It's Friday Night in Hollywood

Avis sur Studio 60 on the Sunset Strip

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Critique publiée par le (modifiée le )

J'ai découvert Saturday Night Live l'année passée et ça a changé ma perception de la télévision américaine. Je jette sur ça sur la table, histoire que vous comprenez peut-être un peu plus ma critique. Si vous ne connaissez pas SNL, c'est une émission de comédie live dont chaque épisode, en plus du casting "saisonnier" accueille un hôte célèbre qui cabotine avec les autres. C'est plus ou moins marrant selon la saison, l'hôte, la matériel, et toutes les autres variables qui peuvent entrer en jeu (moi, par exemple, j'aime bien les périodes politiques). Mais c'est impressionnant, parce que c'est 1h30 live, et que, marrant ou pas, prêt ou pas, ça laisse place à de l'inattendu. Tout est scripté, bien sûr, mais n'importe quoi peut arriver. N'est-ce pas excitant ?

C'est dans les coulisse d'une telle émission que Studio 60 on the Sunset Strip prend place (ladite émission s'appelle Studio 60 on the Sunset Strip mais la série prend place dans les coulisses). C'est pas New York mais Los Angeles, mais à part ça, ça se veut authentique. Ça semble authentique, aussi, bien qu'un tantinet idéaliste. Les cue-cards, l'annonceur, les cold open, les invités musicaux, les imprévus de dernières minutes, les arrangements, la machine bien huilée, énorme et complexe, qui marche et qui produit chaque semaine 1h30 de divertissement. Ça fait réel.

Ce n'est pas criant de vérité cependant, parce que 2006 est l'année ou 30 Rock, qui traite du même sujet a commencé sa diffusion. Les deux séries se passent dans des environnements similaires, furent diffusées sur la même chaîne (NBC), et, quoique différentes, devinrent concurrentes par défauts. Une seule allait continuer. Hors 30 Rock est le bébé de la brillante Tina Fey, ancienne headwriter de SNL. Forcément, le producteur exécutif est Lorne Michaels, le papa de Saturday Nigth Live. Du coup, lorsque Aaron Sorkin a demandé si il pouvait se documenter en se promenant dans les coulisses, Michaels a dit non. Si c'est pas triste ça.

Ça n'explique peut-être pas tout à fait le manque de réalisme, mais ça fait une petit leçon d'histoire de la télévision. J'en ai tout plein d'autres, si vous êtes intéressés. Tout ça pour dire qu'au final, *Studio 60 f*ut annulée après une saison de 22 épisodes alors que 30 Rock eu le droit à ses 7 saisons. Well played Michaels*, well played*.

Une saison cependant, superbe. Humaine. Brillante. Envoûtante. 22 épisodes de pur bonheur qui boucle l'histoire si bien qu'une seconde saison aurait été superflue (quoique, si la série avait été renouvelée pour une seconde saison, les scénaristes auraient probablement géré la fin différemment si bien qu'elle n'aurait pas été superflue. C'est ça que j'adore avec la télévision, c'est que ça s'adapte aux circonstances). Je regarde beaucoup de séries, et souvent c'est plus parce que c'est un besoin pathologique que parce qu'elle me plaisent. Je déteste arrêter en cours de route, ça me laisse une impression d'inaccomplissement. Que voulez-vous.

Mais pour Studio 60, ce n'était pas le cas.

J'ai été captivée. Dès le premier épisode. Je me suis fait le tout en quelques nuits, me privant de sommeil (j'étais en vacances et les grasses matinées étaient non-négociables) pour regarder un épisodes de plus, plus un autre, puis un autre. Du. Pur. Bonheur.

Après que le créateur de Studio 60, fatigué par la censure morale imposée par la chaîne, décide d'interrompre son émission pour remettre ses patrons à leur place en direct, la nouvelle directrice de diffusion Jordan McDeere (Amanda Peet) décide d'engager Danny Tripp (Bradley Whitford) et Matt Albie (Matthew Perry) pour reprendre en main l'émission. L'un producteur, l'autre scénariste, ils avaient quitté NBC pour les mêmes raisons (censure, contraintes, etc.). Ils ont plus d'ennemis que d'amis sur place. Mais McDeere est idéaliste et bien décidée à rendre à l'émission son prestige et son tranchant qui avait fait sa réputation.

Pour cela, elle est prête à se battre contre l'industrie de la télévision, contre les règles stupides de la FCC, et cherche désespérément à convaincre ses patrons que le spectateur n'est pas si stupide qu'ils ne le pensent. C'est une vision utopique du monde de la télévision, où il s'avère que les plus méchants ont en fait un cœur fondant, mais passons. C'est plein d'espoir sur le futur de la télévision. J'aime bien l'espoir. Reprenons.

Bon, j'ai exagéré quand j'ai dit que Matt et Danny avaient plus d’ennemis que d'amis sur place. En fait Matt et Danny sont accueillis en sauveurs. Ils sont tous les deux très doués dans ce qu'ils font, et la dégringolade de qualité de l'émission était visiblement liée à leur départ. Les seuls qui sont pas contents, c'est l'équipe de scénaristes, qui flippe leur race parce que Mattie est quinze fois plus doués qu'eux et leur en veut à mort de ne pas l'avoir soutenu lorsqu'il fut viré. Qu'importe.

Je viens de résumer à peu de choses près le premier épisode. Je pourrais continuer mais à vrai dire, c'est à peu près l'histoire complète. Le scénario pourrait être plat si ce n'était pour les personnages et leurs relations. C'est ce qui rend la série intéressante. C'est ce qui la rend fascinante.

Matthew Perry est superbe en scénariste cynique et brillant ; il est drôle mais surtout touchant. Son personnage Matt Albie est très amoureux de la jolie Harriet Hayes (Sarah Paulson), castmember catholique convaincue. Ces deux là s'aiment autant qu'ils s'insupportent. Ils ont un passé compliqué, un présent encore plus compliqué et un futur probablement rempli de disputes et de réconciliations. Ils rythment la série par leurs engueulades, sont énervants à souhait, mais s'en sortent grâce à leur adorabilité.

Bradley Whitford est attachant, sont personnage s'épaississant au dur et à mesure des épisodes. Sa relation avec Jordan McDeere est relativement moins palpitante mais pas moins charmante. La jeune directrice est particulièrement idéaliste, et parvient à nous faire croire pendant 22 épisodes que le monde de la télévision pourrait devenir Lalaland. Comme la série fut annulée, c'est assez ironique.

Les personnages secondaires sont tous à leur place et permettent de faire survivre l'histoire sur la durée. En effet, une fois les problèmes techniques dépassés, la série s'égare dans une trame politique, survolant le conflit en Afghanistan. On est à la télévision, dont forcément le scénario se concentre plus sur le rôle des médias qu'autre chose, mais ça n'en reste pas moins surprenant et intéressant.

Ma relation préférée cependant, plus que les passions tumultueuses, c'est la bromance Matt-Danny, chaleureuse et confortable. Ça donne envie de se blottir sur le canapé entre eux deux, et les écouter se déclarer leur flamme et se chamailler gentiment. Adorable.

Je ne sais comment vous donner envie de regarder la série sans révéler l'intrigue. C'est l'ambiance générale qui m'a le plus charmée. Les relations, les personnages créent un sens de confort. Dans les coulisses de Studio 60, tout est à sa place, chacun a un rôle et même quand tout se passe mal, tout se passe bien. Les guest-star (qui jouent les hôtes) ont des rôles ridiculement petits, et pourtant s'appliquent tellement qu'on a du mal à croire que Studio 60 le live show n'existe pas. C'est tellement appliqué, tellement magique : l'émission devient un personnage à part entière, complexe, que certains usent mais que beaucoup aiment. C'est le bébé chéri ou l'ado rebelle, l'épaule confortante ou la mauvaise habitude. Du génie.

Si vous ne regardez pas pour Aaron Sorkin, pour le brillant casting ou pur l'écriture appliquée, regardez au moins pour Studio 60 elle-même, l'émission, la belle, la complexe. Elle en vaut la peine.

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