A quoi sert le gars à moustache ?

Avis sur Mindhunter

Avatar Cosette Way
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Avant tout, la série demeure magnifique, déjà par le soin apporté à la photo, la mise en scène et le casting jusque y compris les psychopathes avec une préférence pour le glaçant Edmund (Cameron britton). L'ensemble invite à l'admiration, du soin de la reconstitution de l'époque à la psychologie des personnages tant dans leur jeu que dans l'écriture.
Vraiment tout reste de haut niveau et va générer une immense horde hystérique de fans hardcore qui auront pigé les douze niveaux de lisibilité et déniché le moindre easter egg cachés.

Pour autant, au risque de finir dans une cave glauque attaché à une chaise, j'ajouterais deux bémol principaux, sur le fond et la forme.
En effet, la forme comme souvent avec les productions Netflix, mais pas que, fait que les épisodes ne sont plus découpés comme avant. Généralement les pilotes étaient le moment où les personnages étaient introduit, puis l'intrigue ou la problématique générale était proposée. Ensuite, les épisodes s'enquillaient avec un final qui s'achevait par un cliffhanger. Je ne dis pas que c'était mieux avant, que c'est l'unique formule. Juste parfois, les séries Netflix de ce genre ressemble plus à de long films de dix heures découpés au hasard pour en faire dix épisodes d'une série. La limite de ne pas devoir ou se sentir obligé de découper l'histoire en chapitres clairs, chapitres divisés eux mêmes en trois temps, introduction, climax et résolution, c'est que le spectateur ne perçoit pas toujours les enjeux.
Mindhunter maintient son rythme, scènes relativement courtes, exploration des moments de vies des protagonistes, mais manque souvent d'enjeux durant certains épisodes et de montée dramatique globale. Manquer ne veut pas dire qu'il n'y en pas, juste que ce n'est pas assez intense et passionné. La saison qui fait office d'une sorte de prolégomènes d'un film de trente heures minimum.

L'autre point, le fond reste un peu plus problématique. Si l'idée de nous faire participer à l'histoire de la création de la cellule comportementale du FBI s'avère géniale sur le papier, le hic demeure dans la connaissance accumulée du spectateur. Chacun de nous a, en fait, une bonne connaissance des faits et gestes des "sérial killer" et des proflileurs. Les romans, les séries, films et reportages regorgent de nos petits amis du FBI et de leur Némésis les psychopathes. De Sherlock à Hannibal, de Freddy Krugger à l'agent Starling, etc.
Du coup, sans connaitre les détails, dates et faits avérés, nous avons, par cette "cultures", une bonne perception de ce que vont découvrir les agents spéciaux de cette série. Il manque donc l'effet surprise, qui aurait pu être compensé par la véracité des faits, l'aspect historique, "basé sur une histoire vraie"...
Nous avons tous vu, lu ou appris comment se comporte un psychopathe, alors nous sommes moins surpris que les protagonistes du show. Sans être blasé pour autant, je m'entends bien.

Ensuite, je pourrais chipoter sur l'aspect éclaté des épisodes, avec des moments trop brefs dans les familles pour construire vraiment des personnages solides notamment Wendy (Anna Torv), des enquêtes un peu rapide, trop rondement menées avec peu de suspects, des conclusions rapides, des enjeux qui reposent sur des peccadilles administratives et enfin une notion du déroulement du temps pas très clair (il se passe combien de temps durant la saison ?).

Comme je le précise de temps à autre, je suis autiste, c'est pourquoi, il est à noter l'analyse sur le site Les tribulations d'une Aspergirl qui démontre superbement que le sosie de Macron, l'agent spécial Holden pourrait être atteint du syndrome d'Asperger, bien que ce que soit pas mentionner explicitement dans les épisodes. C'était déjà le cas dans la version Us (et sans doute les autres versions française et suédoise) de The Bridge, avec l’héroïne qui avait un autisme de haute niveau, mais je sais plus s'il le mentionnait ou pas, en tout cas, il le martelait pas comme dans ce terrible Good Doctor.
Sans mériter, juste pour cela un entier revisionnage, cela témoigne toutefois d'une subtilité dans l'écriture et un soin des personnages (peut être même un hommage au véritable enquêteur ? Je sais pas.)

Pour autant, la série se regarde aisément, avec un vrai plaisir, mais se termine peut être avec un gout d'inachevée ?

A quoi sert le gars à moustache ?

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