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Charlotte est un animé assez particulier, comme tous les bons animés. Il est agréable à visionner de par la beauté de ses graphismes, l'humour qui ponctue les phases de rythme et les phases de détente, et les thèmes mis en avant.
Toutefois, son scénario, bien que cohérent dans l'ensemble et dépourvu de réels incohérences, grouille de facilités scénaristiques. Et pourtant c'est dommage, car les thèmes abordés dans cet animé auraient mérité un support scénaristique de meilleure qualité.

Une incohérence est une péripétie ou une révélation qui est en contradiction avec la trame de l'histoire exposée jusqu'ici. Charlotte ne souffre pas d'incohérences, chaque péripétie, chaque évolution psychologique du personnage principal, et chaque révélation forment un scénario cohérent, prévisible certes, mais bien construit.
Notre héros, Yû Otosaka, est un adolescent narcissique, calculateur et totalement imbu de sa personne, du fait de son pouvoir qui lui permet de prendre le contrôle de n'importe quel corps pour une durée de cinq secondes (enfin le croit-il au début), pouvoir qu'il se croit être le seul à en être doté, ce qui ne manque pas de provoquer en lui un sentiment de supériorité qui l'éloigne des autres. De plus, ce pouvoir a un aspect très individualiste. En effet, en ayant la possibilité de prendre le contrôle d'autrui, l'autre est réduit à un simple moyen, à un outil pour arriver à ses fins. L'aspect physique prédomine totalement dans son rapport avec les autres, il se désintéresse des sentiments ou de la personnalité des autres. En témoigne la raison pour laquelle il voulait sortir avec la fille la plus populaire du lycée au premier épisode, c'est juste parce qu'elle était la fille la plus populaire du lycée... Et pour aucune autre raison. Ce qui, de facto, caractérise Yû comme un personnage qui entretient des relations superficielles avec autrui, comme la plupart des personnes qui se sentent supérieures.

Le premier basculement psychologique survient lorsqu'il intègre le BDE. La première partie de l'animé, Slice of life, ne sert pas seulement à introduire les personnages. Elle sert à faire apprécier à Yû (et donc indirectement au spectateur) le goût des relations authentiques, des moments joyeux dans une atmosphère paisible et innocente. La deuxième partie de l'histoire, plus rythmée et plus dramatique, a pour objectif, du moins en partie, de faire regretter à Yû et au spectateur cette ambiance insouciante de la première partie. Yû veut protéger ceux qu'il aime, et non plus agir que pour lui-même.
En passant du temps avec ses amis, il s'est attaché à eux sans qu'il ne s'en rende compte. C'est pour cela que suite à la perte de sa sœur, celle qui l'a sauvé et remis sur le droit chemin n'est pas la fille qu'il a draguée dans le premier épisode (se faire jeter comme une malpropre était apparemment la seule raison d'exister de ce personnage), mais c'est bel et bien Tomori, celle avec qui il a crée des affinités durant quelques temps, et qui a été capable de le soutenir dans son deuil. C'est en découvrant l'amour, du fait de se sentir aimé et soutenu, que Yû opère une évolution qui le fait passer d'une crapule à un homme valeureux prêt à risquer sa vie pour autrui. Son cheminement psychologique suit parfaitement l'évolution des enjeux de l'histoire : L'histoire se centre d'abord sur lui, puis sur sa vie de lycéen, puis sur l'avenir du Japon avant de finir sur l'avenir des Espers de la planète entière. D'abord il ne s'intéresse qu'à lui-même, puis à ses camarades, et parce qu'il se sent aimé et soutenu par Tomori, l'amour va le porter vers un altruisme sans limite. Le dernier épisode est la touche finale de l'évolution psychologique du héros, il sauve le monde, rien que ça !
Les autres personnages souffrent d'un développement bien trop superficiel, mais celui de notre héros s'accorde en tout point avec les étapes scénaristiques de l’œuvre. En ce sens, Charlotte est avant tout un animé psychologique. Et pour toutes ces raisons, le scénario est porteur d'un message on ne peut plus clair : L'amour reçu nous encourage à en donner davantage, et c'est parce que nous sommes soutenus et que nous sommes aimés par quelqu'un, que nous sommes capables d'aimer à notre tour. Vivre dans une société individualiste où tout le monde ne chercherait que son propre succès serait une société ne laissant que très peu de place à l'amour. Le message de Charlotte est que vivre pour autrui est le vrai sens de la vie, et que pour vivre pour autrui, il faut être aimé pour pouvoir aimer.

Toute la beauté et la cohérence de l'histoire est ainsi démontrée. Toutefois, l'anime souffre de facilités scénaristiques. Il ne s'agit non pas d'incohérences, mais de choix scénaristiques dont la logique et l'enchaînement sont grossiers et forcés par l'auteur. Ces facilités scénaristiques dénotent souvent une réalisation bâclée. En effet, la deuxième partie de l'histoire qui commence avec la mort de la sœur du héros, rassemble des tournants et des révélations de manière maladroite. Par exemple, Tomori apparaît devant Yû pour le faire revenir à la raison suite au décès de sa sœur, cela seulement quand il s'apprêtait à renifler de la drogue. Pourquoi seulement à ce moment là ? Il a sombré dans la folie vraisemblablement durant plusieurs semaines, il a tabassé des gens, les a torturés avec sadisme, mais Tomori l'observait sans intervenir avant qu'il ne se mette à se droguer. C'est absurde. Il s'agit là d'une facilité scénaristique, ayant pour but de montrer le héros sombrer suffisamment longtemps dans la folie, pour créer au spectateur un sentiment de soulagement renforcé lors des retrouvailles avec Tomori.

Deuxième facilité scénaristique : Yû retrouve non pas la mémoire de sa vie présente, mais carrément la mémoire qu'il avait avant la première remontée dans le temps de son frère, soit ses souvenirs qu'il avait dans la première réalité. Et ce, en écoutant un live de la chanteuse dont il était fan dans cette première réalité... Pourquoi pas, sauf que ce n'est qu'à ce moment précis que le mec aux cheveux longs apparaît visage découvert pour le guider vers son frère, afin qu'il puisse sauver sa sœur en faisant sien du pouvoir à remonter le temps... Pourquoi ne l'avoir emmené vers son frère qu'à ce moment-là ? Pourquoi avoir attendu si longtemps pour le rencontrer ? D'autant plus qu'il n'était pas prévu qu'il retrouve la mémoire et que son frère lui a de toute façon tout expliqué après... Juste une facilité scénaristique pour repousser certaines révélations vers la fin de l'animé. Sinon, l'animé n'aurait duré que 5 épisodes pour raconter la même histoire.

Dernière facilité scénaristique que je soulèverai ici : Le kidnapping de Tomori et du mec aux cheveux longs par de méchants hommes d'affaire. Ce kidnapping est survenu peu de temps après que Yû ait remonté le temps pour sauver sa sœur. Mais alors pourquoi ce kidnapping n'a pas eu lieu dans la précédente réalité dans laquelle Yû a perdu sa sœur ? La mort de sa sœur et l'apparition des ces gens mal intentionnés n'ont apparemment aucun rapport entre elles, donc pourquoi ce kidnapping à ce moment précis ? Il s'agit là presque d'une incohérence. Bien entendu, il s'agissait là de renouer un lien entre Tomori et le héros. En effet, Tomori et Yû étaient tombés amoureux suite à la mort de sa sœur, mais comme il a remonté le temps, les sentiments de Tomori ont disparu, tandis que ceux de Yû restent intacts. Difficile de développer la trame amoureuse dans ces nouvelles conditions ! La solution : pas le choix, facilité scénaristique, on fait intervenir les méchants (alors que théoriquement, ils n'ont rien à faire là) pour que Tomori se fasse kidnapper, puis pour qu'elle se fasse sauver et que ses sentiments renaissent. En même temps, faisons mourir le mec aux cheveux longs pour provoquer une nouvelle rupture psychologique qui poussera le héros à prendre sa résolution ultime : sauver le monde et ensuite retrouver sa bien-aimée. Même si la fin est belle et que le scénario reste cohérent, s'il on zoome sur les ficelles scénaristiques de l’œuvre, les facilités scénaristiques nous sautent aux yeux.


Pour conclure, Charlotte reste une belle œuvre que je recommande chaudement. Elle n'est pas un chef-d’œuvre de la japanimation à cause de ses facilités scénaristiques trop grossières et trop nombreuses. Mais pour le beau message que veut nous transmettre cette œuvre, et pour la construction de la narration qui colle à merveille avec le développement psychologique du héros, Charlotte restera dans ma mémoire comme un très bel animé.

Henzo
7
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