Des grosses ficelles qui font du bien.

Avis sur Derek

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Il y a d'abord eu beaucoup de réticence à l'idée de commencer cette série. L'histoire d'un autiste au beau milieu d'une maison de retraite elle-même perdue sous le ciel gris de l'Angleterre...comment vous dire...présenté comme ça j'avais plus envie de me faire exploser les noix par une machine à courber les bananes. Mais c'était tout de même une série écrite par Ricky Gervais et Ricky Gervais v'voyez, c'est un peu un de mes dieux d'athée convaincu. Alors puisque The Office, Extras et compagnie sont quelques-unes de mes bibles comiques j'ai laissé une chance à ce Derek tout sauf sexy.

Il faut le dire d'emblée, le pilote (qui est VRAIMENT un pilote) est magnifique tout en parvenant à condenser en l'espace de 25 minutes tout l'esprit du reste de la série. C'est drôle à la sauce Gervais (intelligent, gênant, jamais à se taper le cul par terre) avec en plus cette fois une composante émotionnelle voire dramatique qui enrôbe le tout avec plus ou mois de succès.

Car Derek est au personnage positif ce que Dark Vador est au gros salopard. Une sorte de figure absolue, archétypale, résumant à lui-seul tout ce que les termes de "gentillesse", "bonté" ou encore "générosité" peuvent contenir de sens. Il faut bien le dire cependant, on est tout de même plus habitué aux grands méchants qu'aux grands gentils et Derek, avec ses bons sentiments perpétuels, peut sembler manquer de nuance voire de finesse. Et même moi ça a pu me gêner, toutes ces grosses ficelles, toute cette guimauve, tous ces personnages qui ne sont là que pour passer des messages, donner des leçons, expliciter un propos. Derek n'est pas un personnage profond, Derek n'est pas foncièrement une série intelligente. Mais Derek est une série bouleversante.

Oui, je l'admets, la première saison (je n'ai pas encore vu toute la saison 2) m'a foutu les larmes aux yeux parfois, les frissons souvent. J'étais pas spécialement fier de tomber devant des pièges gros comme le cul de Nik le Ménage mais une partie de moi, plus influente visiblement, ne cessait de me répéter que dans ce monde de merde, dans cette époque de merde que l'on vit on a quand même bien besoin de ce genre d'histoires pleines de bons sentiments, de bonté, de douceur. La légère composante "étude sociale" de ces travailleurs pauvres et acharnés n'était en outre pas pour me déplaire. Bref, Gervais balance sa "kindness" à la sulfateuse et pour une fois que c'est ça qui sort d'une sulfateuse bah j'accepte de tomber au front.

Derek est au final une belle série, formidablement écrite, superbement jouée (je fais partie de ceux qui adorent la prestation de Gervais en Derek), réconfortante et, passez moi l'expression galvaudée, importante. On peut pester sur le manque de nuance, sur le personnage de Kev qui ne sait faire rien d'autre que nous exaspérer ou sur l'utilisation une nouvelle fois du format "mockumentary" qui peut paraître légèrement usé à force, reste que le temps passe vite et que parfois, quand ça devient vraiment trop merdique dehors, on se verrait bien passer quelques jours à Broad Hill en compagnie du gentil Derek. Et pour considérer un coin pareil de l'Angleterre comme un refuge, faut vraiment que ce soit merdique dehors.

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