Encore un peu bleu cette cuisson.

Avis sur Dracula

Avatar Samuel Choron
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Nouvelle année, nouvelles séries. Netflix offre à Moffat et Gatiss le budget pour revisiter l'histoire (pourtant déjà poncée jusqu'à la moëlle) de Dracula. Vous l'aurez compris, l'heure est aux métaphores viandardes, vegans s'abstenir (non je déconne).

Après avoir signé 4 saisons aussi étonnantes que rafraîchissantes de Sherlock, Moffat et Gatiss veulent renouveler l'expérience d’adaptation d'un culte de la littérature et s'en prenne avec mordant (ça fait 2) au mythe du vampire transylvain (non, je ne parle pas d'LGBT elfique). La production Netflix se veut être une mini-série, à savoir qu'aucune suite n'est prévue (ce qui est plutôt logique au vu de la fin que je ne spoilerai pas). Nous voilà donc gratifiés de trois épisodes pour une durée totale d'un peu plus de 4h.
La première question qui se pose une fois passé le premier épisode d'une heure et demie c'est celle du choix de ce format. Pourquoi étendre la sauce sur 4h, là où le tout aurait pu tenir en un film de 2h30, grand max 3h ?. En effet, le deuxième épisode est à mon sens quelque peu dispensable et l'intrigue des deux premiers aurait pu être condensé en un seul.
La volonté des créateurs est une nouvelle fois de transposer un personnage bien connu de la littérature dans les temps modernes. Ce passage ne s'effectue pourtant qu'à l'épisode 3. Dès lors, tous les enjeux posés dans les deux premiers semblent bien superflus et si ce n'est démontrer la maîtrise technique des différentes époques et de leurs ambiances, le choix de ce métrage ne me semble pas forcément opportun.

Mais qu'importe c'est un point de détail, l'univers est plutôt bien retranscrit, tant dans les personnages que dans l'ambiance et la patte des créateurs se fait sentir donc ne boudons pas notre plaisir. (« bah pourquoi tu nous fait chier alors avec ton premier paragraphe alors ? » me direz-vous. Parce que j'a »ime bien me poser des questions » vous répondrai-je).
Certains choix scénaristiques sont osés, notamment sur la place qu'occupe Miss Van Helsing (oui, oui vous avez bien lu) ou encore sur le portage moderne des personnages de Jack et Lucy.
Dracula quant à lui est impeccablement interprété par Claes Bang, absolument glaçant mais aussi étrangement attachant.

Concernant l'intrigue, il est difficile d'en parler sans spoiler mais les 4h de show se suivent sans sourciller. Les événements principaux de l'oeuvre sont respectés, parfois tellement dans le premier épisode que l'on s'interroge sur l'intérêt de cette nouvelle adaptation. Les enjeux prennent vraiment de l'ampleur à partir de la fin du deuxième et il est même plutôt triste de les voir si rapidement expédiés dans l'épisode 3, tant il y avait à faire et à dire avec ce Dracula vivant dans un Londres moderne.

C'est le principal défaut de la série : la gestion de son rythme narratif. Si le personnage de Dracula est tout d'abord dépeint comme sanguinaire, il prend de l'épaisseur plus tard (la viande ça fait grossir m'voyez), sans pourtant aller au bout de ce qu'il aurait pu être. De même, le deuxième épisode, sous des faux airs d'Agatha Christie dans sa mise en scène, apporte bien peu si ce n'est de la charcutaillerie (oui c'est un vrai mot) à répétition de la part du vampire. L'ensemble n'est ni effrayant (Dracula prenant des poses parfois même un peu ridicules), ni enrichissant et c'est bien dommage.
C'est la conclusion de la mini-série qui en pâtit dès lors. Cette dernière, bien que poétique, vient de trouver des résolutions un peu à la « vla que j'te pousse ».

De manière anecdotique, çà et là Gatiss et Moffat font quelques références à leurs anciens travaux (mention spéciale à celle concernant Sherlock) ce qui n'est pas pour déplaire tant le fan-service est discret (JJ Abrams si tu m'entends).

On sent que les créateurs avaient surtout envie de s'amuser sans s'engager sur plusieurs années de production (coucou Sherlock saison 5 qu'on ne verra peut être jamais), revisitant donc de manière un peu bâtarde, mais néanmoins agréable, le chef-d'oeuvre sanglant (c'est la dernière) de Bram Stoker.

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