Où est l'intrigue ? (Saison 2 : 3 sur 10)

Avis sur Stranger Things

Avatar Philippe P.
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Avis portant sur la saison 2.
Celui sur la saison 1, ayant une note de 6 sur 10, est trouvable ici : Stranger Things Saison 1

La première saison de Stranger Things m'avait globalement laissé de marbre. Si la série n'était pas détestable, restant largement regardable, elle n'arrivait pas à se démarquer de ses modèles et influences. Chaque épisode transpirait les références à outrances et l'utilisation de poncifs vu et revu. Très peu d'identité propre pour un melting pot beaucoup trop lisse et un final douloureusement épileptique.
On pouvait donc espérer qu'avec cette deuxième saison, la série allait pouvoir voler de ses propres ailes et réussir à se dégager de ses aînés maintenant que le cadre était installé. Que dire si ce n'est que finalement, elle aurait dû rester ce qu'elle était : un trip pour les vrais et faux nostalgiques des années 80. Cette saison 2 a été laborieuse à regarder de bout en bout. Pour plusieurs raisons : une intrigue inexistante, une écriture chaotique et des triangles amoureux.

Pourtant les premières minutes de la saison auraient pu annoncer quelque chose de neuf. L'esthétique était très différente, on se retrouvait avec une grande ville, un groupe assez disparate, une nouvelle adolescente avec des pouvoirs différents de ceux d'Eleven : tout sonnait comme un vent de fraîcheur. Sauf qu'une fois leur scène terminée, il faudra attendre l'épisode 7 (sur 9) pour les revoir. Le temps d'un épisode seulement, avant de disparaître à nouveau. Personnellement, quand tu ouvres le début d'une saison sur de nouveaux personnages, et dont tu sais d'emblée qu'ils sont liés aux personnages principaux de la série, tu en fais l'intrigue de ta saison. Pas une simple péripétie le temps d'un épisode. Quel intérêt d'ouvrir la saison sur eux dans ce cas ? La cohérence dans la construction de la saison et des épisodes ?

De la même manière, l'intrigue de cette saison n'est qu'une simple péripétie au final. Est-ce qu'elle nous apprends quelque chose de nouveau sur l'univers ? Amène-t-elle des changements notables aux personnages ? Prépare-t-elle quelque chose de plus grand ? La réponse à toutes ces questions est un non bien franc. Le fait qu'Eleven soit en vie ? On le sait déjà à la fin de la saison 1. L'existence d'autres enfants tests ? On s'en doute fortement au vu du tatouage d'Eleven et de son nom. D'autres Démogorgons dans l'Upside Down ? Qui ne s'en doutait pas ? Une grande présence maléfique ? Bof, la menace pas menaçante pour un sou et n'ayant que peu d'impact finalement sur le monde réel.
Le scénario ne s'emballe jamais, ne laissant que dérouler une succession de scènes sans aucune réelle intensité ou enjeu dramatique. Pour finalement ne rien révéler sur son univers ou même sur les personnages en eux-mêmes.
Comble de tout cela, la dernière scène de la saison révèle finalement que rien n'est réglé, le monstre étant toujours là et à l'affût. La saison n'aura donc définitivement servi à rien.

Venons-en donc aux personnages. Quand le seul ressort scénaristique pour faire espérer que les personnages évoluent sont des triangles amoureux, c'est que l'écriture du scénario n'était pas vraiment inspiré. Rien de plus insipide et fainéant que ce ressort du triangle amoureux. Dans cette saison, on a même droit à trois triangles amoureux. On est gâtés, dis donc. Alors je conçois que cela peut plaire à un certain public, et même l'émoustiller dans certaines conditions, mais quand cela devient le point névralgique d'une série dont ce n'est pas le sujet central, c'est problématique. D'autant que cela tourne très vite en rond.
Allez on peut éventuellement sortir de ce miasme, la relation entre Dustin et Steve qui fonctionne plutôt bien et prête bien souvent à sourire.
Cela dit est-ce vraiment mieux quand ils essayent d'écrire une psychologie et de la développer ? Ce n'est pas certains. Entre Eleven qui en un claquement de doigt passe en mode tueuse de sang froid, pour finalement se raviser ou Hopper qui est l'archétype d'une parenté et d'une relation toxique qu'on essaye de faire passer pour un homme bien. On devrait peut-être se contenter des triangles amoureux.

Finalement, ce type de personnage pratiquement glorifié ne devrait par surprendre plus que cela de la part des frères Duffer. Pourquoi ? Tout simplement, parce que ce sont des mecs qui se marrent et font porter le chapeau à une jeune actrice de 15 ans qui a vécu la pire expérience de premier baiser possible. Oui je parle de Sadie Sink, interprète de Max, qui raconte dans le petit making of Beyond Stranger Things qu'elle a été forcé d'embrasser son partenaire à la fin de la saison alors que cela n'était pas prévu dans le script de base. Les frères Duffer ont eu donc la brillante idée d'ajouter une scène de baiser après le malaise que cela avait provoqué chez l'actrice après une plaisanterie sur le sujet. Vous la sentez l'abus de puissance et de position de deux mecs sur une adolescente ?!

Sur les acteurs, je n'ai pas grand chose à dire. Ils jouent leur rôle correctement et confirment les impressions de la première saison, le jeu est présent, mais rien de transcendant. Il y a seulement Noah Schnapp (Le Pont des Espions) dans le rôle de Will que je trouve assez catastrophique. Lors de la première saison, son rôle était mineur et on y faisait pas trop attention, mais ici propulsé au premier plan, ça ne passe vraiment pas.
En ce qui concerne les nouveaux, Sean Astin (Les Goonies, Le Seigneur des Anneaux) est bon dans son rôle, même si ce dernier est assez inintéressant, si ce n'est qu'encore une fois c'est Sam le véritable héros de l'histoire. Sadie Sink (Eli) dans le rôle de Max est plutôt convaincante et a un personnage appréciable. Tandis que son frère Billy, interprété par Dacre Montgomery (Power Rangers), est un cliché ambulant n'apportant pas grand chose si ce n'est de faire référence aux films des années 80 ou aux écrits de Stephen King (et autres auteurs, bien entendu) chez qui ce type de personnage est récurrent.

Au niveau des effets spéciaux, on sent tout de même une petite volonté d'en faire un peu plus que sur la saison 1 et sur ce point c'est réussi. Mention spéciale au plan de la fermeture du portail et aux illusions créées par Kali qui font leur petit effet. Enfin en terme d'ambiance musical, rien de bien nouveau, on trouve toujours les mêmes sonorités de synthé (dans les compositions originales), mais jamais rien de marquant si ce n'est le thème principal, mais on le connaissait déjà de la première saison. Cela dit cette deuxième saison a dû bénéficier d'un budget droit d'auteur assez conséquent, au vu du nombre de musiques pré-existantes utilisées au cours des épisodes. Je ne suis pas un opposé à l'utilisation de musiques d'autres groupes dans des films ou des séries, mais ici c'est surabusé par la série. Comme toujours, Stranger Things se trouve être la personne chiante qui te tape continuellement sur l'épaule en mode "Eh t'as vu, je fais une référence que tu connais. Aime-moi". Mention spéciale au thème de Ghostbusters utilisé à outrance dans un des premiers épisodes.

En conclusion, Stranger Things Saison 2 offre un spectacle insipide, incohérent dans la structure de sa narration et à l'écriture fainéante. Une intrigue ayant le statut d'une péripétie qui s'étire sur neuf longs épisodes ne suffit largement pas à captiver le spectateur. N'offrant aucune évolution sur son univers, ni sur ses personnages dont les relations reposent sur des triangles amoureux, ennuyant au possible. Heureusement que les effets spéciaux et quelques moments sympathiques sauvent quelque peu les meubles par moment, mais pas suffisant pour me faire accrocher au wagon déjà loupé de la première saison.

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