So Beautiful and So Dangerous

Avis sur Love, Death & Robots

Avatar Cinématogrill
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Love, Death & Robots est une série de 18 courts métrages d’animation disponible sur Netflix, mais n’entamez pas LD&R avec l’idée de découvrir une oeuvre dans la lignée de celles de son producteur David Fincher (Seven, Zodiac, Fight Club), pensez plus au réalisateur de la série, Tim Miller, qui a œuvré sur le premier Deadpool : violence décomplexée, parodie, pop culture et gags sous la ceinture sont au programme. Tim Miller ayant aussi commencé dans le jeux vidéo, Mass Effect 2 et le mmo Star Wars, le côté cinématique est assumé, chaque studio – un par épisode – déclinant à sa sauce un concept SF.

On ne va pas se voiler la face : c’est un truc de gros geeks par des gros geeks pour des gros geeks.

Si la firme qui donne des cauchemars à Canal + n’a jamais vraiment brillé pour titiller le bulbe de ses spectateurs, confier cette anthologie à Miller a quand même réussi à baisser le niveau intellectuel de ses productions originales. Alignant grosso-modo pendant trois heures des scènes d’action débridées avec un contexte réduit au minimum, la série t’annonce assez clairement son intention de venir débrancher les 2,5 neurones que Casa del papel a épargnés. Oh oui c’est teubé, régressif et violent avec des blagues de toto balancé par des contrefaçons de Mad Max à des ersatz de Terminator dans une ambiance de Starship Trooper du pauvre. Ça a beau se revendiquer de Metal Hurlant, le magazine BD (Bilal, Moebius, Druillet, Gal, Lob, la crème de la crème, la SF leur doit tout depuis 40 ans) mais surtout le cultissime film d’animation des années 80, il manque une véritable écriture et le format très court (une 10nes de minutes pour chaque segment) oblige à taper dans des gros clichés plutôt que de prendre le temps d’installer des personnages. On passe sur l’absence d’un B.O. d’anthologie. Même constat face aux Animatrix, la géniale compilation étendant l’univers des Wachowski, Love, Death & Robot a sacrifié sur l’autel de l’horreur et du gore toute chance d’installer une ambiance ou une histoire vraiment marquante. Itou pour Black Mirror, Twillight Zone et consorts, On n’est pas tout à fait sur le même public.

Alors certes il y a des exceptions, l’ambitieux Good Hunting ou Three Robots, La Revanche du yaourt et Zima Blue par exemple tentent d’un peu élever le niveau. D’autres transcendent leurs intrigues à twist cousues de fil blanc par une direction artistique au poil, je pense à Sonnie’s Edge et The Aquila Rift (adapté d’une nouvelle du même auteur que Zima Blue). Sonnie’s Edge et The Aquila Rift ont par ailleurs toutes deux bénéficié des concept art de Cedric Peyravernay, le lyonnais derrière l’univers des jeux Dishonored (son site claque au passage). A côté, on a des épisodes qui se répètent (Suits et Secret War), qui sonnent comme des mauvaises parodies (Helping Hand avec le film Gravity) ou des occasions manquées : on sent que Shape-Shifters essaye de porter un vrai message mais on se retrouve juste avec deux atrocités qui se mettent sur la gueule une dixième fois en l’espace de 2h de série.

Alors pourquoi on revient dessus ? Et bien parce que Love, Death & Robots est à la SF ce que la cacahuète grillée est à la haute gastronomie : pas vraiment le pinacle du genre mais hautement addictif quand même. Ces aventures format poche savent choisir leurs références, on peut dire de chaque épisode “c’est sympa ça me rappelle tel film ou tel film”. Si l’ensemble est faiblard, on a des saillies qui valent clairement le coup d’œil. Le format court et les directions artistiques souvent léchées évitent l’ennui, à peine commencé que l’on passe déjà à la suite et on se retrouve à enchaîner les 18 épisodes comme quand on était gamin et qu’on pillait le bac BD de la médiathèque du coin, tout content de voir pour la première fois des trucs bien irrévérencieux au détour d’un tome des Métabarons ou d’Aquablue.

Assumant son côté “niche”, c’est peut être la première oeuvre originale Netflix où je n’ai pas eu l’impression que ses créateurs avaient pour mission de pisser le contenu le plus chronophage que possible pour pousser le public à s’abonner un mois de plus, mais qu’au contraire ils avaient bénéficié d’une véritable liberté pour faire ce qu’ils souhaitaient. Pour amateur d’action décérébrée qui l’assume, Love, Death & Robot, à des années lumière de devenir un immanquable, à largement de quoi faire passer une bonne soirée.

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