Machiavéliens en plastique, levrettes carabinées et twists d'acier

Avis sur Game of Thrones

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Game of thrones s’annonçait être la nouvelle grande série de référence, le retour en force d’HBO après quelques années de latence. Elle portait à l’écran un classique de l’heroic fantasy, mâtiné de géopolitique, dont la cruauté et la complexité allaient reléguer Lord of the rings au rang de sympathique conte pour enfant. Et le pari est en partie réussi : la série impose un univers original à une vaste audience, elle mise sur le jeu d’échec plutôt que sur les codes de l'action, et son succès mainstream jure avec les produits très formatés qu’elle côtoie sur les étalages des blockbusters sériels.

Originale, la série l’est jusqu’à un certain point. Elle se rate, à mon avis, en conservant les pires manies des grosses productions. Tout d’abord, la série n’égratigne pas vraiment le manichéisme habituel des récits de guerre. Elle en donne l’impression en en mettant plein la gueule aux « gentils ». Pour le reste, même si tous les personnages sont stratèges, on retrouve quand même le bon vieux dégradé qui va du vice à la vertu :

On a les vrais machiavéliens (Tywin Lannister, Ser Walder Frey) et les grosses ordures sadiques (Joffrey Baratheon, Viserys Targaryen), les premiers prêts aux pires bassesses pour protéger leur intérêt et leur honneur et les seconds gros pervers psychotiques qui ricanent en dépeçant des chatons... C’est grosso modo le camp du mal.

En face, on a les gentils humanistes, qui font la guerre au nom du « greater good » (la grande Daenerys « I had a dream » Targaryen et son idéal de libération des esclaves et d’abolition de la domination), qui ont de l’humour et de l’empathie (Tyrion Lannister) et qui ne souhaitent la guerre que pour rétablir leur droit et vaincre la tyrannie (les Stark, tous de gentils chevaliers).

Et entre deux, on a les faux méchants, ces salauds cachant leur cœur tendre sous une épaisse couche de vice : Ser Jaime Lannister (magnifié par sa jolie idylle avec Lady Brienne), Cersei Baratheon, ses amours contrariés et ses coups de pute pour protéger ceux qu’elle aime, Theon Greyjoy, égocentré ridicule mais pas mauvais bougre, qui se cherche un camp...

Cette liste peut évoluer au fil des saisons, les personnages pouvant migrer d’une case à l’autre, mais je pense que la tripartition pourrait se tenir.

L'impression de manichéisme est en partie cassée car les vertueux et les vicieux peuplent quasiment chaque camp, ce qui interdit au spectateur de véritablement en choisir un. Le fait que ce sont – dans les premiers temps au moins – les représentants du mal qui triomphent n’est pas si original. C’est une façon de prendre aux tripes le spectateur, de l’impliquer. C’est là la grande compétence des créateurs de cette série : lancer les spectateurs sur des fausses pistes, les faire s’attacher à de bons héros, avant de sortir l’énorme massue du twist et de faire un massacre pour le season finale. Pour qui n’a pas lu les livres, c’est effectivement très efficace, mais efficace comme grand spectacle, comme un jump cut dans un film à suspense qui sait vous faire sursauter, efficace comme un « effet ».

La complexité de la série ne vient pas tant du fait que les personnages soient profonds et difficiles à cerner mais de leur nombre : le casting est gigantesque, il est difficile de prévoir qui sera le grand gagnant de la guerre : cela peut être n’importe qui, la logique du twist, la loterie du massacre, s’abattant de manière imprévisible, personne n’est à l’abri. De plus, les personnages au potentiel héroïque sont nombreux : on a, entre autres, Bran Stark l’enfant infirme aux qualités christiques, Daenerys et ses imbattables (?) dragons, et une foule de petits personnages isolés et inoffensifs qu’on nous a habitué à voir triompher à la fin du film comme le gros underdog Samwell Tarly, l’intrépide Arya Stark ou le brave Jon Snow. Le suspense de Game of thrones, c’est un peu comme le suspense d’une scène de crime à vingt suspects.

Le pire, dans cette série, ce sont les tics narratifs repris à Hollywood : on nous ressert les violons dans de nombreuses scènes éloquentes et émouvantes, comme les multiples témoignages d’allégeance énamourés et héroiques autour de Daenerys Targaryen, qui un épisode sur trois déclame fièrement son statut de reine devant une foule tremblotante de suiveurs pleurant de joie. Tout au long de la série, on nous sort des dialogues surfaits, des discours ténébreux et lourdement éloquents, comme si les protagonistes avaient conscience de déclamer leur texte sur le plancher d’un théâtre. Autre tic, les scénaristes de GOT ont employé la méthode Starz (particulièrement lors de la première saison) pour s’assurer l’attention de leur auditoire masculin : ils proposent régulièrement à contempler des femmes nues, des scènes de sexe. La grande reine Daenerys Targaryen se retrouve à poil dans chaque saison et marque les premiers épisodes de la série par ses levrettes carabinées. Entre deux intrigues politiques, ça soulage l’esprit.

Pour toutes ces raisons, GOT n’est à mon sens pas une grande série. C’est une série inhabituelle, certes, et même très divertissante, mais qui étonne et surprend plus qu’elle stimule l’intelligence.

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