Adolescence brûlé

Avis sur The End of the F***ing World

Avatar Madmask0
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A en croire certaines fictions (qu'elles soient sous forme de séries, livre ou encore film), l'adolescence serait une période merveilleuse où l'on boit en soirée tout en rigolant avant de tomber face à face avec la femme/homme de sa vie, et que, malgré les épreuves, l'amour, la passion où l'amitié triomphera . Voici du moins une vision fantasmée de cet étape de la vie, à mille lieux d'une réalité beaucoup plus trouble. Car l'adolescence, c'est surtout une période où l'on regrette la candeur du passé (et encore cela dépend des histoires de chacun), où l'on a peur du présent et où l'on angoisse pour l'avenir, nos illusions se heurtant au mur de la réalité. Tout ça, The End of The Fu***ing World en parle avec justesse et humanité.

Dernière production de Netflix, TEoTFW (histoire d'abréger) est donc une série en 8 épisodes (de 20 minutes chacun) mettant en scène James et Alyssa. Le premier est un lycéen de 17 ans convaincu d'être un psychopathe, le genre de personne à plonger sa main dans une friteuse pour ressentir quelque chose et adepte du meurtre d'animaux pour satisfaire ses pulsions. La seconde est également lycéenne, âgée elle de 16 ans. Sociopathe, avec des penchants nymphomanes mais pas trop et énervée de tout. Car oui, les deux protagonistes ont un point commun : un ras-le-bol (pour les citer) de « cette société de merde » dans « un bled pourri » avec des parents « vraiment trop cons ». Les deux protagonistes décident donc de fuguer ensemble, animé par deux objectifs différents : tandis qu'Alyssa veut elle retrouver son père (qui l'a abandonné à l'enfance), James veut tout simplement tuer quelque chose de plus gros qu'un simple chat, comme un humain par exemple. Ça tombe bien, Alyssa semble toute désignée.
De ce synopsis il faut bien se l'accorder assez original, les auteurs offrent alors une sublime métaphore de l'adolescence. Très vite, on s'identifie aux personnages non pas dans leurs attitudes et actes, mais dans leurs états d'esprit. La mise en scène confirme d'ailleurs cette volonté, avec des cadres très proches des corps et des regards. Le montage est sec, rude, toute notion de travelling semblant être inconnu au bataillon, ajoutant une certaine dureté à l'image. Cette dernière est par ailleurs très sobre, avec un travail approfondi sur la notion de symétrie, certains passages pouvant faire penser à un Moonrise Kingdom (Wes Anderson, 2012) ayant perdu en couleurs. Car oui, les plans de TEoTFW sont froids, et si lors des premiers épisodes le vert semble colorer la flore, petit à petit c'est de gris que se nappent la végétation, symbole d'une évolution tragique vis à vis du scénario. Cela contribue également à instaurer une certaine mélancolie, présente tout au long de la série, qui se ressent également avec l'intonation des personnages, la musique illustrant certaines scènes ou encore la sobriété de l'espace (surtout durant la seconde moitié de l'histoire).
Mais la véritable force de TeoTFW, c'est le réalisme dans lequel il baigne. Oui, la fugue de nos deux protagonistes est, dans sa continuité, insolite, tout comme le postulat de base de James et Alyssa. Mais toujours pèse sur eux le poids d'une réalité. Ce rêve éveillé dans lequel ils semblent vivre, fait de plaisir rapide et facile, est pourtant bel et bien individuel. La liberté est ici chaos, la conquête de leur bonheur se faisant ici au détriment du reste. Surtout, leurs actes ont des conséquences, qu'ils devront assumer. Vivre dans l'illusion n'est que chose temporaire, tant le réel semble les rattraper à grand pas. En résulte un final bouleversant, où le rêve devient cauchemar. Ces adolescents, dans leur quête excessive de liberté (qui en devient du même coup aliénante et perd son aspect salvateur) se sont en fin de compte perdu...

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