Un bon délire pulp !

Avis sur Lovecraft Country

Avatar Philippe P.
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Rencontre entre culture geek et afro-américaine

Le premier point fortement appréciable, et qui sans surprise divise, c'est que la série assume à fond son message politique. Elle ne fait aucune concession sur le racisme de son époque et elle le balance frontalement au visage de ses téléspectateurs·trices. Le racisme est omniprésent dans la série que cela soit dans l'époque qu'elle décrit, avec bien évidemment de nombreux parallèles sur l'époque actuelle, mais également au sein de son fil rouge narratif. Basiquement l'histoire en toile de fond de Lovecraft Country, c'est l'opposition entre des descendants d'esclaves qui veulent récupérer un pouvoir monopolisé par une élite blanche qui les exploitent et qui ne pense qu'à son propre profit. Lovecraft Country aborde intelligemment différentes facettes de l'impact qu'à le racisme envers ses personnages : lutte frontale, haine de ses origines, volonté de se transformer, fierté, etc.… L'éventail de personnages est varié et suffisamment bien écrit pour refléter toutes ses dimensions et se raccrochant à plusieurs reprises à des événements historiques de la ségrégation. La série ne manque pas également de nuance parce qu'aucun de ses personnages n'est tout blanc dans son fond puisque parmi ceux qui subissent le racisme, certains sont vecteurs également d'autres oppressions : misogynie ou homophobie par exemple. La série aborde bien des sujets au-delà du racisme, on peut citer pèle mêle le féminisme ou l'homosexualité. Des sujets où ses héros, produits de leur époque, peuvent se comporter de manière horrible : c'est dur par bien des aspects, mais retranscris cette ambiance de souffrance sociale perpétuelle dans laquelle les protagonistes évoluent. La série montre habilement l'aspect gris de ses personnages nous les faisant apprécier, puis détester par une remarque ou une attitude tout aussi violente que ce qu'ils subissent. L'horreur de Lovecraft Country n'est pas uniquement visuelle, monstrueuse, humaine et sociétale. Ce qui amène naturellement dans le show beaucoup de tension puisque les menaces sont multiples et omniprésentes.
L'autre force de Lovecraft Country est sa capacité à renouveler ses concepts au fur et à mesure des épisodes. Chaque épisode possède sa propre ambiance et son propre monstre. Il y a un grand nombre de références à retrouver que cela soit dans des figures horrifiques classiques, dans de la science fiction ou même des références plus actuelles. Par exemple, un des épisodes fait fortement penser à Us de Jordan Peele, qui par ailleurs est l'un des producteurs associés de la série. Chaque épisode est une nouvelle aventure, ce qui permet à la série de ne jamais tomber dans un ventre mou et d'être dans un perpétuel renouvellement. Tout naturellement, cela donne une forte capacité à happer son téléspectateur·trice.
Cependant ce renouvellement constant d'ambiance laisse peu de place au fil rouge narratif de la série pour se développer. Il passe bien souvent au second plan et on a carrément tendance à l'oublier. Il n'arrive pas à être suffisamment fort pour happer l'attention. Il constitue véritablement le point faible de la série et c'est dommage parce qu'il avait matière pour être passionnant et intriguant. Finalement, on se retrouve à lancer l'épisode pour voir la nouvelle créature et non pour suivre la grande histoire.

Artistiquement impeccable

Pourquoi cet engouement sur les créatures du show ? Tout simplement parce que les effets spéciaux de Lovecraft Country sont impeccables de bout en bout. D'autant plus qu'ils ne reposent pas uniquement sur des effets numériques et la série utilise pas mal d'effets plastiques donnant une véritable dimension organique au show. En terme d'hémoglobine et d'ambitions, la série pousse les manettes à fond. Elle poursuit son délire jusqu'au bout. Cela gicle de partout, ça suinte, ça dégouline, ça découpe, ça tue : c'est tout de ce qu'on attend de ce type de série. Toutes les créatures et ambiances sont très inspirées et possèdent un véritable charme et une identité propre.
Le visuel est très bien accompagné par l'audio. Lovecraft Country dispose d'une bande-sonore délicieuse pour les oreilles et évidemment fait la part belle aux artistes afro-américains. Plus surprenant dans son choix c'est l'utilisation de musique anachronique pour son époque, on retrouve par exemple du Rihanna. De cette manière la série fait le lien entre les revendications et les figures passées et présentes qui se battent continuellement pour leurs droits. De la même manière, chaque épisode nous propose d'écouter en fond sonore des extraits de grands discours sur la question du racisme réancrant à nouveau la fiction dans la réalité.
Enfin un dernier point assez rapide sur les acteurs et actrices du show qui sont au top et arrivent à retranscrire à l'écran une humanité crédible de leur personnage respectif. Evidemment en premier lieu le duo principal constitué de Jurnee Smollett-Bell (Birds of Prey ; Underground) et Jonathan Majors (Da 5 Bloods ; Loki) qui contribue fortement à la réussite de la série. On peut également citer dans des rôles très intéressants Aunjanue Ellis (Get On Up ; Quantico) et Michael K. Williams (The Wire ; Assassin's Creed) malheureusement décédé récemment.

En conclusion, Lovecraft Country offre un excellent délire pulp qui va jusqu'au bout de son concept et se lâche pleinement. La série fait se rencontrer merveilleusement bien la culture geek et afro-américaine. On lance chaque épisode avec un plaisir non feint de découvrir le nouveau monstre que la série va nous présenter. Elle enrobe le tout d'un message politique fort, frontal et sans concession. Elle est également artistiquement impeccable tant sur le visuel que sur l'audio. Seul ombre au tableau, un fil rouge narratif assez anarchique et décousu qui n'arrive jamais à captiver pleinement ses téléspectateurs·trices.

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