Initions la stratégie de survie

Avis sur Mawaru Penguindrum

Avatar Algernon89
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Peut-on seulement parler de quelque chose que l'on adore sans spoiler à outrance ou devenir aux yeux des autres le fan boy chiant qui radote sans cesse pourquoi tel ou tel truc est hors normes ? En fait pas vraiment, ce qu'on aime on peut l'expliquer par des mots simples et créer une argumentation construite alors que ce que l'on adore au point de connaître la moindre réplique sur le bout des doigts, il devient nettement plus difficile d'en parler et d'exprimer les multitudes d'idées et de réflexions internes qui sont parvenues lors de notre premier visionnage. Car un excellent film ou livre vous laisse des souvenirs c'est indéniable, mais il y a toujours une masterpiece dans ce lot qui vous fera réfléchir encore longtemps sur la nature des émotions qu'elle vous a inspiré. Ce soir je m'attaque à mon animé préféré, tâche ardue qui me semble très compliquée mais qui je l'espère vous poussera à vous pencher devant le trop méconnu génie de Mawaru Penguidrum.

Je vais essayer de résumer le scénario bien que vous n'aurez qu'un léger aperçu de sa richesse dans ma critique. Nous commençons l'aventure en compagnie d'une charmante famille livrée à elle même, 3 adolescents qui sont Shouma et Kanba 16 ans, s'occupant de leur petite sœur de 13 ans Himari, petite fille toujours enjouée malgré une grave maladie incurable. Malgré leurs problèmes et l’absence de parents, les enfants vivent un quotidien fait de petits riens, de petits bonheurs qu'ils savourent le plus possible bien que tous sachent d'ores et déjà que ce petit paradis ne durera plus longtemps car malheureusement la mort de la petite Himari est programmée, il ne lui reste plus que quelques mois à vivre bien qu'elle s'efforce de sourire pour ne pas inquiéter ses frères. Au cours d'une excursion dans une exposition de pingouins, la jeune fille fait un arrêt cardiaque et se retrouve à l’hôpital et meurt peu après en laissant ses deux frères dans le désespoir le plus complet. Mais subitement, Himari se réveille ramenée à la vie par un étrange chapeau trouvé durant l'exposition. Le chapeau est possédé par un esprit appelé sobrement « esprit du cristal », il confie aux deux frères le soin de retrouver un objet appelé le « Penguindrum » susceptible de sauver définitivement leur sœur. Peu après Himari se réveille comme si de rien n’était, alors que Shouma et Kanba croient avoir rêvé, ils se retrouvent le lendemain accompagné de pingouins sensés les aider dans leur tâche. Leurs recherches les amènent à déterminer que le Penguindrum serait en fait un cahier pouvant prédire l'avenir, cahier détenu par Ringo une lycéenne en apparence normale si ce n'est son amour obsessionnel pour son professeur Tabuki qu'elle stalke nuit et jour.

Voila pour les grandes lignes. L'histoire se complexifie au fur et à mesure par le biais de multiples flash backs sur les personnages, parfois très courts mais pouvant prendre un épisode entier. Mawaru Penguindrum à ce niveau de maîtrise dans l'écriture de ne donner aucune information superflue, rien n'est dit au hasard et aucun personnage n'a pas une vraie place dans l'histoire. L'histoire donc, se révèle tourner sur un drame que l'on découvre petit à petit, celui de la mort de Momoka la sœur de Ringo. Les individus extérieurs n'ont pas de visage et les mouvements de foule sont représentes par des silhouettes blanches à forme humaines. La narration en devient presque intimiste, on est plongé dans les personnages tour à tour, on découvrent ce qu'ils ont vécu, ce qu'ils vivent, jamais on ne s'attardera sur des détails dérisoires ou des personnages qui n'ont pas de lien direct avec l'intrigue.

D'ailleurs en parlant de personnages, les visages que nous suivront seront avant tout des être humains à part entière contrairement aux personnages souvent lisses que nous voyons dans la majorité des animés. Ici, il n'y a aucun personnage en une seule dimension, ils ont tous leurs forces et leurs faiblesses, joies et tristesses, ils sont animés par une humanité rare pour un dessin animé. Car la mort de Momoka a plongé tout ces êtres humains dans une existence de deuil et de souffrances. Shouma et Kanba seront toujours renvoyés aux meurtres terroristes de leurs parents, bien qu'ils essaient de protéger leur sœur, les actes commis par leur famille les poursuit partout. De même que Tabuki qui malgré ses airs d'adulte sûr de lui et bien dans sa vie se révèle perdu et incapable de surmonter la mort de Momoka la seule personne qu'il n'ait jamais aimé. Ringo également qui essaiera d'épouser Tabuki contre son gré dans le seul but de rétablir l'équilibre de la perte de sœur et réconcilier ses parents. D'autres personnages graviteront eux aussi dans ce drame humain avec eux aussi la même ambiguïté et le jeu qui se joue entre les relations entre chacun est tout bonnement passionnant.

L'animé est mis entièrement sous le joug de l'émotion alternant moments de joie et moments dramatiques, alliant le comique aux révélations les plus glauques et les plus terribles. Il aborde beaucoup de thèmes graves comme la maladie, le deuil, la vengeance, le terrorisme et toujours de manière subtile tourne autour de l'idée d'un destin des individus. Les êtres sont -ils condamnés à vivre éternellement sur leurs fautes ? Ne peut-on sortir de ces boites, de ces quotidiens qui nous étranglent sans que l'on ne puisse rien faire ? Tout est-il déjà déterminé à l'avance? Par le biais de métaphores comme le Broyeur d'Enfants, l'auteur montre une société comme la notre qui délaisse complètement certains individus, qui les laisse face à la solitude froide et totale du monde. Oui, le ton est parfois gravissime dans cette série, on n'y va pas avec le dos de la cuillère, si 'lon prend aussi la comparaison entre l'histoire de la famille de Shouma et celle de Marie et ses trois agneaux, les personnages ont la sensation permanente d'être poussés par des forces qu'ils ne contrôlent pas, d'être jugés ou punis, d'être délaissés et trahis. Tel que le dit Sanetoshi, antagoniste principal et Némésis de Momoka, l’humanité s'est perdue dans des boites de plus en plus petites, et c'est dans cet espace ridicule que l'humain se force à se débattre de manière pitoyable. La série se présente parfois comme un étau tout à fait étouffant plongeant sans cesse notre petite troupe dans les tourments, s'élevant pour mieux retomber ensuite.

Mais Mawaru n'est pas un animé pensé pour vous ruiner le moral et vous étouffer face à vos propres doutes existentiels. Bien au contraire, il ferait économiser à plus d'un d'infructueuses et longues thérapies, car le thème central de cette série est la joie de vivre ni plus ni moins. Car vivre heureux passe par le renoncement et le renouveau, voilà tout ce qu'incarne Momoka personnage quasi divin de la série. Momoka dispose du don unique de changer le destin d'un individu mais cela ne peut se faire sans mal, à chaque fois qu'elle utilise ce pouvoir elle se retrouve blessée physiquement. Le destin peut changer, les choses ne sont pas fixées par l'éternité quiconque à la volonté de vouloir avancer trouvera le moyen de sortir d'une impasse. Mais cela ne peut se faire sans mal, c'est ce que signifie l'analogie des sacrifices endurées par Momoka, qui est un être appelé à ramener les autres vers le bonheur de vivre quitte à endurer mille souffrances. Les interprétations autour de ce personnages sont multiplies selon les croyances des spectateurs et beaucoup y voient des parallèles avec la Bible ou avec le Boudhisme. Personnellement je considère que la série fonctionne selon sa propre mythologie et philosophie, celles que véhiculent Momoka. Si elle aide les gens, ce n'est pas par complaisance mais parce qu'elle en a le pouvoir et un tel pouvoir lui donne la possibilité d'agir pour les autres. C'est là le cœur même du conflit l'opposant à Sanetoshi qui lui ne ressent que mépris pour l'homme. Deux personnes au même pouvoir mais tenant à l'employer différemment.

La série peut être naïve mais jamais niaise. D'abord les nombreux messages de la série se comprennent ou plutôt se ressentent à chaque scène. Impossible de deviner l'issue de chaque épisode ou de chaque rencontre entre les personnages, Mawaru Penguindrum est mystérieux et subtile jusqu’à la toute fin. Ne craignez pas une énième mièvrerie qui débarque avec ses gros sabots « la vie c'est ça alors soit heureux c'est tout tu peux rentrer chez toi ». Non ! Mawaru est au contraire le genre de série qui par l’honnêteté des émotions qu'il véhicule transmet un message simple, naïf peut être mais pur sur la vie elle même. Bien entendu, c'est aussi le genre d'émotions qui peut vous confrontez à des détails parfois sombres de votre propre vie mais l'air de rien, cette naïveté est amenée à vous interroger sur vous même et à essayer vous aussi d'envisager les choses sous un autre angle. Sommes nous vraiment coincés dans des boites, prisonniers de nous mêmes jusqu'à la fin de nos jours ou pouvons-nous encore changer et grandir ? Voilà le genre de questions que Mawaru vous fera vous poser. Et c'est pour ce genre de messages que je dit oui, mille fois oui au génie de cette série.

L'ost et tout simplement exceptionnelle. Est-ce que j'aurais autan apprécié la série sans cette bande son géniale ? Probablement mais peut être un peu moins car les pistes sont vraiment magiques. Les pistes tristes comme les pistes joyeuses. Le dessin aussi est vraiment chouette. La mise en scène également ponctuée de messages de metro à chaque changement de scène. Au niveau réalisation, à peine la série entamée vous savez immédiatement que vous tenez quelque chose de nouveau. Vous savez pas si vous allez aimer mais de fil en aiguille la curiosité vous pousse sans vous en rendre compte à aller jusqu'au bout.

Je pourrais encore tergiverser des heures sur le sujet, je pense avoir dit ce que j'estime être l'essentiel même s'il y a encore tellement à dire. Mais afin de pas vous gâcher votre plaisir par d’interminables explications je vous invite à découvrir cette série par vous mêmes.
Bon visionnage à tous et désolé pour le pavé.

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