"You're so lost Philo..."

Avis sur Carnival Row

Avatar WeaponX
Critique publiée par le

Amazon annonçait une série avec en tête d'affiche Orlando Bloom (l'un des trois acteurs dont je pourrais voir n'importe quel projet) et l'envoutante Cara Delevingne que j'apprécie à chaque film depuis ses débuts au cinéma, malgré la vacuité de la plupart des projets auxquels elle avait pu participé jusqu'ici. J'étais conquis d'entrée, certain de regarder chaque épisode avec intérêt quel que soit le niveau ou le thème.

La qualité s'est révélée être présente, les thèmes abordés multiples et passionnants. Et une nouvelle fois, le petit écran a repoussé ses limites pour offrir une œuvre concurrençant le cinéma à ses plus belles heures.

Tout commence par la guerre

Comme beaucoup de grandes œuvres, Carnival Row commence après une guerre. La République de Burgue, allié des fées face au royaume raciste du Pacte, a perdu. Ses troupes se sont retirés du continent, laissant les fées à la merci des massacres et de l’annihilation.

Émigrant illégalement par centaines, se chargeant dans des bateaux tel du bétail prêt à couler à la moindre tempête, les fées fuient leurs terres natales pour trouver refuge auprès de leurs anciens alliés de Burges - auparavant majoritairement humain malgré une minorité fée reléguée aux tâches domestiques et aux travaux manuels. Pourtant, l'eldorado attendu leur fait défaut, car la sympathie de la Répulique se réduit à mesure que sa société subit les vagues de migrants.

Dans ce bourbier politique et social, nous suivons quelques personnages annexes afin d'élargir nos perspectives. La famille du chancelier (chef de l'exécutif de Burge), une autre famille bourgeoise de la haute société qui accueille dans son voisinage un critch (terme générique péjoratif pour désigner les différentes races de fées), un critch pas des moindres car richissime et qui compte bien s'imposer de force là où les us et coutumes le refusent. Enfin, nous suivons également la déchéance d'un domestique critch qui, sombrant dans la pauvreté et la misère, nourrit de plus en plus de rancœur à l'égard des institutions Burges. Certains de ces personnages auront leurs importances et se voient tous reliés à l'intrigue principale un moment ou l'autre. Ils servent pour autant surtout à appuyer les messages politiques et sociaux forts de la série.

Vie et mort d'un amour secret

Au centre de l'attention, on retrouve nos deux acteurs. Bloom n'a plus rien à prouver, dans sa carrière il a tourné des succès mondiaux, des films plus intimistes, de grandes fresques en tout genre. Arrivé à la quarantaine, il a toujours sa beauté parfaite, mais désormais son visage n'a plus les traits de jeune premier de Pirates des Caraïbes, il s'est durci au cours de la décennie passée. En somme, il a tout pour incarner des hommes mûrs qu'on ne date pas, et à travers lesquels il peut exprimer tant de choses. Il était grandiose dans Zulu, brillait par son charisme en une seule minute de Dead Men Tell No Tales, et offre une prestation magistrale dans Carnival Row. Qui est-il? Au début ce n'est pas très clair. Un certain Philostrate, inspecteur, ancien soldat, solitaire et soucieux de son travail. Sa principale caractéristique étant que dans un milieu profondément raciste, où un critch mort n'est pas vraiment une affaire de première importance, il essaye tant bien que mal d'apporter la justice aux fées dans la capitale.

Cara Delevingne se voit enfin offrir un rôle avec suffisamment de profondeur pour briller. A 27 ans, la mannequin star s'impose, après avoir bataillé pendant des années au cinéma. Guerrière, fée, amante, confidente, elle passe d'une situation à une autre à chaque épisode, d'une prison à une autre, sans pouvoir ni se poser ni souffler, symbole de l'instabilité que connait son peuple depuis cette maudite guerre. Après des années à servir de passeur entre la terre des fées et Burge, elle choisit d'immigrer à son tour, avec pour seul baguage un livre et une photographie abimée de l'inspecteur Philostrate.

Volontairement les deux premiers épisodes restent floues quant à la relation qui unit ces deux figures. Le temps en particulier de poser un contexte plus général et également de résoudre une affaire de tueur en série. L'épisode 3 revient enfin sur cette histoire d'amour tragique dont nous n'avions que des bribes. Grandiose dans ses décors, son tempo et sa justesse, l'épisode aurait mérité le grand écran et un développement encore plus long pour pleinement s'apprécier. Il est déjà excellent en l'état, avec une romance particulièrement touchante, deux âmes qui se cherchent et se perdent, et il faut aussi le dire, une scène de sexe magnifique. HBO met du sexe pour respecter son quota, Amazon y recourt peu mais soigne les deux vraies scènes d'amour de ces 8 épisodes avec attention.

L'alchimie entre les deux fonctionne à merveille, même si elle n'illumine la saison que par touches, car ils sont la plupart du temps séparés voire sur le point de s'entretuer. Les scènes en prison à l'épisode 7 s'ajoutent aux réussites incontestables de Carnival Row.

A la poursuite du Darkasher

La véritable enquête policière démarre ainsi avec l'épisode 4. On rentre à partir de là dans une ambiance polar assumé, volte face intense par rapport à la romance qui baignait le début de saison. La démarche introspective de Philo atteint son paroxysme dans les épisodes 5 et 6 qui lui sont consacrés.

Il s'agit ensuite dans les deux derniers épisodes de rassembler les deux bouts de la série, de ramasser les indices laissés tout du long pour conclure. Si l'identité des coupables n'est pas compliquée à deviner à partir d'un moment, la question du mobile et du déclencheur restera passionnante jusqu'à la toute fin.

Les dix dernières minutes, rajoutées à un épisode final d'1h10, ouvrent quant à elles sur une saison 2 toute aussi intéressante que radicalement différente. Le ghetto de Varsovie prend ainsi place au cœur de la capitale de Bruge tandis que l’échiquier politique traditionnel explose.

La prophétie reste quant à elle en suspens, tandis que deux figures émergent. Le fils qui avait tout se dresse pour réclamer son héritage, celui qui n'avait rien choisit de ne pas répéter une nouvelle fois l'erreur de toute une vie.

Quand la forme s'allie au fond

Carnival Row, au-delà d'un cast parfait et de métaphores fantastiques pour parler du monde moderne, c'est avant tout une direction artistique incroyable. Des créatures magiques qui prennent vie à chaque épisode, une architecture victorienne omniprésente, une bande son qui entre souvent en résonance avec les émotions, une identité steampunk assumée.

Le clou du spectacle étant évidemment la race des fées ailées. Quel plaisir de les voir évoluer dans ces décors avec un tel naturel (à l'exception du duel nocturne aérien), de penser une bonne partie des scènes en 3 dimensions pour les suivre et voir le monde à leur manière.

Pour conclure, je dirais que Carnival Row rentre dans le cercle très fermé des séries qui m'ont fait pleurer.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 1521 fois
7 apprécient · 3 n'apprécient pas

WeaponX a ajouté cette série à 1 liste Carnival Row

Autres actions de WeaponX Carnival Row