De la poésie à regarder par-dessus l'épaule des enfants

Avis sur Karakai Jouzu no Takagi-san

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Difficile de ne pas tomber sous le charme. L'ovale de la jeune fille n'est pas toujours parfait, mais elle sait charmer son collégial voisin de table avec l'enjolivement de la courbe de ses cheveux, avec ses grands yeux francs et profonds, et, car elle est malicieuse, sa façon de poser sa main sur sa tempe en inclinant la tête, la faisant même un peu rentrer dans ses épaules. Sa silhouette élancée, ses jambes en font un devenir de femme plein de promesses. Pour la séduction, le garçon n'est pas en reste, il a un côté Gosunkugi, mais, loin de la tête de mort bien hâve du personnage de Ranma 1/2, il garde les traits fins et a la tête ronde juvénile attendrissante même quand il veut prendre son air machiavélique. Il a un bon équilibre entre le côté ingrat et le côté irrésistible dans son physique, une magie très réussie. Le décor est également exceptionnel, un bord de mer, des terrains vagues, un milieu résidentiel paisible, etc.
Il s'agit d'une série humoristique, il n'y a pas véritablement de progression de l'intrigue, même si on sent que l'amour entre les deux pré-adolescents progresse au fur et à mesure. Les situations sont parfois très basiques, mais toujours avec une grâce, une touche magique et toujours avec une expression très fine des sentiments et des ruses féminines, car la relation est asymétrique. Les deux personnages sont tous deux très gentils, mais la fille est plus intelligente que le garçon et prend malicieusement l'ascendant. Il devient le martyr de ses taquineries continues, au point qu'il ne sait plus qu'être continuellement sur ses gardes. N'importe quel propos, n'importe quelle action, n'importe quelle situation, le voilà sur ses gardes. Il ne s'en rend même pas compte qu'elle est amoureuse de lui, et n'interprète pas correctement les rares occasions où elle lui laisse entendre ses sentiments, tant il est obsédé par la revanche qu'il a à prendre. Ce garçon voudrait qu'elle cesse de se moquer de lui, car il en souffre, il aimerait s'affirmer socialement en montrant que lui aussi peut charrier les autres et porter un instant les oripeaux de la supériorité en société, mais c'est peine perdue elle est bien plus forte que lui. Elle sait qu'il en souffre, elle en joue, mais cette cruauté est contre-balancée habilement, car le garçon finalement est très attachée à elle, l'accepte complètement pour amie, il ignore même qu'il en pince pour elle, sa pudeur créant la réserve nécessaire à cet âge. Et elle aussi est amoureuse de lui et elle reste très prévenante malgré tout. Ce garçon ignore en fait la chance qu'il a d'être aimé, mais en tant que pré-ados tous deux vivent ainsi leurs émois et s'en repaissent très bien. Après tout, le garçon n'a jamais jeté le gant, il accepte le jeu même s'il n'est jamais gagnant et en souffre beaucoup dans son amour-propre.
L'humour essaie de coller assez près d'un certain réalisme, avec par exemple le cas du manga favori du garçon "Un amour 100% à sens unique" qu'il ne veut pas ébruiter à tous, sachant qu'il est déjà désespéré d'avoir été deviné par Takagi, l'amie qui le taquine sans arrêt. Ce réalisme s'accompagne pourtant, et cela est identifié comme tel par le garçon dans l'animé, de jeux psychologiques aigus de la part de la fille. Il y a des jeux très intéressants sur les dilemmes et de savoureux rebondissements pleins d'à-propos dans les réponses de l'extra-lucide Takagi, même si le garçon joue aussi souvent de malchance. Il essaie de prévoir, d'anticiper les coups, les situations, il essaie de lui-même en porter, mais tout se retourne toujours mécaniquement et implacablement contre lui.
Les interactions avec les autres personnes de la classe sont peu nombreuses, mais nous avons droit aussi à des blagues en parallèle, moins efficaces, mais bien vues en termes de contrepoint, de trois autres filles de la classe toujours fourrées entre elles, dont une très sympathique mais peu maligne avec d'épais sourcils qui est aussi un troisième "charadesign" déterminant dans le charme de la série.
La vulgarité est assez bien évitée, même si, japanimation oblige, quelques blagues plus osées affleurent à l'occasion. C'est touchant et plein de grâce.
La série est constituée d'un peu plus d'une dizaine d'épisodes d'une vingtaine de minutes, chacun se subdivisant en quatre ou cinq gags annoncés chacun par des titres propres. Les formules sont-elles répétitives ? En fait, le caractère répétitif n'est pas problématique, c'est ce qu'on attend de la série. Il faut qu'un cadre revienne en continu, et au sein des schémas attendus les variations sont là et la finesse est toujours au rendez-vous. C'est le principe vieux comme le monde d'un tel profil de série comique avec en prime la profonde humanité qu'on sent émaner de tout cela.
Il y a évidemment aussi un côté déjà vu avec des élèves interagissant assis derrière leurs pupitres à l'école. Mais, les animés qui se déroulent dans des écoles peuvent facilement contraster entre eux. On pourrait tenter un rapprochement avec la série "Tonaki no seki-kun" (Séki, mon voisin de classe) que je recommande également, série de 21 épisodes de 7 minutes et quarante secondes. Dans cette autre série, nous avons la même situation d'un garçon et d'une fille dans le fond de la classe, aux mêmes positions respectives. Mais c'est le garçon qui dérange la fille par ses inventions et pitreries. Toutefois, alors que les situations dans Seki ne sont qu'humoristiques et supposent constamment que nos élèves sont assis devant des pupitres (avec à peine des variantes de classes et de dispositions des tables), dans Karakai Jouzu no Takagi-san nous avons des situations à l'extérieur de la salle de cours, à l'extérieur même de l'école, du mouvement, et un détail très fin de la psychologie amoureuse au tout début de l'adolescence. On ne fait pas que rire. On rit certes quand dans une cabine d'essayage Takagi fait comprendre à une autre fille qu'elle dérange un moment important avec un garçon timide en fixant habilement du regard une paire de chaussures devant un rideau. On rit, mais on apprécie la touche fine des deux filles qui se comprennent, des garçons qui ne voient rien pour deux raisons différentes, etc. Ce n'est même pas du tout le même humour avec les mêmes codes entre les deux séries, bien qu'elles soient toutes les deux excellentes et adoptent des profils d'exposition des intrigues partiellement similaires.
L'animé s'adresse aux enfants, mais il charme irrésistiblement les grandes personnes.

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