifices et d'enfumage. C'est du fumigène organisé, rythmé inlassablement par des coups de feu qui se ressemblent, des situations qui se ressemblent, des personnages qui se ressemblent.
Ajoutons à ces grandes machineries un joli deus ex machina, quelques incohérences, du mélodrame inutile et voici toutes les bonnes idées de la série balayées. L'anime aurait sans aucun doute énormément gagné à faire plus simple, plus lisible : il possédait de quoi proposer un excellent divertissement et soulève certes des questions attendues, mais qui ne sont jamais dénuées d'intérêt. Néanmoins, à force de vouloir se donner des airs, morne et cristallisé : l'anime s'effondre. Il n'en reste plus rien que quelques éclats épars. À l'image de sa conclusion, c'est terminé et déjà oublié. Retour à la vie.

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