Love Will Tear Us Apart... Again

Avis sur Normal People

Avatar Alx B
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Attention, risque de spoils !

Si de premier abord, l'histoire de "Normal People" peut paraître simpliste et déjà-vue, l'adaptation télévisée nous dresse avec sublimation et justesse rare, la relation complexe entre deux adolescents, étendue sur plusieurs années.

Irlande. Connell - lycéen timide, athlétique et charismatique, et l'intelligente et impopulaire Marianne, arpentent les mêmes couloirs du lycée. Un soir, Connell vient chercher sa mère à son lieu de travail; qui n'est autre que la demeure des parents de Marianne. Même s'ils viennent d'un milieu social différent, les deux protagonistes vont se laisser aller à leurs désirs les plus profonds.

Là où la série excelle contrairement à d'autres traitant sur le sujet de l'amour, des premières expériences, des incertitudes et ces lots de déceptions, c'est qu'elle ne cherche pas à nous faire languir devant le rapprochement naissant entre ces deux personnages, mais plutôt nous laisser spectateur - mais concerné, face à cette relation qui va se montrer être compliquée et douloureuse au fil du temps. Une relation avec ses hauts et ses bas, ses obstacles rencontrés, tout ce qu’il y a de plus normal, mais filmé avec subtilité, profondeur et élégance.
Le fait que la série se compose sur 12 épisodes d'une trentaine de minutes, nous permet de plonger intensément dans l'évolution de ses personnages tant personnel que professionnel.
La façon de les filmer avec des plans serrés, plutôt sobrement, est comme une invitation à rentrer dans leur esprit, à se mettre à leur place, face à leurs doutes, et ressentiments. De s'identifier aux personnages et comment il peut être difficile d’appréhender l’action de l’autre, ce que l’on ressent, veut ou attend... Les regrets, les remords, les actes manqués, les non-dits, les décisions prises regrettées ou non...

Si la série est si bien réussie, c’est grâce à son talentueux duo d’acteurs – Paul Mescal et Daisy Edgar-Jones, brillants dans leur rôle respectif. L’alchimie et la connexion entre eux est évidente et nous embarque passionnément dans leur aventure.
Bien qu’ils explorent différemment divers aspects de leur vie, le personnage de Connell est sans doute celui qui m’a le plus touché et ému. J’ai rarement vu un personnage masculin aussi finement filmé qu’ici, et j’aimerais qu’il en existe d’avantage comme lui. Il reflète l’image moderne d’un homme dans toute son humanité la plus franche et pure. Si on le découvre sensible, gentil et sociable, il n’empêche qu’on entrevoit ses failles et faiblesses intérieures, dictées volontairement ou non par son entourage. Il n’hésite pas à s’ouvrir entièrement, sans retenue face à Marianne et également sa mère, laissant pleinement ses sentiments s’exprimer avec une pudeur touchante. Il lutte avec ses émotions. Ça n’en est jamais ridicule ou pathos, bien au contraire, cela fait de lui un personnage terriblement émouvant. Même dans leur intimité, il s’assure toujours du bien-être et consentement de sa partenaire, n’empêchant en rien l’érotisme des scènes et de cette magnifique fusion des corps.
Si on peut peut-être trouver Marianne plus « froide », elle lutte également avec d’autres problèmes, sans doute plus profonds. Comment un cadre familial peut se relever toxique et influer sur ses choix personnels au cours de sa vie. Son évolution est tout aussi intéressante à suivre au fil des épisodes. Elle se révèle être forte, honnête, sensible, indépendante : une personne totalement entière et peut-être plus affirmée que Connell. (et absolument jolie !)
Sans trop en dévoiler, il est également intéressant de voir comment les rôles peuvent s’inverser à certains moments de leur vie, notamment lorsqu’ils arrivent à l’Université.

Entre les deux, il y a une intense complicité, et une attirance physique qui n’en découdra jamais.
Même si les scènes de sexe sont nombreuses, ce n’est jamais gratuit. Elles n’en sont en rien superficielles, inutiles ou vulgaires. Elles viennent intensifier le récit de ces deux personnages, indéniablement attiré l’un par l’autre, faisant basculer la mise en scène de manière charnelle, comme un pur acte d’amour qui lie simplement deux personnes.

Même si j'ai ressenti de la frustration par moments, par rapport à la façon de gérer leur relation, j’ai beaucoup aimé la façon de filmer ces personnages imparfaits, fragiles et touchants, sans artifices inutiles, avec délicatesse, juste ce qu’il faut pour qu’on y croit. De filmer l'amour, le vrai, dans sa plus grande simplicité.
Parce que c'est ça la vie, c'est galère, boiteux, frustrant et parfois, ça se révèle être un long processus d'accomplissement à tous les niveaux pour être enfin là où l'on devrait être.

Un coup de cœur, comme il y en avait longtemps.

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