👉 20 mai : Mise à jour de notre journal de bord (qui devient hebdo)
Le bilan de la nouvelle version du site est accessible ici.

https://www.youtube.com/watch?v=m4msi2zc7iU
( Hautement recommandé de lancer cet audio en lisant )

Cela devait-être autour de mes 18 ans.
Cet innocent et risible accoutrement de chat obèse accompagné de son regard pénétrant allaient irrémédiablement changer ma perception de la création, me changer moi-même en fait.

Lasagna Cat, puisqu'il faut ainsi nommer l'Oméga créatif, cette "émission" est à mon sens la représentation la plus stricte de toutes les vertus et possibilités artistiques offertes par l'Internet.

Toute œuvre digne de ce nom se doit de posséder différents niveaux de lecture. J'irai même jusqu'à affirmer que c'est sûrement l'un des rares, si ce n'est le seul, outil permettant d'établir une hiérarchie légitime de la "qualité" ou de l' "intérêt" d'une chose.
Observez tous chefs d’œuvre vous venant à l'esprit, tous les magnum opus peuplant notre imaginaire. La Joconde, l'Étranger, les Livres Saints, La Liberté éclairant le Monde et tant d'innombrables autres. Le lien entre ces œuvres est leur capacité à être plus qu'une suite de mot, de couleurs, ou de tôles. Ce sont des messages, des sentiments figés sur la page, la toile ou la brique que nous devons opposer à nos sentiments volages pour les cimenter dans le réel venu de l'imagination créant ainsi le cercle créateur.

Donc oui, Lasagna Cat est une émission diffusée sur la plateforme vidéo Youtube, de 39 épisodes tous intitulés par la date de sortie du comics qui leur sert de base, qui adapte certains passages de la bande dessinée "Garfield" avec de véritables acteurs déguisés, avec une seconde partie de vidéo constituée d'une création déjantée sur une musique plus ou moins en lien avec la bande dessinée originelle.
Moyen.
Décevant même, diront certains, pour l'Oméga de la création artistique.
Mais c'est ici qu'intervient la fantastique et inégalable polysémie et la double (ou plus) lecture de Lasagna Cat.

Il y a d'abord cette touche d'humour anglais qui, si on y est un tant soit peu sensible, rend fascinante l’œuvre au premier regard. L'absurdité et l'humour noir. Voici les maître-mots rythmant cette aventure créative qu'est Lasagna Cat. Pour l'absurdité il ne me semble pas nécessaire d'avoir à l'expliquer, c’est après tout un homme dans un costume de chat obèse, et j'en suis soulagé car l’exercice de l'apposition de la pensée rationnelle et analytique sur la dangereuse matière absurde a à la fois quelque chose de rassurant et de profondément inconsistant car l'absurdité s'adresse avant tout aux sentiments. Conséquemment, même si l'absurde est lié à l'humour noir, comme ce dernier est moins évident que l'absurde a priori dans l’œuvre je vais essayer de le cerner autant que faire se peut dans un exemple issu d'un chef d’œuvre.
Dans 06/08/2001 Garfield fait remarquer à Oddie que le secret pour paraître attrayant est souvent dans les accessoires. Le ressort "humoristique" de l’œuvre originelle est simplement que Oddie décide de porter un sac en carton sur sa truffe en guise d’accessoire. De cette roche dure et terne Lasagna Cat va extrapoler et créer un diamant en imaginant un Oddie-star qui finit par se suicider, consumé par l'hybris de sa nouvelle célébrité dévorante. La scène se termine dans un enfer en flamme peuplé de Jon Arbuckle à plusieurs membres. Que l'on passe d'une assez mauvaise blague certes, mais surtout une innocente, à cet enfer dérangeant est déjà une démonstration brillante de la maîtrise que possède Lasagna Cat des codes de l'humour noir.
Mais pour que ce code humoristique puisse atteindre son paroxysme, il est constitutif de lui offrir un cadre maitrisé au détail près. Si l'on prend l'épisode cité précédemment, de nombreux stéréotypes dont on affuble les stars sont utilisés : deux hommes noirs musclés avec Oddie sur la plage pour symboliser la sexualité souvent débridée des stars. Mais il est encore plus intéressant de se pencher sur la façon dont ladite scène est filmée. C'est en réalité une superposition de photographies prisent de derrière des buissons, le lien avec les paparazzis est évident et renvoie à la nouvelle exposition médiatique qui frappe les célébrités. La musique utilisée est "Bad Romance" de Lady Gaga afin de souligner à la fois la relation toxique qui se développe entre Oddie et sa célébrité ainsi que la personnalité de Lady Gaga qui renvoie naturellement à l'incarnation même de ces stars qui, comme les étoiles, ne brillent un temps de mille feux que pour mieux disparaître. Du coté du montage, la séquence est rapide et rythmée pour symboliser la vitesse avec laquelle Oddie a accédé à la vie de stars mais surtout aux nouvelles épreuves qui la compose. Une maîtrise absolue donc.
Mais comment ne pas également aborder 10/20/1984 ? Ici c’est au tour de Garfield de vivre une expérience dérangeante. Il se promène quand soudain, horreur ! un miroir lui révèle que son reflet est en réalité Oddie ! Mais reprenez vos esprits, ce n'était pas un miroir mais un cadre ! Même si je devine l'hilarité générale et incontrôlable qui doit s'emparer de vous à la lecture de ce synopsis de génie, il me faut pourtant aborder la non moins bonne scène qu'offre ensuite Lasagna Cat. Ici les créateurs s'inspirent de l'ambiance des années 80 avec "In the Air tonight" de Phil Collins, des vêtements, coupes et voitures de l'époque. Même la caméra a un effet semblable aux VHS de l'époque. Viennent ensuite une série de plans sur la voiture de Garfield et Oddie dont l'ordre aura une importance plus tard. En effet ils finissent par atteindre une cabine téléphonique, Garfield appelle Jon, moment de pression indescriptible avant que Garfield comprenne que c'était un cadre et non un miroir. Retour en voiture, exactement les mêmes plans montés à l'envers pour donner l'impression d'un miroir, ils passent devant un hélicoptère baptisé "Crise d'identité" avant d’embarquer dans un bateau nommé "eisophobie", la peur de son propre reflet pour les profanes.

En somme, cette qualité scénique récurrente qui ferait pâlir nombre de réalisateurs sert l’humour noir en exacerbant les ressorts humoristiques originels mais rempli aussi un autre office à mon sens. S'il est sensible aux détails de la réalisation, le visionneur lambda ne pourra que se dire quelque chose comme : "Diantre, une telle virtuosité pour un si volage sujet qu'est ce chat en surpoids, on ne peut que rire devant une absurdité si bien agencée ! ! !"

Pour revenir à la polysémie antérieure, Lasagna Cat parvient à trouver un si juste milieu entre sa comédie constitutive et son horreur latente et fascinante que cela ne peut que forcer le respect, voir la vénération. Sans aucun doute le meilleur exemple de cette affirmation est le dernier épisode mais je ne vous en dit pas plus et vous laisse découvrir la quintessence de la subtilité sous les traits innocents de Jon l'affable, d'Oddie le benêt et de Garfield le mangeur de lasagnes.

Il nous faudrait d'ailleurs revenir à ce dernier épisode, "Sex Survey Result", vous entendrez ainsi mieux pourquoi en début de chronique j'écrivais que Lasagna Cat est la représentation la plus stricte de toutes les vertus et possibilités artistiques offertes par l'Internet. Au début de la saison 2 la chaîne invitait ses internautes à appeler un numéro et à indiquer leur nom et leur nombre de partenaires sexuels. Encore une fois je me refuse obstinément à vous divulgâcher cet épisode qui pourrait facilement avoir sa place aux cotés des plus grandes œuvres de notre histoire. Cependant vous aurez compris sans mal que cette vidéo a nécessité les capacités fantastiques de l'Internet pour lier tous ceux qui ont répondu à l'appel de Garfield. Et n'est ce pas là la marque de la compréhension de son temps, Léonarde de Vinci n'est il pas le maître des arts parce qu’il a compris et apprivoisé le clair-obscur ? L’architecture n'a-t-elle toujours pas suivie les progrès techniques pour que nous atteignons au plus vite les étoiles ?

Mais à la fin, qu'est Lasagna Cat ?
Lasagna Cat c'est un manifeste à part entière, le manifeste de la création affranchie de tout code superflu mais adamantinement fidèle à ceux qui lui donnent son éclat inégalable.Lasagna Cat ce sont les Jardins de Babylone sur la vieille citée décrépite, à la fois cachée et mystérieuses mais réservée aux rares élus. Lasagna Cat c'est une construction vertigineuse et belle dont la base n'est rien de moins que l’incarnation même de toute notre culture. Lasagna Cat c'est Babel qui rassemble mais point ne divise. Lasagna Cat c'est la toile qu'attendait nos sentiments pour peindre et figer à jamais l'imaginaire.
Dans mille ans nos descendants regarderont Lasagna Cat avec des technologies que nous n'envisageons même pas mais ils comprendront. Ils sauront tout ce que nous avons accompli jusque là, ce qui rythmait nos vies, ce qui rythmera irrémédiablement les leurs.
Dans les siècles des siècles un enfant verra un homme dans un costume de chat obèse sur un fond vert de fortune, Garfield fera une blague ; et il rira. Et ce rire transcendera le temps et l’espace. Je sais qu'il rira, son petit-fils saura que l'ancêtre qu'il n'a pas connu avait ri.
Qu'importe le temps qui passe.
Qu'importe les Hommes qui changent.
Il y aura toujours Garfield, le Chat aux Lasagnes.

antoniuslanus
10
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de coeur.

il y a plus d’un an

5 j'aime

Aucun résultat

Godzilla vs Kong
antoniuslanus
5

#Team kong ou Team Godzilla ?

La Toile ? Ravagée. Les esprits ? En ébullition C'est MAINTENANT que votre voix compte ! Teeeeaaaaaaaaaaaaaaaammmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmm KONNNNNNNNNNNNNNNGGGGGGGGGGGGGGGGGGGGGGGGGGGGGGGGGGG zilla...

Lire la critique

il y a 1 an

2 j'aime

Blade Runner
antoniuslanus
8
Blade Runner

Critique de Blade Runner par antoniuslanus

La pire scène de ce film est meilleure que les 70h de Cyberpunk

Lire la critique

il y a 1 an

1 j'aime

Le Daim
antoniuslanus
5
Le Daim

Un Dupieux sans divertissement.

"Aujourd'hui maman est morte, ou peut-être hier, je ne sais pas." Petite croquette pour mes tepos littéraires ;) Mais du coup rien à voir avec le film. Déso :( En fait ce film c'est un keum (le mec...

Lire la critique

il y a plus d’un an

1 j'aime

2